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Qeredaxi au cœur de la controverse : comment interpréter la montée en puissance des musulmans dans la politique occidentale ?


Les déclarations d’Ali Qeredaxi, président de l’Union internationale des savants musulmans, ont de nouveau attiré l’attention sur le rôle que peut jouer le discours religieux dans l’interprétation des transformations de la politique internationale, notamment lorsqu’il est question du conflit israélo-palestinien et de la politique occidentale. Les propos qui lui ont été attribués lors d’une conférence organisée en Turquie en août 2026, dont les détails ont été rapportés par les médias le 5 septembre, ne se sont pas limités à évoquer les conséquences de l’attaque du 7 octobre 2023. Ils ont également établi un lien entre cette attaque et l’ascension de plusieurs personnalités politiques aux États-Unis et en Europe, parmi lesquelles Zohran Mamdani et Abdulrahman Al-Saeed.

Selon un article publié par le New York Post, Qeredaxi a déclaré que les transformations politiques survenues en Europe et aux États-Unis n’auraient pas eu lieu sans ce qu’il a appelé « l’opération Déluge d’Al-Aqsa », ajoutant que ce qu’il a qualifié de « bénédictions » s’était notamment manifesté par l’ascension de Mamdani et d’Al-Saeed.

Ce discours ouvre un vaste débat sur la relation entre l’institution religieuse et la politique, d’autant plus que Qaradawi n’occupe pas une fonction religieuse locale limitée, mais dirige une institution internationale regroupant des savants issus de plusieurs pays et de différents courants. Selon le site officiel de l’Union, Qeredaxi a été élu président de l’organisation en janvier 2024, après plusieurs années de participation à ses instances dirigeantes. Le site présente son parcours comme celui d’un spécialiste de jurisprudence islamique, professeur d’université et expert en finance islamique et en économie islamique.

Dès lors, l’étude de ses déclarations ne peut être dissociée de la position de l’institution qu’il représente. Un discours émanant du président d’une union internationale de savants peut atteindre un public qui dépasse les frontières nationales et s’inscrire dans les débats politiques et médiatiques consacrés à l’islam, aux musulmans et aux questions internationales.

L’Union se présente elle-même comme une organisation islamique internationale indépendante ayant pour objectif de réunir des savants issus de différentes écoles et tendances. Dans sa présentation officielle, elle affirme œuvrer à la promotion des valeurs islamiques, du dialogue et de la réforme intellectuelle, ainsi qu’au traitement des questions publiques qui affectent les musulmans. Elle se décrit également comme une institution scientifique et intellectuelle attentive aux évolutions contemporaines.

Cependant, l’histoire de l’Union et sa place dans le champ politique en ont également fait un sujet de controverse. Certains médias et centres de recherche ont établi un lien entre l’Union et le courant associé aux Frères musulmans, tandis que l’Union rejette les descriptions qui la présentent comme une composante d’une organisation politique déterminée. Qeredaxi lui-même a par ailleurs déclaré, dans une précédente interview, qu’il n’occupait aucun poste ni grade au sein du mouvement des Frères musulmans.

Il convient donc de distinguer trois questions différentes : l’institution présidée par Qeredaxi, les relations intellectuelles ou politiques qui lui sont attribuées par certaines parties, et l’appartenance personnelle de l’intéressé aux Frères musulmans. Ces trois questions ne sont pas identiques, et l’une ne peut être établie simplement par l’existence de l’autre.

Dans ses déclarations récentes, l’élément le plus important n’est toutefois pas la caractérisation organisationnelle de Qeredaxi, mais sa vision du rapport entre la guerre et les transformations politiques. Il interprète certains résultats politiques observés aux États-Unis et en Europe comme faisant partie des conséquences du « Déluge d’Al-Aqsa » et cite l’ascension de responsables politiques musulmans comme un indicateur d’une évolution du paysage politique occidental.

Cette lecture s’appuie sur un phénomène effectivement observable : l’importance croissante de la question palestinienne dans le débat politique américain depuis le début de la guerre. Gaza, Israël et la politique étrangère américaine sont devenus des sujets présents dans les campagnes électorales, tandis que l’ascension de responsables politiques musulmans à des postes importants est elle aussi devenue un sujet de débat public.

Toutefois, l’existence de cette évolution ne signifie pas qu’elle puisse être expliquée par une seule interprétation. Certains l’associent à l’évolution de l’attitude d’une partie des électeurs à l’égard d’Israël ; d’autres la relient aux changements générationnels et à l’augmentation de la participation des musulmans et des minorités ; d’autres encore y voient le prolongement de la montée des courants progressistes au sein du Parti démocrate. À l’inverse, certaines analyses soulignent que, pour une large partie des électeurs, les questions de politique étrangère demeurent moins importantes que les préoccupations économiques et nationales.

C’est précisément dans ce contexte que Mamdani et Al-Saeed occupent une place particulière dans le discours de Qeredaxi. Leur choix ne semble pas fortuit, puisqu’ils représentent tous deux des exemples de l’ascension politique de personnalités musulmanes dans un environnement électoral américain majeur. Cependant, les circonstances dans lesquelles chacun d’eux a accédé à sa position politique sont différentes.

Abdulrahman Al-Saeed, par exemple, a annoncé en août que sa victoire lors de la primaire démocrate était intervenue à l’issue d’une campagne reposant sur des milliers de bénévoles et sur un contact direct avec les électeurs. Il a également évoqué des dépenses importantes engagées par des acteurs extérieurs dans la course électorale. Ces éléments montrent que son parcours électoral n’a pas été le simple reflet automatique des événements du Moyen-Orient, mais le résultat d’une campagne électorale complète menée au sein du système politique américain.

Il en va de même pour Mamdani, qui a mené sa campagne électorale dans une ville présentant ses propres caractéristiques démographiques, sociales et économiques. Par conséquent, établir un lien direct entre son ascension et le 7 octobre nécessite davantage qu’une simple concomitance temporelle ou qu’une convergence de positions sur la question palestinienne.

Qeredaxi ne propose cependant pas nécessairement une étude électorale détaillée. Il avance plutôt un récit politique plus large selon lequel l’attaque et la guerre auraient provoqué une transformation de la conscience politique occidentale, laquelle se serait reflétée dans l’ascension de personnalités adoptant des positions plus critiques à l’égard d’Israël.

Lorsqu’il emploie dans ce contexte le terme « bénédictions », il ajoute à son analyse politique une dimension axiologique. Le terme présente le résultat politique dans un cadre positif associé à l’événement qui l’a précédé.

C’est précisément ce qui rend cette déclaration sensible. L’attaque du 7 octobre n’a pas été un simple événement politique : il s’agissait d’une attaque armée ayant fait des morts et entraîné la prise d’otages, et qui a déclenché une guerre de grande ampleur. Établir un lien entre cette attaque et des gains ou des résultats politiques positifs ouvre donc un débat moral et politique sur la manière dont la violence doit être considérée lorsqu’elle devient partie intégrante d’un récit politique.

Il est important, à ce stade, de ne pas confondre l’analyse des conséquences d’une guerre avec la justification de l’attaque. Dire qu’une guerre a modifié l’opinion publique ne signifie pas nécessairement que l’on soutient cette guerre, de même que l’analyse des conséquences d’une attaque ne signifie pas nécessairement que l’on approuve cette attaque. Toutefois, l’emploi d’un langage positif pour qualifier les conséquences associées à l’attaque peut conduire à une lecture différente, ce qui explique une partie de la controverse ayant suivi les déclarations de Qeredaxi.

Cette question révèle également un conflit plus large autour de la définition de la notion de « victoire ». Les groupes et mouvements politiques ne mesurent pas toujours les résultats des conflits au nombre de territoires contrôlés ou à l’ampleur de la puissance militaire. Ils peuvent également considérer l’évolution de l’opinion publique, l’ascension d’alliés politiques ou la transformation du discours international comme une forme de gain.

C’est ce qui semble apparaître dans la lecture de Qeredaxi. Il ne parle pas d’un résultat militaire, mais d’un résultat politique et symbolique à long terme. Selon lui, l’accession de personnalités favorables aux Palestiniens à des fonctions politiques importantes constitue une évolution de l’environnement occidental.

Cette lecture doit toutefois être replacée dans un contexte plus large. La montée en puissance des responsables politiques musulmans aux États-Unis n’est pas un phénomène apparu uniquement après le 7 octobre, pas plus que les divisions au sein de la société américaine concernant Israël et la Palestine ne sont nées avec la guerre actuelle. Ce que la guerre a apporté de nouveau, c’est l’ampleur de l’attention médiatique et politique accordée à la question, ainsi que l’intensification de la polarisation autour de celle-ci.

Cette question revêt une importance supplémentaire dans le contexte du débat américain sur l’islam et les musulmans. Certains articles récents ont fait état d’une intensification du discours hostile aux musulmans parallèlement à l’émergence de personnalités politiques musulmanes, faisant des élections elles-mêmes un terrain de confrontation autour de l’identité, de la religion et de la politique étrangère.

Ainsi, le discours de Qeredaxi s’inscrit dans une bataille plus vaste : celle qui consiste à interpréter ce qui arrive aux musulmans en Occident et à déterminer si leur ascension politique représente une évolution naturelle au sein des sociétés occidentales ou une conséquence directe de la guerre et du conflit au Moyen-Orient.

La réponse ne peut pas être tirée d’une seule déclaration. Les sociétés occidentales, et notamment les États-Unis, connaissent depuis plusieurs décennies une participation croissante des musulmans américains à la vie publique, ainsi qu’une évolution de la représentation des minorités au sein des partis et des institutions élues. Parallèlement, la guerre à Gaza a contribué à modifier les priorités d’une partie des électeurs et des militants.

La lecture de Qeredaxi peut donc être considérée comme l’une des interprétations présentes dans ce débat, mais elle ne saurait se substituer à l’étude des facteurs électoraux et sociaux concrets ayant produit les résultats des élections.

En définitive, les déclarations du président de l’Union internationale des savants musulmans soulèvent une question qui dépasse sa propre personne ainsi que celles de Mamdani et d’Al-Saeed : comment les événements militaires se transforment-ils en instruments du discours politique, et comment chaque camp tente-t-il de transformer les conséquences d’une guerre en preuve de la réussite de son propre récit ?

Dans ce cas, Qeredaxi considère les transformations politiques en Occident comme l’une des conséquences du « Déluge d’Al-Aqsa ». L’évaluation de cette relation nécessite toutefois de distinguer les faits établis, tels que les résultats électoraux, des interprétations que les responsables politiques et les responsables religieux donnent de ces résultats.

Entre ces deux niveaux, le 7 octobre demeure un événement qui a effectivement modifié le paysage politique international. Toutefois, l’ampleur de son influence sur chaque résultat politique ultérieur reste une question qui nécessite des éléments de preuve distincts pour chaque cas.

Quant à la déclaration de Qeredaxi, elle a donné une nouvelle dimension à ce débat, car elle ne s’est pas limitée à évoquer les conséquences de la guerre : elle a également inscrit l’ascension de responsables politiques américains dans le cadre de ce qu’il considère comme des résultats positifs de cet événement. Ses propos constituent ainsi un matériau important pour comprendre la manière dont certains acteurs religieux et politiques envisagent le rapport entre le conflit au Moyen-Orient et les transformations politiques au sein du monde occidental.

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