Pour regagner la confiance de ses soutiens… les plans des Houthis pour élargir l’escalade au Yémen
La direction de la milice houthie étudie des plans visant à élargir le périmètre de l’escalade et à déplacer le théâtre des opérations à l’intérieur du Yémen, afin de regagner la confiance de ses soutiens après les lourdes pertes subies par le mouvement.
La milice houthie examine sérieusement des plans militaires à mettre en œuvre au cours de la prochaine période, dans une tentative de restaurer la confiance de ses soutiens dans ses capacités militaires après les lourdes pertes humaines et militaires qu’elle a subies ces dernières semaines ».
Le mouvement a subi d’importantes pertes humaines au cours du mois d’août dernier, qui a été marqué par un pic de l’escalade. Les milices auraient perdu au moins 153 membres et commandants militaires sur le terrain, tandis que des centaines d’autres ont été blessés sur différents fronts.
Changement d’état d’esprit général
Les plans militaires étudiés par la milice houthie et qu’elle cherche à mettre en œuvre résultent de recommandations formulées par les services de renseignement houthis.
Selon ces sources, les services de renseignement de la milice ont transmis aux « hauts dirigeants houthis des rapports sécuritaires soulignant la nécessité de modifier le théâtre des opérations » et de « conquérir de nouvelles zones présentant une valeur symbolique et géographique ».
Elles ont précisé que « les hauts responsables militaires houthis avaient reçu, au cours du mois d’août dernier, une série de rapports sécuritaires faisant état d’un changement notable de l’état d’esprit général, marqué par une forte baisse de la confiance des milieux sociaux et tribaux à l’égard de l’évolution de la situation sur le terrain et de la capacité des milices houthis à tenir dans toute bataille ou confrontation à venir ».
Bien que, selon les rapports des services de renseignement houthis, le changement observé dans l’opinion publique yéménite ait commencé avec la mort du dirigeant du Hezbollah, Hassan Nasrallah, en septembre 2024, et se soit accentué avec la guerre américaine contre l’Iran, il s’est transformé au cours des dernières semaines en un sujet largement évoqué par la population et en une conviction partagée par une frange non négligeable de la société, notamment dans le nord du Yémen.
Selon les rapports sécuritaires auxquels les sources ont eu accès, les propos recueillis « s’articulent autour de l’incapacité des milices à tenir lors de la bataille attendue, ainsi que de l’idée que le sort des dirigeants houthis et des forces de la milice ne sera pas différent de celui qu’ont connu l’Iran, le sud du Liban et la Syrie ».
Dans leur évaluation des discussions qui circulent, les services de renseignement houthis ont qualifié le mécontentement actuel de « nouveau tournant, dont l’ampleur n’avait pas été observée depuis la bataille du 2 décembre 2017 entre les milices et l’ancien président yéménite Ali Abdullah Saleh ».
Restrictions imposées par les Houthis
Face à l’accélération de la perte de confiance de la population yéménite à l’égard des milices, les responsables de la sécurité ont recommandé, dans les rapports adressés à la haute direction, selon les sources, « d’imposer des restrictions strictes à toute interaction publique avec ce discours, même lorsqu’il s’agit simplement d’une réaction sur les plateformes et les réseaux sociaux ».
Les principales recommandations ont également porté sur la nécessité d’une action militaire visant à prendre le contrôle de nouvelles zones « dans les provinces libérées », afin de restaurer la confiance de la population dans la capacité de Sanaa à résister à toute bataille future.
Les sources ont conclu que « les responsables militaires et sécuritaires houthis ont identifié les fronts de Taëz, de la côte ouest et d’Al-Dhale comme des fronts potentiels sur lesquels ils pourraient envisager de réaliser des avancées sur le terrain, même modestes et limitées, afin de les exploiter à des fins médiatiques et symboliques ».
Les rapports houthis indiquent que « l’accumulation du nombre de victimes sur les différents fronts au cours des dernières semaines, malgré l’absence de bataille terrestre, a largement contribué à modifier les convictions de la population quant à l’incapacité du mouvement à tenir ou à remporter la moindre victoire sur le terrain ».
Ces informations révélées par les sources interviennent dans un contexte d’escalade sans précédent de la part des Houthis, qui ont ciblé à coups de centaines de missiles et de drones les villes contrôlées par les forces adverses, notamment Mokha. Cette escalade a été suivie par l’engagement de drones de l’armée et de la résistance yéméniennes sur plusieurs fronts, infligeant de lourdes pertes aux milices et perturbant leurs plans offensifs, selon des observateurs.
