Moyen-Orient

De l’Iran à Hodeïda… nouvelles tactiques et nouveaux itinéraires pour le trafic d’armes au profit des Houthis


Des aveux de passeurs houthis ont révélé l’adoption, par des officiers iraniens, de nouvelles tactiques destinées à acheminer des armes vers la milice, dans un contexte de blocus imposé à Téhéran.

Les témoignages diffusés par la Résistance nationale, attribués aux passeurs Walid Ahmed Futeini Saleel et Abdullah Hussein Dawood Yahya Qumairi, révèlent l’implication d’officiers iraniens dans la supervision du trafic d’armes destiné aux Houthis, depuis Bandar Abbas jusqu’à Hodeïda, via plusieurs itinéraires maritimes.

Sept cargaisons de missiles et d’armes

Walid Saleel, originaire du district d’Al-Khokha, dans le gouvernorat de Hodeïda, affirme avoir été recruté par un passeur houthi nommé Abd Mohammed Ali Ghabshi pour participer au trafic d’armes depuis l’Iran vers la Somalie, puis vers Hodeïda, en échange de sommes d’argent.

Saleel affirme avoir acheminé clandestinement sept cargaisons d’armes et de missiles depuis l’intérieur de l’Iran, en plus d’autres cargaisons transportées depuis la Corne de l’Afrique vers Hodeïda, avant que son groupe ne soit intercepté par les forces navales de la Résistance nationale yéménite en mer Rouge.

La première cargaison : Saleel affirme avoir voyagé avec quatorze personnes depuis la ville d’Al-Shihr, sur la côte du Hadramout, vers l’Iran à bord d’un dhow appelé « Sultan al-Bahr ». À leur arrivée, ils auraient été accueillis par un officier iranien nommé Hassan et logés pendant sept jours dans un bâtiment de deux étages. Ils auraient ensuite été répartis en deux groupes. L’un d’eux serait parti avec une cargaison de seize missiles et d’armes, dont des fusils Kalachnikov, par une route maritime menant au large du gouvernorat d’Al-Mahra. La cargaison aurait alors été transférée sur trois petites embarcations destinées au transport de marchandises, puis acheminée vers Hodeïda.

La deuxième cargaison : Saleel affirme être retourné en Iran, où des officiers iraniens auraient loué un grand dhow transportant 3 000 bouteilles de gaz de différentes tailles. L’embarcation aurait ensuite été conduite vers les côtes de Bosaso, en Somalie, sans que les passeurs ne connaissent la nature réelle de la cargaison.

La troisième cargaison : selon Walid Saleel, un superviseur houthi nommé Abu Zaid Hamed, originaire de Saada, aurait chargé le passeur Abdu Ghabshi d’acheter une embarcation appelée « Al-Ostoura » à Al-Shihr et de se rendre en Iran. À Bandar Abbas, ils auraient été accueillis par l’officier iranien Hassan, avant que la cargaison, composée de 400 sacs contenant des fusils, ne soit préparée. Le groupe aurait été arrêté par la marine américaine à la fin de l’année 2022, puis remis aux garde-côtes yéménites. Ils auraient été libérés environ trois mois plus tard dans le cadre d’un échange de prisonniers avec les Houthis.

La quatrième cargaison : Saleel affirme être retourné une nouvelle fois en Iran, où il aurait, comme à l’accoutumée, été accueilli par trois officiers iraniens : Hassan, Mohsen et Sadegh. Après six jours, ils leur auraient annoncé que la cargaison était prête. Celle-ci aurait compris dix-sept missiles et des fusils. Elle aurait été transportée au large d’Al-Mahra, puis transférée à d’autres passeurs à bord de petites embarcations avant d’être acheminée vers Hodeïda.

La cinquième cargaison : Saleel indique être retourné en Iran à bord d’une embarcation appelée « Al-Sharif », où il aurait été accueilli à Bandar Abbas par l’officier iranien Hassan. Après vingt jours, ils auraient été informés que la cargaison était prête. Le groupe aurait emprunté une route maritime en direction des côtes d’Oman, avant qu’une panne de moteur ne survienne. Ils auraient alors jeté la cargaison à la mer. Cinq Iraniens seraient ensuite arrivés pour remorquer et réparer l’embarcation, avant de la charger avec environ seize missiles et 250 sacs de fusils. Le groupe aurait ensuite emprunté une route maritime vers la mer d’Arabie, où la cargaison aurait été transférée sur trois embarcations avant d’être acheminée vers Hodeïda.

La sixième cargaison : Saleel affirme que le groupe s’est rendu à Al-Shihr avant de partir vers l’Iran à bord d’une petite embarcation. Une embarcation aurait alors été chargée de 400 fusils, avant que ceux-ci ne soient introduits clandestinement en Somalie, plus précisément dans la région de Bandar Beyla. Leur agent sur place, nommé Ali Sawahli, aurait ensuite assuré leur transfert vers Hodeïda.

La septième cargaison : elle aurait compris seize missiles et 380 sacs de fusils. Selon Saleel, les armes auraient été transportées vers la mer d’Arabie, puis transférées sur trois embarcations appartenant à d’autres passeurs avant d’être acheminées vers Hodeïda.

Saleel affirme également qu’à leur arrivée en Iran, un responsable houthi nommé Abu Yahya, originaire de Saada, assurait la coordination avec les Iraniens, lesquels se chargeaient ensuite de préparer les cargaisons.

De la marine houthie au trafic d’armes

Abdullah Qumairi, originaire d’Al-Khokha, dans le gouvernorat de Hodeïda, et résidant dans le quartier de Ghalil, secteur 18, affirme qu’un homme nommé Ismail Hanjala, surnommé Abu Abdulrahman, l’a recruté pour travailler au sein des forces navales houthies.

Il indique avoir travaillé avec un responsable nommé Zakaria Al-Sharafi à la réparation des moteurs d’embarcations à Al-Arj, dans le district de Bajil, ainsi que sur les côtes d’Al-Luhayyah, avant d’être nommé responsable de la formation au sein de la sixième brigade navale, commandée par Abu Samoud.

Qumairi affirme avoir quitté la marine houthie en raison de retenues opérées sur son salaire, avant de se tourner vers la contrebande sous la direction du responsable Ahmed Halis, qui lui aurait demandé de se rendre à Al-Mahra puis de rejoindre l’Iran via la côte de Saihut.

Il affirme qu’à son arrivée au port de Chabahar, il a rencontré trois Iraniens, Mohsen, Amir et Sadegh, qui les auraient transportés à bord d’une embarcation appartenant aux Gardiens de la révolution vers Bandar Abbas. Il aurait ensuite rencontré le responsable houthi Abu Yahya afin de préparer la cargaison.

Selon lui, le groupe aurait emprunté un nouvel itinéraire maritime afin d’éviter la marine américaine, avant de transférer la cargaison en mer d’Arabie sur deux embarcations occupées par des passeurs masqués.

Il précise que le responsable houthi Halis lui aurait ensuite demandé de retourner en Iran après la préparation de nouveaux passeports destinés à faciliter le transport d’une deuxième cargaison. Le groupe aurait voyagé via le poste-frontière de Sarfait, à Al-Mahra, avant de rejoindre l’Iran par voie aérienne et d’utiliser les mêmes tactiques pour transporter cette nouvelle cargaison.

La Résistance nationale avait auparavant intercepté une embarcation transportant Saleel et Qumairi, qui convoyait une cargaison de drones en provenance de la Corne de l’Afrique et destinée à Hodeïda, en mer Rouge.

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