Politique

Pour éviter l’effondrement, Cuba recourt au plus vaste programme de réformes de son histoire


Cuba, confrontée à un embargo américain, a annoncé le plus important programme de réformes de son histoire afin d’éviter un effondrement économique.

Le Premier ministre cubain, Manuel Marrero, a dévoilé un vaste ensemble de réformes économiques visant à renforcer l’économie de marché dans un contexte de grave crise économique qui frappe le pays.

Lors d’un discours de deux heures devant l’Assemblée nationale, Marrero a présenté 176 propositions de réforme couvrant les secteurs bancaire et salarial, la propriété des entreprises, les investissements étrangers ainsi que l’agriculture.

La veille, le président cubain, Miguel Díaz-Canel, avait souligné la nécessité d’« engager des changements urgents » afin d’éviter un effondrement économique sous l’effet de pressions américaines sans précédent.

Le président américain, Donald Trump, a profondément réorienté la stratégie de sécurité nationale de son pays en redonnant une importance centrale à l’Amérique latine et aux Caraïbes, sous l’impulsion du principe « America First » et d’une réinterprétation contemporaine de la doctrine Monroe. La région n’est plus considérée comme une question secondaire de politique étrangère, mais comme une priorité stratégique et sécuritaire majeure directement liée à la sécurité intérieure des États-Unis.

Cuba constitue l’une des principales priorités de l’administration Trump après l’arrestation par Washington de l’ancien président vénézuélien Nicolás Maduro, considéré comme un adversaire des États-Unis.

La chute de Maduro a affaibli Cuba, l’île caribéenne dépendant largement des approvisionnements pétroliers en provenance du Venezuela. Avec le durcissement de l’embargo américain et la perte de cette source essentielle d’énergie, La Havane traverse une crise sans précédent.

Ces réformes, qui bénéficient de l’approbation du Parti communiste, doivent être soumises au vote de l’Assemblée nationale jeudi.

Si elles sont adoptées, Cuba accordera pour la première fois des licences permettant la création d’entreprises privées employant plus de cent salariés.

Des autorisations seront également délivrées pour l’ouverture de banques privées, tandis que les investissements étrangers dans le secteur privé seront autorisés.

Marrero a ajouté que le tourisme, l’agriculture et le marché des changes figurent parmi les autres secteurs qui seront ouverts aux investisseurs privés, qu’ils soient cubains ou étrangers.

Le Premier ministre n’a pas précisé de calendrier pour la mise en œuvre de ces réformes. Toutefois, Díaz-Canel avait exhorté mercredi le Parti communiste à ne pas reporter les décisions difficiles.

Daniel Toralbas, économiste cubain installé à Londres, a qualifié ces propositions de « programme de réformes économiques le plus profond depuis la révolution de 1959 » menée par Fidel Castro.

Il a déclaré à l’Agence France-Presse qu’elles représentent « une transformation fondamentale du modèle de développement économique du pays ».

Alors que La Havane a longtemps attribué la responsabilité de la crise à l’embargo américain imposé depuis plus de six décennies, les autorités ont également reconnu l’existence d’« obstacles qui ne proviennent ni de l’extérieur ni de l’embargo ».

L’embargo pétrolier instauré par le président Donald Trump en janvier a placé l’économie déjà fragilisée de l’île au bord de l’effondrement, avec des coupures d’électricité récurrentes et de graves pénuries de produits alimentaires et de médicaments.

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