L’Iran mesure le niveau de la réponse américaine à l’aune des stocks de pétrole : la guerre en ligne de mire
Les négociations américano-iraniennes visant à résoudre la crise actuelle entre les deux pays ont échoué, tandis que Téhéran cherche apparemment à décrypter les intentions de Washington.
En Israël, les rapports évoquant une reprise imminente d’une guerre préventive contre l’Iran se multiplient. La chaîne israélienne Channel 12 a indiqué que des évaluations sécuritaires suggèrent que le président américain Donald Trump déciderait prochainement d’une action militaire en Iran, précisant qu’il tiendrait une réunion avec ses plus proches conseillers pour un débat décisif sur ce dossier.
L’Iran lit-il l’avenir dans les réservoirs de pétrole ?
Selon plusieurs sources informées, des responsables américains soupçonnent des hackers iraniens d’être à l’origine d’une série d’intrusions ayant visé les systèmes de surveillance des niveaux de carburant dans les réservoirs de stockage de stations-service situées dans plusieurs États, selon un rapport de CNN.
Les sources indiquent que les pirates auraient exploité des systèmes de mesure automatique des réservoirs (ATG) connectés à Internet et protégés par des mots de passe faibles ou inexistants, ce qui leur aurait permis, dans certains cas, de manipuler les lectures affichées sur les écrans des réservoirs, sans pour autant affecter les niveaux réels de carburant.
Ces intrusions n’ont, à ce stade, causé aucun dommage matériel connu, mais elles ont suscité des inquiétudes sécuritaires. Des experts et responsables américains soulignent que l’accès au système ATG pourrait théoriquement permettre de provoquer des fuites de gaz non détectées.
Les sources proches de l’enquête estiment que les antécédents de l’Iran en matière de ciblage de systèmes de stockage de carburant expliquent pourquoi elle figure en tête de liste des suspects. Toutefois, elles mettent en garde contre l’impossibilité pour les autorités américaines d’identifier formellement les auteurs en raison du manque de preuves numériques exploitables laissées par les pirates.
CNN a sollicité un commentaire de l’Agence américaine de cybersécurité et de sécurité des infrastructures (CISA) concernant ces intrusions dans les systèmes ATG, tandis que le FBI a refusé de s’exprimer.
Des observateurs estiment que le niveau des stocks pétroliers américains pourrait permettre à Téhéran d’évaluer le degré de dépendance énergétique des États-Unis, dans un contexte de crise persistante depuis fin février.
Si une implication iranienne était confirmée, il s’agirait d’un nouvel exemple de menace visant des infrastructures critiques sur le territoire américain, hors de portée des drones et missiles iraniens, dans un contexte de guerre entre les États-Unis et Israël d’un côté, et l’Iran de l’autre.
Cela pourrait également constituer un enjeu politique sensible pour l’administration Trump, en attirant davantage l’attention sur la hausse des prix du carburant liée au conflit. Selon un récent sondage CNN, 75 % des adultes américains estiment que la guerre avec l’Iran a affecté négativement leur situation financière.
Cette campagne de piratage constitue également un avertissement pour de nombreux opérateurs d’infrastructures critiques aux États-Unis, qui peinent encore à sécuriser leurs systèmes malgré des années d’alertes fédérales.
Un rapport de Sky News datant de 2021 indiquait que des documents internes du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) identifiaient déjà les systèmes ATG comme une cible potentielle pour des cyberattaques visant les stations-service.
Aucune restriction à Washington
La Chambre des représentants américaine a rejeté une résolution présentée par les démocrates visant à suspendre la guerre contre l’Iran jusqu’à l’obtention d’une autorisation du Congrès pour toute action militaire.
Cette tentative de limiter l’action militaire du président Donald Trump a donc échoué.
Le vote sur la résolution relative aux pouvoirs de guerre s’est soldé par une égalité, empêchant son adoption faute de majorité, malgré le soutien de trois représentants républicains. Un seul démocrate, Jared Golden (Maine), s’y est opposé.
Washington dispose toutefois des capacités militaires nécessaires au Moyen-Orient pour poursuivre le conflit.
Face à l’escalade des tensions régionales avec l’Iran au début de l’année, les États-Unis ont procédé à leur plus vaste déploiement militaire dans la région depuis l’invasion de l’Irak en 2003. Le commandement américain a en effet envoyé simultanément trois groupes aéronavals dans la zone afin de renforcer la dissuasion et d’afficher sa puissance.
Les mouvements ont commencé avec l’arrivée du porte-avions USS Abraham Lincoln en mer d’Arabie à la fin du mois de janvier, suivie de l’envoi du porte-avions le plus récent et le plus avancé, l’USS Gerald R. Ford, en février, redéployé depuis des opérations dans les Caraïbes sur ordre présidentiel.
Plus tard, ce dispositif stratégique a été complété par l’arrivée de l’USS George H. W. Bush en avril, marquant une première opérationnelle pour la marine américaine depuis des décennies : la présence simultanée de trois porte-avions dans la zone de responsabilité du Commandement central (CENTCOM).
