Les ramifications terroristes de l’attaque de Berlin : les traces cachées des Frères musulmans et de nouveaux foyers d’extrémisme
De nouveaux éléments émergent concernant la récente attaque de Berlin, révélant les dernières évolutions des réseaux terroristes liés à l’organisation État islamique ainsi que l’existence de liens discrets avec les Frères musulmans.
Les autorités allemandes ont arrêté un jeune homme de vingt et un ans qui a foncé avec un véhicule dans une marche des fiertés à Berlin samedi soir dernier, provoquant la mort d’une femme et blessant une trentaine de personnes.
Le ministère de l’Intérieur a indiqué que le suspect était « un citoyen allemand d’origine libanaise ». Les médias locaux ont précisé qu’il s’appelait Abdelrahman Ballout et qu’il avait été tué par la police lors d’une opération ultérieure.
Selon des enquêtes journalistiques fondées sur des informations sécuritaires, le suspect projetait initialement d’émigrer définitivement vers un pays africain afin d’y rejoindre, très probablement, un prédicateur extrémiste originaire de Berlin, ouvrant ainsi un dossier complexe sur les nouveaux mouvements des extrémistes à travers le monde.
Au cours des mois précédant l’attaque, il s’était déjà rendu au Liban et en Mauritanie, apparemment dans le cadre d’un voyage exploratoire. À son retour à Berlin, des agents de l’Office régional de la police criminelle (LKA) l’attendaient déjà à l’aéroport, où il fut arrêté et placé en détention provisoire.
Sur le chemin de la prison, le suspect s’est entretenu avec l’un des policiers. L’enquêteur souhaitait savoir pourquoi il s’était rendu au Liban et auparavant en Mauritanie. L’homme a répondu qu’il s’y était rendu pour des vacances.
Les circonstances de sa libération après son arrestation à l’aéroport demeurent encore inconnues.
Un nouveau point de ralliement
Ce pays d’Afrique du Nord-Ouest n’est pas considéré comme une destination touristique populaire pour les Allemands.
Toutefois, selon les services de sécurité, « le pays semble être devenu depuis quelque temps un point de rassemblement pour les partisans de l’islam politique venus d’Europe, voire une base de départ pour de jeunes extrémistes souhaitant rejoindre des organisations terroristes dans les zones de conflit voisines, notamment au Mali, au Niger et au Burkina Faso ».
Des enquêtes menées par les chaînes allemandes WDR et NDR, ainsi que par le journal Süddeutsche Zeitung (SZ), montrent que les régions reculées abritent de nombreux centres islamiques dans lesquels enseignent des prédicateurs radicaux. Parmi leurs étudiants figurent de nombreux jeunes originaires des pays occidentaux.
D’après les informations recueillies par ces médias auprès de sources sécuritaires, les autorités allemandes suivent ces évolutions avec inquiétude. Une chercheuse, dans une étude réalisée pour l’Office régional de la police criminelle de Berlin en octobre 2025, a conclu que « les centres islamiques situés dans les zones isolées attirent non seulement des extrémistes étrangers, mais sont également soupçonnés de servir de plateformes de recrutement destinées à faciliter l’intégration aux organisations terroristes ».
Depuis l’effondrement de l’organisation État islamique au Moyen-Orient, le nombre d’extrémistes européens se rendant dans cette région a fortement diminué. Désormais, seuls quelques individus issus des milieux radicaux rejoignent encore occasionnellement des destinations traditionnelles telles que la Syrie ou l’Irak.
D’autres destinations gagnent cependant en attractivité, notamment certains pays africains dans lesquels l’organisation État islamique gère des camps d’entraînement, selon les mêmes sources.
Dans le cas du suspect de l’attaque de Berlin, son dernier voyage en Mauritanie semble avoir pris fin le 16 mai 2025, vraisemblablement peu après son arrivée à l’aéroport de Nouakchott.
Les gardes-frontières mauritaniens ont arrêté le jeune homme avant de l’expulser vers le Liban.
La division chargée de la protection de l’État au sein de l’Office régional de la police criminelle n’a appris son voyage en Mauritanie qu’ultérieurement, après son expulsion vers le Liban. L’Office fédéral de la police criminelle a ensuite pu reconstituer son itinéraire grâce aux données des passagers.
À cette époque, le suspect avait laissé à ses parents ce qui ressemblait à une lettre d’adieu, laissant entendre qu’il n’avait peut-être pas l’intention de revenir : « Pardonnez-moi pour mes erreurs. Je vous aime. »
Selon les recherches menées par WDR, NDR et les informations de la police criminelle allemande, le suspect envisageait de rejoindre une école située dans une petite ville mauritanienne, à environ soixante kilomètres à l’est de la capitale, au cœur du désert.
Les traces des Frères musulmans
Les projets d’émigration du suspect semblent avoir été liés à son guide religieux. Le prédicateur germano-égyptien Amir, né à Berlin en 1996, vit en Mauritanie depuis la fin de l’année 2024.
D’après l’Office de protection de la Constitution, chargé du renseignement intérieur allemand, Amir était une figure influente des milieux extrémistes berlinois. Il prêchait notamment dans une mosquée connue du quartier de Neukölln et diffusait des discours de haine et d’extrémisme sur les réseaux sociaux.
Les autorités allemandes estiment que cet homme, connu sous le nom d’« Amir Al-Kinani », était actif au sein de l’Association de la communauté islamique germanophone, classée parmi les organisations liées au réseau des Frères musulmans.
Le ministère de l’Intérieur du Land de Basse-Saxe a interdit cette association, basée à Brunswick, en juin 2024.
Des perquisitions ont alors été menées au domicile d’Amir à Berlin. Peu après, en septembre 2024, il a radié son domicile administratif en Allemagne et a émigré vers l’Afrique.
Selon l’Office fédéral allemand de la police criminelle, Amir semble avoir constitué une figure de référence importante pour le suspect de l’attaque de Berlin.
