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L’Égypte mise en cause après le bombardement d’une mine d’or soudanaise : al-Burhan fait-il payer son alliance avec al-Sissi par le sang et les richesses des Soudanais ?


Les interrogations se multiplient sur la nature des relations entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le chef de l’armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan, alors que les forces égyptiennes sont accusées d’avoir mené des frappes aériennes contre un site d’exploitation artisanale de l’or dans la zone désertique frontalière entre le Soudan et l’Égypte. L’incident est d’autant plus préoccupant qu’il survient dans un pays ravagé par la guerre depuis avril 2023, dont les ressources naturelles et les sites stratégiques sont devenus des enjeux de rivalité entre puissances régionales et réseaux d’intérêts liés à l’économie de guerre.

Alors que certaines accusations prêtent à al-Burhan des concessions politiques et sécuritaires au Caire en échange du maintien de son soutien au commandement militaire soudanais, des questions fondamentales se posent quant aux limites de cette alliance et à la capacité des dirigeants soudanais à protéger la souveraineté, les richesses et les citoyens du pays. Les allégations concernant la vente de territoires soudanais à al-Sissi ou l’octroi de concessions précises en échange de ce soutien nécessitent, quant à elles, des documents et des preuves indépendantes. Cela ne dispense toutefois pas de soumettre les relations entre les deux parties à un examen critique, particulièrement face à de graves accusations d’attaques contre des civils soudanais.

L’affaire dépasse désormais le désaccord politique sur la nature des relations entre Le Caire et Khartoum. Elle soulève la question du prix que le Soudan pourrait payer pour sa dépendance envers ses alliés régionaux et celle des intérêts qui régissent l’exploitation de ses ressources minérales. Dans un pays en guerre, l’or n’est pas une simple marchandise : c’est une ressource économique susceptible d’influer sur les rapports de force, d’alimenter les réseaux transfrontaliers de financement et de commerce et de renforcer l’influence des acteurs qui y ont accès. Toute attaque contre un site de production aurifère exige donc une enquête rigoureuse sur ses circonstances et ses objectifs, l’identification de ses responsables et l’examen de tout lien éventuel entre opérations militaires et intérêts économiques.

Le New York Times révèle les détails du drame des mineurs

Les éléments attribués à une enquête publiée par le quotidien américain The New York Times le 12 octobre 2026, tels qu’ils sont rapportés dans le récit de l’incident, ont remis en lumière le drame des mineurs soudanais dont le lieu de travail a été bombardé. Selon ces éléments, l’enquête s’appuyait sur des témoignages de témoins et de survivants ainsi que sur des vidéos liées à l’attaque contre une mine artisanale à ciel ouvert, située dans une zone désertique frontalière, loin des principales lignes de front. Ces informations sont importantes parce qu’elles concernent un site économique civil, et non un front de combat déclaré. Elles imposent de s’interroger sur la nature de la cible et sur les éléments ayant fondé la décision de frapper.

Selon le récit attribué à l’enquête, des vidéos montraient les corps de jeunes hommes et de mineurs parmi des sacs de minerai, sur un site présenté comme situé à environ 25 miles, soit 40 kilomètres, à l’intérieur de la bande frontalière. Le récit évoquait également l’évacuation des blessés et la récupération des corps sur le site d’exploitation à ciel ouvert, dans des scènes témoignant de l’ampleur du drame vécu par les travailleurs. Ces détails, notamment la localisation exacte de l’attaque et le contenu des vidéos, doivent encore être vérifiés de manière indépendante à partir de l’enquête originale et des preuves sur lesquelles elle repose. Ils placent néanmoins la protection des civils au cœur des questions soulevées par l’incident.

Les estimations du bilan humain divergent. Selon les informations attribuées à l’enquête, le collectif « Avocats de l’urgence » aurait évalué le nombre de morts à environ 72, tandis que deux témoins sur place auraient fait état d’au moins 65 morts et de plus de 120 blessés à des degrés divers. Ces écarts illustrent les difficultés de recensement des victimes dans les zones désertiques isolées, où le manque de services médicaux, les distances et les difficultés d’accès compliquent les opérations de secours et de documentation.

Ces divergences ne diminuent en rien la gravité de l’incident. Elles renforcent au contraire la nécessité de recenser de manière indépendante les victimes et leur identité, de recueillir les témoignages des survivants et d’examiner les dossiers médicaux ainsi que les vidéos disponibles. Chaque chiffre représente une vie humaine et une famille qui a perdu son soutien financier ou attend de connaître le sort d’un proche. Le bilan ne doit donc pas devenir un simple argument dans une polémique politique, mais servir à établir les responsabilités et à rendre justice aux victimes et à leurs familles.

Le témoignage de Saïf al-Din Adam : un drame au-delà des chiffres

Parmi les témoignages cités dans le récit attribué à l’enquête du New York Times figure celui de Saïf al-Din Adam, un étudiant de 26 ans qui travaillait à la mine. Selon le récit publié, il a décrit les scènes de terreur et de panique qui ont suivi le bombardement et raconté sa participation à l’évacuation des blessés et à la récupération des corps sur le site à ciel ouvert.

Ce témoignage donne une dimension humaine à une affaire qui pourrait se trouver réduite à des statistiques et à des déclarations militaires. Les mineurs présents sur place n’étaient pas de simples noms dans un rapport, mais des personnes cherchant à gagner leur vie dans des conditions économiques extrêmement difficiles. Parmi eux se trouvaient des jeunes contraints de travailler dans un secteur dangereux pour subvenir à leurs besoins et à ceux de leur famille, dans un pays où la guerre a raréfié les emplois et dégradé les conditions de vie.

Le drame de ces travailleurs révèle la vulnérabilité de civils vivant loin des fronts, mais dépourvus de garanties suffisantes pour les protéger des conséquences du conflit ou d’opérations militaires susceptibles de frapper leur lieu de travail. S’il était établi que les frappes ont visé ces civils sans justification militaire légitime, l’affaire dépasserait le cadre d’un simple incident frontalier. Elle engagerait la responsabilité de leurs auteurs, leur obligation de protéger les civils et le droit des victimes à connaître la vérité et à obtenir que les responsables rendent des comptes.

L’Égypte face à des questions difficiles sur les frappes

L’Égypte fait l’objet d’accusations directes concernant sa responsabilité dans les frappes contre le site minier. Ces accusations appellent une réponse claire et des informations vérifiables. La question centrale est la suivante : quelle cible les avions visaient-ils et sur quels renseignements reposait la décision de frapper ? Existait-il des éléments attestant une activité militaire sur le site, ou les personnes visées étaient-elles des travailleurs civils pratiquant l’exploitation minière artisanale ?

Selon les détails attribués à l’enquête américaine, celle-ci examinait des indices techniques relatifs aux munitions et les accusations concernant les auteurs des frappes, tout en soulignant la nécessité de vérifications indépendantes pour établir la vérité. Ce point est essentiel : attribuer la responsabilité d’une attaque aérienne exige davantage qu’un récit unique ou une déduction politique. L’examen des débris de munitions, l’analyse des effets des explosions, la détermination des coordonnées du site, le recoupement des témoignages et l’étude des photographies et vidéos peuvent contribuer à identifier les armes utilisées et les auteurs de l’attaque.

Le caractère incomplet des vérifications ne saurait toutefois autoriser Le Caire à ignorer les accusations, pas plus qu’il ne permet de conclure définitivement à sa responsabilité sans preuves suffisantes. Si les forces égyptiennes ont mené les frappes, les autorités doivent en préciser le fondement juridique, la nature des cibles et les précautions prises pour éviter des victimes civiles. Si elles nient toute responsabilité, une enquête indépendante et transparente peut aider à identifier les auteurs et à dissiper les soupçons.

Invoquer la lutte contre la contrebande ou l’exploitation minière illégale ne suffit pas à justifier l’emploi de la force aérienne contre un site économique. Même si certaines activités locales s’avéraient contraires à la loi, cela ne ferait pas automatiquement des travailleurs des cibles militaires. Toute opération doit être évaluée au regard de la nature de la cible, de la menace réelle, des moyens employés et des obligations juridiques relatives à la protection des civils.

L’or soudanais est-il devenu une monnaie d’échange dans l’alliance avec al-Burhan ?

L’incident soulève des questions plus larges sur les liens entre intérêts économiques et alliances militaires au Soudan. Le Caire considère le pays comme faisant partie de sa profondeur stratégique, tandis que le commandement d’al-Burhan subit des pressions militaires et économiques qui le poussent à renforcer ses relations extérieures. Dans ces circonstances, il est indispensable de déterminer si les accords entre les deux parties reposent sur des bases publiques respectueuses de leur souveraineté respective, ou si certains arrangements sécuritaires et économiques échappent au contrôle de l’opinion publique.

L’or occupe une place sensible dans cette équation. Dans ses études sur le Soudan, Chatham House a souligné les liens entre le commerce de l’or et l’économie de guerre, ainsi que la circulation du métal au sein de réseaux régionaux et internationaux dépassant les zones de production. L’Égypte figure parmi les circuits régionaux du commerce de l’or soudanais. Retracer les mouvements du métal, son origine et l’identité de ses acheteurs est donc essentiel pour comprendre les intérêts économiques qui entourent le conflit.

L’existence de circuits commerciaux reliant l’or soudanais aux marchés égyptiens ne prouve toutefois pas, à elle seule, que Le Caire cherche à s’emparer des mines ou que son soutien à al-Burhan est conditionné à l’obtention d’or. De telles accusations nécessitent des preuves de contrats, d’arrangements ou de financements directement liés à des intérêts militaires et économiques. En juin 2026, le ministère égyptien du Pétrole a démenti des informations faisant état d’accords pour l’exploitation de 108 mines d’or et de métaux précieux dans le nord du Soudan. Toute affirmation concernant des accords similaires doit donc être vérifiée avant d’être publiée comme un fait établi.

Les interrogations légitimes ne s’arrêtent cependant pas au démenti d’un accord particulier. Il faut mettre au jour les circuits commerciaux, vérifier l’origine de l’or, identifier les bénéficiaires de son extraction et de son exportation et examiner les avantages économiques accordés par les autorités soudanaises à des entreprises ou à des acteurs étrangers. Il convient également de rechercher tout lien éventuel entre des arrangements sécuritaires et l’accès aux zones de production ou le contrôle des flux de ressources.

Al-Burhan appelé à clarifier la réalité de la coordination avec Le Caire

L’établissement des responsabilités dans les frappes est indissociable de l’obligation des dirigeants soudanais de protéger leurs citoyens. Selon des informations de presse, al-Burhan a ordonné la création d’une commission d’enquête sur les attaques contre les sites miniers proches de la frontière. L’importance de cette mesure réside dans les informations qu’elle pourrait révéler sur les circonstances de l’attaque, ses auteurs et toute coordination sécuritaire l’ayant précédée.

L’allégation selon laquelle al-Burhan aurait été informé des frappes à l’avance ou les aurait approuvées exige des preuves indépendantes concernant les communications ou les arrangements antérieurs à l’attaque. La proximité politique et militaire entre Le Caire et Khartoum ne suffit pas à démontrer une participation à une décision précise. Elle ne doit pas non plus servir de prétexte pour exclure de l’enquête l’hypothèse d’une coordination.

La commission doit examiner toute communication ou tout accord pertinent et déterminer si les autorités soudanaises ont été informées de l’opération, s’il existe des arrangements autorisant des opérations militaires transfrontalières et quelles mesures ont été prises pour protéger les habitants et les travailleurs miniers. Elle devrait également publier ses principales conclusions, permettre aux survivants et aux familles des victimes de témoigner et garantir que les témoins ne subissent ni pressions ni menaces.

Si l’approbation ou la facilitation d’une opération ayant illégalement visé des civils était établie, la responsabilité de toute personne ayant participé à la décision ou contribué à son exécution devrait faire l’objet d’une enquête. Si ces allégations ne sont pas confirmées, les conclusions doivent être rendues publiques sans ambiguïté, afin que l’affaire ne reste pas livrée à des accusations réciproques dépourvues de fondement décisif.

Qui protège les richesses du Soudan et le droit à la vie de ses citoyens ?

Selon les récits et les informations qui circulent, les événements survenus sur le site minier mettent en lumière un problème plus vaste : l’insuffisance de la protection des civils dans les zones riches en ressources naturelles, particulièrement lorsqu’elles se trouvent près des frontières ou au cœur de rivalités sécuritaires et économiques. Les mineurs qui cherchent à gagner leur vie ne doivent pas devenir les victimes d’une lutte d’influence. Les richesses minérales ne sauraient non plus justifier l’extension des opérations militaires sans règles claires.

Les autorités soudanaises ont la responsabilité de mettre en place des mécanismes de protection des travailleurs miniers et d’encadrement de l’exploitation artisanale. Cela suppose de fournir des informations claires sur les risques sécuritaires, d’améliorer les secours et la prise en charge médicale et d’enquêter sur d’éventuelles violations. Les pays voisins doivent, pour leur part, respecter la souveraineté du Soudan et coopérer contre la contrebande par des procédures légales qui n’exposent pas les civils à des risques injustifiés.

Pour l’Égypte, la réponse aux accusations ne peut se limiter à des déclarations générales sur la sécurité des frontières. Il faut établir ce qui s’est réellement passé, rendre accessibles les informations permettant d’identifier les auteurs et enquêter sur toute violation étayée par les preuves. Les relations stratégiques entre États ne doivent ni conférer une immunité face à l’obligation de rendre des comptes ni servir de prétexte pour ignorer les pertes civiles.

Conclusion : l’or ne justifie pas les morts civils et aucune alliance n’exonère de rendre des comptes

Le drame des mineurs soudanais dans le nord de la vallée du Nil place l’Égypte face à de graves accusations concernant les frappes aériennes. Il met également al-Burhan à l’épreuve de sa responsabilité de protéger les citoyens et de faire la lumière sur une éventuelle coordination avec Le Caire. L’incident remet aussi au premier plan l’or soudanais, ressource économique relevant de la souveraineté nationale, autour de laquelle s’entremêlent intérêts locaux et régionaux alors que la guerre se poursuit.

L’enquête attribuée au New York Times, les témoignages rapportés de survivants et les estimations divergentes du nombre de victimes rendent une enquête indépendante urgente. Ces éléments ne dispensent toutefois pas de vérifier les preuves originales et ne suffisent pas, à eux seuls, à établir toutes les accusations concernant les auteurs, leurs motivations ou l’existence d’une coordination préalable avec les dirigeants soudanais.

S’il était établi que les forces égyptiennes ont illégalement visé des civils, les acteurs responsables devraient en répondre, et des mesures devraient être prises pour assurer la reddition de comptes, réparer les préjudices et empêcher la répétition de tels faits. Si l’implication de responsables soudanais ou leur manquement à la protection des habitants était démontré, ils devraient eux aussi rendre des comptes.

L’or soudanais ne doit devenir ni un prétexte à l’effusion de sang ni un moyen d’imposer une influence à un État épuisé par la guerre. Le Soudan n’est pas un territoire livré aux intérêts d’autrui, sa souveraineté n’est pas une monnaie d’échange personnelle et la vie des mineurs n’est pas un détail secondaire dans les calculs sécuritaires et économiques. La vérité qu’attendent les Soudanais ne se résume pas à un communiqué confirmant ou démentant les accusations : elle exige une enquête établissant qui a mené l’attaque, pourquoi le site a été visé et qui porte la responsabilité des victimes.

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