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Des frappes égyptiennes à Chamal al-Wadi relancent le débat sur les convoitises visant les richesses du Soudan


La frappe aérienne qui a visé des mineurs soudanais dans la région de Chamal al-Wadi, près de la jonction des frontières du Soudan, de l’Égypte et de la Libye, soulève de graves questions sur la nature du rôle égyptien dans la guerre au Soudan et sur les limites des actions que Le Caire peut entreprendre au nom de sa sécurité nationale. Le collectif soudanais « Avocats de l’urgence » a accusé l’armée égyptienne d’être à l’origine d’une attaque contre un site d’exploitation minière artisanale, avançant un premier bilan de 72 morts, tandis que d’autres informations font état de chiffres différents. Ces accusations placent Le Caire devant une responsabilité politique et morale qui exige une enquête, d’autant que les victimes travaillaient dans l’extraction de l’or et ne participaient pas ouvertement aux combats.

La gravité de l’incident dépasse le nombre de victimes. Il relance le débat sur les relations entre le président égyptien Abdel Fattah al-Sissi et le chef de l’armée soudanaise Abdel Fattah al-Burhan, ainsi que sur la possibilité que les intérêts sécuritaires et économiques du Caire soient privilégiés au détriment de la souveraineté du Soudan et des droits de ses citoyens. Dans ce contexte, le texte fait état de concessions soudanaises sur les questions territoriales, frontalières et liées aux ressources, en échange du soutien égyptien au commandement de l’armée, ainsi que de ventes de terres soudanaises et d’accords entre les deux parties.

Le problème fondamental tient au fait que le Soudan, ravagé par la guerre depuis avril 2023, est devenu plus vulnérable aux pressions extérieures, alors que ses institutions sont de moins en moins capables de protéger les ressources, de surveiller les frontières et de demander des comptes aux responsables de violations. Cette situation offre aux puissances régionales la possibilité d’étendre leur influence par les alliances politiques, la coopération militaire ou les intérêts commerciaux. Si Le Caire affirme officiellement soutenir l’unité et l’intégrité territoriale du Soudan, les accusations de frappes contre des civils dans les zones minières l’obligent à fournir des explications claires. La protection des frontières ne saurait conférer à quiconque le droit de recourir à la force sans préciser le fondement juridique de l’opération ni vérifier l’identité des personnes visées.

L’or soudanais au cœur du conflit

L’or constitue l’une des principales ressources économiques du Soudan. Son importance s’est accrue avec la baisse des recettes publiques et la destruction, par la guerre, de larges pans de l’économie. Dans un pays doté de réserves importantes et de vastes zones de production, le contrôle des sites miniers et des voies de transport du minerai peut procurer aux groupes armés des sources de financement indépendantes des institutions de l’État. L’exploitation minière artisanale n’est donc plus une simple activité économique limitée : dans de nombreuses régions, elle s’inscrit désormais dans un réseau d’intérêts où s’entremêlent commerce, contrebande et influence militaire.

Des rapports internationaux soulignent l’ampleur de la contrebande d’or soudanais et indiquent qu’une part importante de la production échappe aux circuits officiels. Un reportage de l’Associated Press relève également que l’or est devenu une ressource dont profitent différents acteurs dans le contexte de la guerre. Le contrôle de son extraction et de ses voies d’exportation est ainsi directement lié à la question du financement du conflit.

Des interrogations légitimes se posent dès lors sur les intérêts économiques de l’Égypte au Soudan et sur les liens éventuels entre les opérations sécuritaires dans les zones frontalières et la volonté de contrôler l’exploitation minière non réglementée. Le texte présente toutefois l’existence d’un intérêt économique comme une preuve que Le Caire a mené la frappe pour s’emparer de l’or, ainsi que de l’existence d’un accord échangeant un soutien politique et militaire contre un accès aux ressources. Qui contrôle les sites miniers ? Qui achète l’or ? Quels itinéraires emprunte-t-il ? Existe-t-il des entreprises ou des réseaux commerciaux liés à des responsables ou à des institutions influentes ?

Toute tentative de justifier des attaques contre les mineurs au nom de la lutte contre la contrebande doit, en revanche, être examinée à l’aune des principes de nécessité, de proportionnalité et de distinction entre civils et combattants. Même si certaines activités minières sont illégales, cela ne fait pas automatiquement des travailleurs des mines des cibles militaires légitimes. S’il était établi qu’une frappe aérienne a visé des civils pour la seule raison qu’ils se trouvaient dans une région riche en or, il s’agirait d’une grave violation nécessitant une enquête et l’établissement des responsabilités, quelle que soit la nationalité de ses auteurs.

Al-Burhan entre soutien égyptien et responsabilité des dirigeants soudanais

Les accusations visant l’Égypte ne peuvent être examinées sans prendre en compte la position du commandement de l’armée soudanaise. Al-Burhan a maintenu des relations étroites avec Le Caire, et plusieurs rencontres et échanges officiels ont porté, ces dernières années, sur la coopération politique, sécuritaire et militaire. En octobre 2026, un communiqué de la présidence égyptienne a annoncé qu’al-Sissi avait rencontré al-Burhan en marge d’une réunion de l’Union africaine. Le texte réaffirmait le soutien de l’Égypte à l’unité du Soudan et à ses institutions, tandis qu’al-Burhan saluait l’appui égyptien.

Ces relations publiques rendent indispensable une clarification de la position de Khartoum sur l’incident de Chamal al-Wadi. Si les dirigeants soudanais disposent d’informations sur des mouvements militaires étrangers à proximité des zones minières, les citoyens et la communauté internationale sont en droit de savoir s’il existait des contacts ou des arrangements sécuritaires et si une coordination a précédé l’attaque.

Ce que les enquêtes doivent établir

L’incident de Chamal al-Wadi nécessite une enquête indépendante pour déterminer la localisation exacte de l’attaque, l’heure de la frappe, le type de munitions utilisées, la trajectoire des avions et la nature de la cible présentée comme ayant été visée. Il faut également recenser les victimes par leur nom, examiner les blessures et les éclats de munitions, et confronter les témoignages des survivants aux images satellitaires et aux documents visuels disponibles. Les investigations doivent intégrer les récits des habitants et des mineurs, ainsi que toute déclaration des autorités égyptiennes et soudanaises.

Il convient aussi de déterminer si le site abritait des installations militaires ou des éléments armés, ou s’il s’agissait d’un site civil d’exploitation minière artisanale. Cette question est essentielle pour apprécier la légalité de l’attaque et ne peut être tranchée sur la seule base de déclarations politiques contradictoires. Les enquêteurs doivent également vérifier les avertissements que les autorités égyptiennes auraient adressés auparavant aux travailleurs de la région : à quelle date ont-ils été émis, quelle était leur teneur, étaient-ils suffisamment clairs et adéquats, et les victimes avaient-elles reçu des notifications auxquelles elles pouvaient effectivement donner suite ?

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