La Russie soutient la souveraineté nucléaire de l’Iran face aux pressions de Trump
Le ministère russe des Affaires étrangères affirme que Téhéran est la seule partie habilitée à décider du sort de son stock d’uranium enrichi, en réponse à la demande du président américain exigeant que le gouvernement iranien remette cette matière hautement enrichie aux États-Unis afin qu’elle soit détruite.
La porte-parole du ministère russe des Affaires étrangères, Maria Zakharova, a déclaré que l’Iran est la seule autorité habilitée à décider du sort de son stock d’uranium enrichi, commentant ainsi les récentes déclarations du président américain Donald Trump, qui a exigé « le transfert de l’uranium enrichi iranien vers les États-Unis afin qu’il y soit détruit, ou sa destruction sur place sous supervision et inspection internationales ».
Zakharova a ajouté lors d’une conférence de presse à Moscou : « L’uranium enrichi appartient exclusivement à l’Iran, et Téhéran seul dispose du droit souverain de décider ce qu’il convient d’en faire. La décision finale et exclusive en la matière lui revient entièrement. »
La coopération nucléaire entre la Russie et l’Iran constitue l’un des principaux aspects du partenariat stratégique entre les deux pays. Depuis les années 1990, Moscou joue un rôle essentiel dans le développement du programme nucléaire iranien, aussi bien à travers un soutien technique et d’ingénierie qu’en fournissant une couverture politique à Téhéran face aux pressions occidentales croissantes.
La présence russe s’est particulièrement illustrée dans le projet de la centrale nucléaire de Bouchehr, considérée comme la première centrale de production d’électricité nucléaire en Iran. Après le retrait des entreprises occidentales du projet à la suite de la révolution iranienne, Moscou a repris les travaux de construction et d’exploitation via la société publique Rosatom, transformant ainsi cette centrale en symbole majeur de la coopération entre les deux parties.
Le rôle russe ne s’est pas limité au volet de construction. Il s’est également étendu à la fourniture de combustible nucléaire faiblement enrichi au réacteur, ainsi qu’au transfert du combustible usé vers le territoire russe, un mécanisme que Moscou présente comme destiné à limiter les risques d’utilisation militaire des matières nucléaires.
Concernant l’enrichissement de l’uranium, la Russie a maintenu une position soutenant le droit de l’Iran à disposer d’un programme nucléaire pacifique, tout en affirmant son opposition au développement d’une arme nucléaire. Moscou a cherché à plusieurs reprises à jouer le rôle de médiateur entre Téhéran et l’Occident en proposant des initiatives destinées à réduire les tensions liées aux opérations d’enrichissement.
Parmi les initiatives les plus marquantes figurent la proposition de transférer une partie de l’uranium iranien enrichi vers la Russie afin qu’il y soit retraité et transformé en combustible destiné aux réacteurs civils, une démarche visant à rassurer les puissances occidentales tout en permettant à l’Iran de préserver son programme nucléaire sous supervision internationale. Toutefois, Washington a rejeté cette proposition.
Des experts russes ont également contribué à la formation de cadres iraniens et fourni un soutien technique lié à la gestion des réacteurs et à l’exploitation des installations nucléaires, ce qui a aidé Téhéran à développer ses compétences locales et à bâtir une base scientifique et technologique capable de poursuivre ses activités malgré les sanctions économiques imposées au pays.
Sur le plan politique, Moscou a apporté à plusieurs reprises son soutien à l’Iran au sein des institutions internationales, notamment au Conseil de sécurité et à l’Agence internationale de l’énergie atomique, où elle s’est opposée à plusieurs reprises au durcissement des sanctions ou à des options d’escalade contre Téhéran.
Ces dernières années, la coopération nucléaire entre les deux pays s’est orientée vers une expansion accrue, avec l’annonce de projets supplémentaires de construction de nouveaux réacteurs et de petites centrales nucléaires en Iran, signe du renforcement du partenariat stratégique entre Moscou et Téhéran, alors que le dossier nucléaire iranien demeure au cœur de fortes tensions entre les puissances internationales et régionales.
Lundi, le président américain a écrit sur la plateforme Truth Social : « Soit l’uranium enrichi sera immédiatement remis aux États-Unis pour y être transféré et détruit, soit — et c’est l’option privilégiée — il sera détruit sur place en coopération et en coordination avec la République islamique d’Iran, ou dans un autre lieu acceptable, sous la supervision de l’Agence de l’énergie atomique ou d’une institution équivalente. »
Le dossier nucléaire constitue l’un des principaux sujets de discorde entre Washington et Téhéran. Les États-Unis exigent la destruction complète de l’uranium iranien, affirmant qu’il représente une menace pour eux-mêmes, pour Israël et pour les pays de la région, tandis que l’Iran soutient qu’il s’agit d’un droit souverain destiné à des « usages civils ».
Les États-Unis et Israël ont lancé le 28 février dernier une guerre contre l’Iran, auquel Téhéran a répondu par des attaques contre Israël et contre ce qu’elle a qualifié « d’intérêts américains » dans des pays arabes, avant qu’un cessez-le-feu temporaire ne soit conclu le 8 avril.
En mars dernier, l’Iran a annoncé la fermeture du détroit d’Ormuz et l’interdiction du passage des navires sans coordination préalable avec elle, en réponse à l’offensive américano-israélienne. De son côté, les États-Unis imposent depuis le 13 avril un blocus sur les ports iraniens, y compris ceux situés sur le détroit stratégique d’Ormuz, essentiel aux approvisionnements énergétiques mondiaux.
Récemment, Trump a annoncé que la majorité des clauses d’un accord avec Téhéran avaient été négociées avec succès, les derniers arrangements restant encore en cours avec l’Iran et plusieurs pays du Moyen-Orient, l’accord devant notamment inclure la réouverture du détroit d’Ormuz.
