Doutes quant à la capacité des sanctions américaines à contenir les milices iraniennes
L’influence politique croissante des factions armées laisse l’État irakien tiraillé entre Téhéran et Washington.
La décision des États-Unis de suspendre l’envoi d’une cargaison de dollars américains vers l’Irak, ainsi que de geler des programmes de coopération sécuritaire avec Bagdad, a suscité des réactions divergentes : certains y voient une menace pour la stabilité du gouvernement irakien, tandis que d’autres estiment que son impact reste limité dans la tentative de pression sur les groupes soutenus par l’Iran.
Le journal The Washington Post a lié cette mesure à la pression exercée par Washington pour l’arrivée d’un nouveau Premier ministre qui œuvrerait au démantèlement des factions alliées à l’Iran. Le United States Department of the Treasury a ainsi gelé le transfert d’environ 500 millions de dollars depuis des comptes détenus à la Federal Reserve Bank of New York, correspondant aux recettes des ventes de pétrole irakien.
Il s’agit de la deuxième cargaison de liquidités à destination de l’Irak suspendue par Washington depuis le début de l’opération militaire américaine contre l’Iran. Les autorités américaines ont également gelé le financement de plusieurs programmes de formation destinés aux unités militaires irakiennes et aux unités de lutte antiterroriste.
Le quotidien américain indique que la suspension du versement d’une partie des recettes pétrolières au gouvernement irakien intervient dans un contexte de colère croissante de Washington face aux agissements des factions alliées à l’Iran et à leur campagne visant à influencer le choix du prochain Premier ministre irakien.
Selon deux sources citées par le journal, cette mesure reflète le fossé diplomatique grandissant entre Washington et Bagdad dans le contexte de la guerre américaine en Iran. Plusieurs responsables irakiens ont toutefois souligné que l’arrêt des livraisons ne concerne qu’une partie des fonds irakiens transférés régulièrement depuis les États-Unis, ajoutant qu’un haut responsable estime que les livraisons physiques de liquidités, transportées par voie aérienne vers l’Irak tous les quelques mois, représentent environ 5 % du total.
Le journal rapporte que cette suspension a provoqué un certain désarroi au sein du gouvernement à Bagdad, dans un contexte de préoccupation croissante des responsables irakiens quant à l’ampleur de l’influence de l’administration Donald Trump sur les recettes pétrolières irakiennes, qui constituent la principale source de revenus du pays. Les injections régulières de dollars américains servent notamment à soutenir le dinar irakien.
Certains responsables irakiens redoutent des répercussions catastrophiques sur une économie déjà fragile si la crise n’est pas rapidement résolue. Un diplomate irakien a déclaré : « Ils savent que les cargaisons de dollars sont la seule porte d’accès de l’Irak aux devises étrangères. Si elles s’arrêtent, le gouvernement irakien s’effondrera. »
Cependant, le conseiller financier du Premier ministre irakien, Mazhar Mohammed Saleh, a minimisé la gravité de la situation, affirmant que la majeure partie des flux de dollars se poursuit par les canaux bancaires officiels.
Selon le rapport, l’Irak ne souffre pas d’un manque de devises étrangères, mais l’influence politique croissante des factions armées a placé l’État irakien dans une position de tension entre Téhéran et Washington.
Malgré les inquiétudes persistantes à Washington concernant l’utilisation des dollars envoyés à l’Irak par l’Iran et ses alliés, l’ancienne adjointe au sous-secrétaire d’État américain pour les affaires irakiennes et iraniennes, Victoria Taylor, a indiqué que les livraisons de dollars n’avaient été interrompues qu’une seule fois auparavant, en 2015, au plus fort des combats contre Islamic State.
Le porte-parole du United States Department of State, Tommy Pigott, a déclaré que « les États-Unis ne toléreront pas les attaques contre leurs intérêts et attendent du gouvernement irakien qu’il prenne immédiatement toutes les mesures nécessaires pour démanteler les factions pro-iraniennes en Irak ».
Cette impasse coïncide avec les efforts du « Cadre de coordination » pour choisir un nouveau candidat au poste de Premier ministre. Il n’est pas clairement établi qui l’administration Trump préfère à l’ancien Premier ministre Nouri al-Maliki. Deux personnes informées des discussions entre les États-Unis et l’Irak ont indiqué que l’administration Trump soutenait Mohammed Shia al-Sudani, tout en avertissant contre l’idée de lui accorder un second mandat.
Bien que l’administration Trump fasse pression sur l’Irak pour démanteler les factions alliées à l’Iran, certains responsables irakiens craignent qu’une telle démarche ne pousse le pays vers une guerre civile.
Le rapport cite Victoria Taylor affirmant que « les factions irakiennes ont continué à s’implanter au sein des institutions de l’État au fil des décennies. Comme nous l’avons vu durant cette guerre, il est extrêmement difficile pour le gouvernement irakien et les forces de sécurité légitimes de prendre des mesures contre elles ».
