Politique

Crise au sein de l’armée ukrainienne : les enquêtes sur les actes de torture atteignent les unités d’élite


Les régiments d’assaut ukrainiens, qui ont constitué la force de frappe de nombreuses batailles, sont devenus le centre d’une crise interne après la publication d’enquêtes journalistiques faisant état de graves violations commises contre des soldats, poussant le commandement militaire à adopter des mesures exceptionnelles afin d’en contenir les répercussions.

Le commandant en chef des forces armées ukrainiennes, Mykhaïlo Drapaty, a publié, le 26 juillet, un ordre suspendant le recrutement de nouveaux membres au sein des régiments d’assaut.

Cette décision interdit également à ces unités d’accueillir des soldats issus des bataillons de réserve ou de nouvelles recrues, tout en empêchant le transfert de militaires provenant d’autres branches des forces armées. Le retour des soldats absents sans autorisation ne pourra désormais être demandé que par l’intermédiaire de l’application « Army+ ».

Cette mesure, révélée par le journal Ukrainska Pravda sur la base de témoignages provenant de quatre régiments d’assaut, intervient après une série d’enquêtes journalistiques ayant soulevé de graves accusations concernant des abus commis au sein de certaines unités d’élite, plaçant ainsi le commandement militaire sous une pression croissante pour agir et limiter les conséquences de la crise.

Cette décision n’est pas considérée comme une simple mesure administrative, mais comme le signe d’une perte de confiance entre le haut commandement et les unités qui ont bénéficié, ces dernières années, de pouvoirs étendus et d’un soutien exceptionnel, alors que l’Ukraine fait face à des défis croissants sur les lignes de front et a besoin d’une gestion plus rigoureuse de ses ressources humaines.

Des privilèges exceptionnels accordés aux unités d’assaut sous surveillance

Les enquêtes ont relancé le débat sur les privilèges dont ont bénéficié certains régiments d’assaut sous le commandement de l’ancien chef des forces armées, Oleksandr Syrsky. Les rapports indiquent que les 425e et 225e régiments, notamment le régiment « Skelia », disposaient de larges prérogatives pour recruter des combattants et étendre leurs effectifs, ainsi que d’un soutien logistique et opérationnel supérieur à celui accordé aux autres unités régulières de l’armée.

Selon les informations publiées, les effectifs du régiment « Skelia » auraient dépassé les dix mille soldats, soit près de trois fois la taille habituelle d’une formation de ce type. Dans le même temps, d’autres régiments d’assaut, tels que le premier régiment autonome et le 475e régiment, sont restés exclus de ces avantages, malgré leur participation active aux opérations militaires.

Cette disparité a suscité des interrogations au sein des milieux militaires concernant les critères de répartition des ressources et du personnel, ainsi que l’impact de la concentration des moyens dans un nombre limité d’unités sur la capacité de l’armée à mener une guerre d’usure prolongée.

Accusations de torture et tirs contre les soldats en retraite

La crise s’est aggravée après la publication, par l’agence d’investigation Texty, d’un rapport contenant des allégations de violations graves au sein du 225e régiment, notamment des agressions physiques contre des soldats, des détentions illégales et des menaces de mort visant des militaires accusés d’avoir abandonné leurs positions.

L’enquête a également diffusé un enregistrement audio attribué au commandant du régiment, Oleh Cheriaïev, dans lequel il aurait donné l’ordre d’ouvrir le feu sur les soldats se retirant sans autorisation, estimant qu’ils ne faisaient plus partie de l’unité.

Ces accusations ont été renforcées par les témoignages d’Oleksandr Cherchyne, ancien commandant de la 47e brigade d’assaut autonome, qui a affirmé que le 225e régiment avait utilisé l’artillerie, en avril 2025, contre des forces ukrainiennes en retraite dans la région de Belgorod, provoquant plusieurs morts.

Il a déclaré que l’examen des détails de l’incident et des enregistrements en sa possession l’avait conduit à conclure qu’il ne s’agissait pas d’un simple tir ami accidentel, mais d’une politique punitive délibérément dirigée contre les soldats en retraite.

Dans un développement parallèle, une enquête menée par l’agence Babel a suscité une controverse supplémentaire après avoir documenté au moins vingt-six décès non liés aux combats parmi les recrues du régiment « Skelia » entre la fin de l’automne 2025 et le printemps 2026.

Selon cette enquête, la majorité des décès seraient dus à des pneumonies sévères, à des maladies cardiovasculaires et à d’autres complications médicales, dans un contexte marqué par des accusations de défaillances dans les soins de santé et de mauvaises conditions d’entraînement.

Ces développements placent le commandement militaire ukrainien face à un défi complexe : préserver l’efficacité des unités de combat les plus expérimentées tout en répondant aux accusations portant atteinte à la discipline militaire et aux droits des soldats.

Dans ce contexte, la décision de suspendre l’arrivée de renforts apparaît comme un signal clair de la volonté du nouveau commandement d’exercer un contrôle plus strict sur les unités d’élite, même au prix d’une réduction de leurs capacités opérationnelles à un moment critique de la guerre, dans le but de restaurer la confiance au sein de l’institution militaire et d’empêcher que les abus présumés ne se transforment en une crise susceptible d’affecter l’image de l’armée ukrainienne tant sur le plan national qu’international.

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