Liban-Israël : les négociations butent sur le retrait israélien et les armes du Hezbollah
L’armée libanaise refuse toute coordination directe avec l’armée israélienne et réclame une commission internationale de vérification, une proposition que Washington et Tel-Aviv n’acceptent pas à ce stade
L’avenir des négociations entre Beyrouth et Tel-Aviv suscite des interrogations, alors que deux différends majeurs entravent les discussions : le mécanisme de vérification de l’application des arrangements sécuritaires dans le sud du Liban, et la décision d’Israël de conditionner son retrait et l’arrêt de ses attaques aux mesures prises par l’armée libanaise concernant l’armement du Hezbollah.
La dernière session de pourparlers s’est tenue les 20 et 21 octobre au siège du Commandement central américain, le Centcom, à Tampa, en Floride. Des délégations militaires libanaises et israéliennes y ont participé dans le cadre des efforts visant à mettre en œuvre un accord-cadre sécuritaire conclu le 26 juin sous médiation américaine.
La rencontre s’est achevée sans percée tangible. Les comptes rendus ont toutefois divergé : certains ont évoqué un climat positif et un accord pour poursuivre les échanges, tandis que d’autres ont souligné la persistance des désaccords.
Cette session intervenait après une interruption de deux mois et demi, depuis les discussions de Rome du 6 août. Elle s’est limitée aux aspects militaires et techniques, à l’écart du volet politique, alors que les attaques israéliennes se poursuivaient.
Un désaccord central sur le mécanisme de vérification
L’accord-cadre prévoit un retrait israélien progressif de certaines zones du sud du Liban, en contrepartie du déploiement de l’armée libanaise et de la vérification de l’absence d’armes et d’infrastructures militaires du Hezbollah dans ces secteurs.
Selon des informations fondées sur les déclarations de responsables du département d’État américain, les propositions à l’étude comprennent la création d’une commission chargée de vérifier l’absence de présence armée et de positions militaires au sud du Litani, ainsi que de surveiller le retrait israélien et le déploiement de l’armée libanaise.
Le Washington Institute for Near East Policy indique toutefois que l’accord n’a pas permis de parvenir à une entente définitive sur l’acteur extérieur chargé de vérifier l’absence d’armes détenues par des groupes non étatiques dans les zones pilotes.
Cette question constitue l’un des principaux points de friction. Elle porte sur l’identité de l’instance chargée de contrôler le respect des engagements, la nature de son mandat et le degré de conditionnement du retrait israélien aux progrès du déploiement de l’armée libanaise dans le Sud.
Selon plusieurs sources, les discussions de Tampa ont porté sur les zones pilotes, les mécanismes de prévention des affrontements et les procédures de vérification. Aucun accord définitif n’a cependant été trouvé sur les prérogatives des observateurs ni sur l’élargissement de ces zones.
Le 17 octobre, le président libanais Joseph Aoun a déclaré qu’Israël continuait de frapper les villages et les localités du Sud, de démolir des habitations et d’empêcher les agriculteurs d’accéder à leurs terres. Il a estimé que la poursuite de l’occupation et les tensions entravaient le déploiement de l’armée libanaise.
Il a précisé que la délégation militaire présenterait à Tampa les demandes de Beyrouth en faveur d’un arrêt de l’escalade. Selon lui, les objectifs fondamentaux des négociations sont le retrait israélien des territoires occupés, la libération des prisonniers, le retour des déplacés, la reconstruction et le déploiement de l’armée libanaise sur l’ensemble du territoire national.
Beyrouth refuse une coordination militaire directe
Pour l’analyste politique Mounir Al-Rabih, la session de Tampa « n’a pas abouti aux résultats escomptés ». Il souligne la persistance des divergences sur la nature de la coordination militaire et le mécanisme de surveillance.
Selon lui, les États-Unis et Israël insistent sur « une coordination directe entre les armées libanaise et israélienne, la création d’un centre d’opérations conjoint et la conduite de patrouilles communes, ce qui donnerait à Israël un rôle et une influence sur le fonctionnement de l’armée libanaise ».
L’armée libanaise rejette cette forme de coordination et maintient sa demande de création d’une commission internationale de vérification, une proposition que Washington et Tel-Aviv n’acceptent toujours pas, affirme l’analyste.
À ses yeux, le différend dépasse les questions techniques : il concerne aussi le rôle qu’Israël entend conserver dans les secteurs où se déploie l’armée libanaise, ainsi que sa disposition à se retirer et à mettre fin à ses attaques.
Le désarmement du Hezbollah au cœur du blocage
L’analyste politique Mohammad Hamiyeh estime, pour sa part, que la démarche de négociation américano-israélienne ne vise pas uniquement à régler la situation frontalière. Elle répond également à des calculs régionaux et politiques, notamment la volonté de faire pression sur le Hezbollah et d’obtenir des gains politiques pour Israël.
Selon lui, l’un des principaux obstacles réside dans le refus d’Israël de se retirer avant que les autorités libanaises ne prennent des mesures concernant l’armement du Hezbollah. L’arrêt des attaques, le retour des habitants et la reconstruction seraient également conditionnés à ce dossier.
Il juge que le fait de lier le retrait israélien, la cessation des attaques, des destructions et des déplacements forcés, le retour des habitants, la reconstruction et la question des prisonniers au désarmement du Hezbollah constitue « une difficulté dans l’approche libanaise de l’accord ».
Hamiyeh ajoute que le mouvement refuse d’engager des discussions sérieuses sur la remise de ses armes avant un retrait israélien, l’arrêt des attaques et l’obtention de garanties internes et externes.
Un autre désaccord concerne la délimitation des zones pilotes où les arrangements sécuritaires seraient appliqués. Selon l’analyste, « Israël souhaite les élargir à des secteurs qu’il considère comme stratégiques en raison de la présence de capacités ou de positions du Hezbollah, tandis que la partie libanaise veut qu’elles couvrent des zones toujours sous occupation israélienne ».
Hamiyeh accuse également Israël d’exploiter les négociations à des fins politiques et électorales, tout en conservant une marge de manœuvre pour poursuivre ses opérations militaires dans le sud du Liban.
Quel impact des élections israéliennes ?
Concernant les élections israéliennes de mardi, Hamiyeh estime que leurs résultats influeront sur les discussions avec le Liban, sans pour autant constituer le facteur décisif de la politique israélienne.
L’analyste politique Mayssa Abdel Khaleq considère également que le scrutin « n’entraînera pas nécessairement de changement fondamental dans la manière de traiter avec le Liban ». Selon elle, le désarmement du Hezbollah demeure « une priorité stratégique israél
