En appelant à brûler le drapeau américain, le Hezbollah irakien défie al-Zaïdi
Le responsable de la sécurité des Kataëb Hezbollah demande au Premier ministre de préciser sa position sur les sanctions américaines contre l’Iran et les opérations israéliennes dans la région.
Le responsable de la sécurité des Kataëb Hezbollah irakiennes, Abou Moujahid al-Assaf, a durci la confrontation politique avec le Premier ministre Ali al-Zaïdi en appelant à instaurer une journée annuelle consacrée à brûler le drapeau américain. Cette initiative intervient quelques jours après l’ouverture, par le gouvernement, d’une enquête sur le piétinement de ce drapeau lors des défilés de la « Journée de la souveraineté », une affaire ayant donné lieu à des arrestations.
Cet appel met une nouvelle fois à l’épreuve la capacité d’al-Zaïdi à faire respecter l’autorité de l’État face aux factions armées. Le Premier ministre s’était engagé à poursuivre les personnes impliquées dans les atteintes aux symboles des États et aux représentations diplomatiques, soulignant que leur respect constituait une obligation juridique et diplomatique. L’initiative des Kataëb Hezbollah semble ainsi dépasser la seule expression d’une hostilité envers les États-Unis : elle défie concrètement l’engagement du gouvernement à demander des comptes aux responsables de l’incident précédent.
Dans un communiqué publié mercredi, al-Assaf a interpellé al-Zaïdi sur la position de son gouvernement concernant les sanctions américaines contre l’Iran, les opérations israéliennes dans la région et ce qu’il a qualifié de violations américaines de la souveraineté irakienne. Il l’a également interrogé sur l’éventualité d’une demande du président américain Donald Trump à Bagdad de conclure la paix avec Israël. Il a par ailleurs appelé les jeunes à choisir un jour de l’année pour « brûler ces drapeaux et les fouler aux pieds », en référence aux drapeaux américain et israélien.
Ces revendications prennent une dimension particulière au regard du contexte dans lequel elles s’inscrivent. Le gouvernement d’al-Zaïdi cherche à faire avancer son projet visant à réserver à l’État le monopole des armes, face à des factions qui refusent de renoncer à leurs arsenaux et restent attachées à ce qu’elles appellent les « armes de la résistance ». Le Premier ministre avait lié la prochaine phase de réorganisation de la sécurité irakienne à la fin de la mission de la coalition internationale, dont le retrait des forces d’Irak s’est achevé le 30 septembre dernier. Les Kataëb Hezbollah s’opposent toutefois à ce que leur armement soit soumis à un calendrier contraignant fixé par le gouvernement.
L’appel à brûler le drapeau américain illustre ce désaccord. De telles initiatives pourraient devenir un moyen de mettre al-Zaïdi en difficulté, tant sur le plan intérieur qu’à l’étranger, notamment après l’engagement de son gouvernement à enquêter sur l’incident précédent. Elles mettent également les relations irako-américaines à l’épreuve, alors que Bagdad cherche à passer de la présence des forces de la coalition à des dispositifs bilatéraux de coopération sécuritaire, sans provoquer de nouvelle crise diplomatique.
Dans ce contexte, les détracteurs des Kataëb Hezbollah estiment que l’escalade contre Washington s’inscrit dans les orientations du mouvement liées à Téhéran et qu’un affaiblissement de la capacité du gouvernement à encadrer les factions pourrait nuire aux intérêts de l’Irak et à ses relations extérieures. Le différend dépasse la question du drapeau américain : il touche également à la volonté d’al-Zaïdi d’affirmer l’autonomie de la décision sécuritaire irakienne et d’empêcher les groupes armés de décider de la guerre et de la paix en dehors des institutions de l’État.
Quant à la demande faite au Premier ministre de prendre position sur Israël, elle porte sur un pays avec lequel Bagdad n’entretient déjà aucune relation diplomatique. Aux yeux des détracteurs des Kataëb Hezbollah, cette exigence relève donc davantage de la surenchère politique que d’une question concrète nécessitant de modifier la politique gouvernementale en vigueur. Elle permettrait ainsi de détourner l’attention du désaccord central sur le monopole étatique des armes.
Ces évolutions révèlent une confrontation qui dépasse la symbolique des drapeaux pour porter sur l’étendue de l’autorité gouvernementale. Elles opposent un projet visant à placer les armes sous le contrôle des institutions officielles à des factions qui entendent conserver leurs arsenaux et rejettent ce qu’elles considèrent comme des conditions imposées, tandis que Bagdad tente de préserver l’équilibre de ses relations avec Washington et Téhéran.
