Politique

Les Houthis envisagent de fabriquer des missiles iraniens Kheibar Shekan


Cette démarche traduit une volonté d’accroître les capacités de production du mouvement et de réduire sa dépendance aux importations d’armes prêtes à l’emploi, alors que ses réseaux d’approvisionnement militaire dans la région subissent des pressions croissantes.

L’organisation Conflict Armament Research (CAR), spécialisée dans l’étude des armements utilisés dans les conflits, a révélé mercredi que les Houthis, soutenus par l’Iran, cherchaient à produire au Yémen des composants de missiles balistiques iraniens de type « Kheibar Shekan ». Cette évolution témoigne d’une volonté d’élargir les capacités de fabrication du mouvement et de réduire sa dépendance aux importations d’armes prêtes à l’emploi, dans un contexte de pressions sur ses réseaux régionaux d’approvisionnement militaire.

L’organisation a expliqué que des composants découverts dans quatre conteneurs de fret interceptés par les autorités yéménites correspondaient à des pièces de missiles Kheibar Shekan, dont la portée dépasse 1 000 kilomètres. Les saisies comprenaient des éléments de la structure du missile et de son moteur, des matières premières, des machines industrielles et du matériel d’essai.

CAR a identifié sept composants liés à ce système, notamment des structures internes d’ailettes de stabilisation, des fonds arrière de moteurs-fusées équipés de tuyères et des allumeurs de moteurs. Les documents d’expédition indiquaient également que certaines pièces métalliques fabriquées sur mesure avaient été produites par une entreprise chinoise spécialisée dans la métallurgie de précision. L’organisation n’a toutefois pas pu vérifier de manière indépendante l’identité du fabricant ni établir avec certitude que les pièces provenaient de cette entreprise.

Ces éléments laissent penser que les Houthis pourraient chercher à acquérir des équipements et des composants leur permettant de fabriquer localement certaines parties des missiles, en s’affranchissant dans une certaine mesure des circuits traditionnels d’approvisionnement iraniens. L’organisation n’a cependant précisé ni le degré de développement de ces capacités ni si le mouvement était en mesure de produire de manière autonome un système de missile complet.

Cette orientation intervient alors que les réseaux d’acheminement d’armes iraniennes aux Houthis sont confrontés aux risques d’interception en mer et au renforcement des contrôles sur les expéditions. Face aux pressions américaines et occidentales croissantes sur les voies d’approvisionnement en mer Rouge et dans le détroit d’Ormuz, la diversification des sources de composants et le transfert de certaines étapes de production au Yémen prennent une importance accrue. Cela ne signifie toutefois ni la fin de la contrebande ni l’abandon du soutien extérieur.

La coopération entre l’Iran et les Houthis ne se limite pas au transfert d’armes prêtes à l’emploi. Selon des rapports d’experts internationaux, Téhéran transmet depuis plusieurs années à des groupes alliés des technologies et un savoir-faire en matière de fabrication de missiles, par le biais de formations techniques et de la fourniture d’équipements et de composants spécialisés. D’après des analyses de recherche, cette assistance implique notamment des experts et des techniciens liés aux Gardiens de la révolution iraniens, qui ont contribué au transfert des connaissances nécessaires à l’assemblage d’armes et au développement de certaines capacités de production locale.

Dans ce contexte, l’Institut international d’études stratégiques (IISS) a conclu, dans une analyse publiée en avril 2025, que les Houthis avaient progressé dans la production de certains missiles à courte portée et de drones. Ils demeurent toutefois dépendants de l’Iran pour les technologies les plus complexes, notamment les systèmes de guidage, les moteurs et les composants avancés des missiles balistiques à moyenne portée.

Les saisies de cargaisons illustrent l’ampleur du défi auquel se heurtent les efforts visant à limiter les flux d’armes. En juillet 2025, le Commandement central américain (CENTCOM) a annoncé que les forces de la Résistance nationale yéménite avaient intercepté plus de 750 tonnes de munitions et d’équipements qu’il présentait comme étant d’origine iranienne et destinés aux Houthis. La cargaison comprenait notamment des missiles de croisière, des missiles antinavires et antiaériens, des moteurs de drones ainsi que des systèmes radar et de communication.

Le département américain du Trésor a également sanctionné des réseaux et des entreprises qu’il accuse d’avoir aidé les Houthis à acheter des composants à double usage en Iran et en Chine, puis à les acheminer par des circuits commerciaux. Ces éléments indiquent que la stratégie du mouvement ne consiste pas nécessairement à remplacer la contrebande par la fabrication locale, mais plutôt à combiner l’acquisition d’armes et de composants à l’étranger avec le renforcement de ses capacités nationales. Cette approche lui permettrait de poursuivre le développement de son arsenal malgré les restrictions imposées à ses voies d’approvisionnement.

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