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De Halaib au sang des mineurs : le Soudan paie-t-il le prix d’une relation déséquilibrée avec Le Caire ?


Les relations soudano-égyptiennes ne peuvent plus se retrancher derrière les discours traditionnels sur le destin commun et les liens historiques et géographiques entre les deux peuples. Les informations faisant état de mineurs soudanais tués dans la région frontalière ont remis au premier plan la souveraineté nationale et les limites des intérêts partagés entre les deux pays.

Malgré leur profondeur historique et l’imbrication de leurs intérêts économiques et sécuritaires, les relations entre Khartoum et Le Caire restent marquées par des différends que les gouvernements successifs n’ont pas définitivement réglés. Ils concernent notamment Halaib et Shalatin, la gestion des frontières, la coopération sécuritaire, les eaux du Nil et l’avenir de la stabilité politique au Soudan. Dans le contexte de la guerre qui déchire le pays depuis avril 2023, ces dossiers prennent davantage d’importance. L’affaiblissement des institutions soudanaises et de leur capacité à assurer la stabilité ouvre la voie à des complications régionales pouvant affecter l’autonomie des décisions nationales et la défense des intérêts des citoyens.

L’affaire ayant provoqué la colère dans les milieux soudanais ne concerne pas uniquement le sort des mineurs, dont la mort fait l’objet de récits divergents. Elle interroge également la manière dont l’État doit répondre à une éventuelle attaque contre ses citoyens sur son territoire. Selon le texte diffusé, une zone minière du nord du Soudan aurait subi, le 10 octobre, des frappes attribuées à l’aviation égyptienne, faisant des morts et des blessés. Le texte évoque aussi un communiqué attribué à l’armée égyptienne concernant la lutte contre l’extraction illégale, associé à l’exercice de la souveraineté à l’intérieur des frontières égyptiennes. Établir les faits exige toutefois de vérifier les lieux, les cibles, le bilan, les déclarations officielles et leur contexte, en s’appuyant sur des sources indépendantes. La gravité des accusations ne dispense pas de les prouver, et les informations incomplètes ne justifient ni l’oubli des victimes ni le refus d’une enquête.

La lutte contre les activités illégales, notamment l’extraction d’or ou la contrebande, ne donne à aucun État le droit d’employer la force hors de sa compétence juridique. Si l’opération s’est déroulée en Égypte, elle doit être évaluée selon les lois et obligations applicables. Si elle a eu lieu au Soudan sans fondement juridique ni autorisation soudanaise, elle soulève des questions graves de souveraineté, d’usage de la force et de protection des civils. Les discours politiques ne peuvent remplacer les investigations, les documents, les cartes et les coordonnées. Le Soudan a besoin d’une position fondée sur les preuves, demandant des explications claires à l’Égypte et définissant les suites diplomatiques et juridiques selon les résultats, plutôt que de laisser le dossier dépendre des déclarations contradictoires et des campagnes médiatiques.

La comparaison avec la réponse égyptienne à la mort de ressortissants à Khartoum quelques jours plus tard renforce la sensibilité du dossier. Selon le texte, les chauffeurs Mohamed Lotfi et Akram Mohamed ont été tués et un autre Égyptien blessé lors de tirs au marché local du sud de Khartoum le 12 octobre. Des informations évoquent également un Soudanais blessé et l’arrestation d’un suspect.

Le texte décrit le suivi du dossier par le ministère égyptien des Affaires étrangères, ses contacts avec les autorités, le rapatriement des corps et l’attention portée au blessé. Si ces démarches sont confirmées, elles illustrent la responsabilité de l’État envers ses ressortissants et soulèvent une question légitime sur la volonté des autorités soudanaises d’agir de même, particulièrement si une force étrangère a attaqué leurs citoyens au Soudan.

Cette différence doit servir à examiner les institutions, plutôt qu’à une comparaison propagandiste. Un État qui réclame les droits de ses ressortissants à l’étranger doit défendre ceux de ses citoyens sur son territoire avec le même sérieux, quelle que soit l’identité de l’acteur accusé. Respecter les relations bilatérales n’interdit pas les questions difficiles. Les intérêts communs ne doivent pas retarder les enquêtes ou les revendications légitimes. La stabilité repose sur des règles respectant la souveraineté mutuelle, définissant les responsabilités et permettant le règlement diplomatique et juridique des différends, non sur le silence.

Halaib et Shalatin constituent l’un des dossiers les plus sensibles. La région est disputée depuis des décennies sans accord définitif accepté par les deux pays. L’enjeu dépasse la géographie : il concerne la gestion frontalière, les compétences souveraines et une politique extérieure cohérente. Des institutions affaiblies ou absorbées par les luttes internes peinent à assurer le suivi diplomatique et juridique nécessaire. Relancer ce dossier ne doit donc pas être une réaction ponctuelle, mais une révision stratégique des relations : documentation des revendications, priorités de négociation, activation des canaux diplomatiques et rejet d’une escalade verbale sans résultats.

Au Caire en mars 2021, l’ancien Premier ministre Abdallah Hamdok avait proposé une approche stratégique ouvrant les dossiers litigieux. Selon ses propos rapportés, il appelait à discuter des sujets laissés sous silence, dont Halaib et Shalatin. Cette approche associe coopération et franchise et rejette l’idée que de bonnes relations nécessitent de dissimuler les désaccords. Une stabilité durable exige leur reconnaissance et leur traitement. Commerce, énergie, eau et sécurité peuvent être renforcés par des accords clairs et un respect réciproque sans renoncer aux droits territoriaux.

La politique extérieure s’entremêle également avec les changements politiques depuis le coup d’État d’octobre 2021 et la guerre d’avril 2023. Un article du Wall Street Journal du 4 novembre 2021 décrivait des contacts antérieurs au coup d’État, notamment une visite du chef du renseignement égyptien Abbas Kamel à Khartoum, sa rencontre avec al-Burhan et le fait qu’il aurait évité Hamdok. Citant un conseiller gouvernemental soudanais, il rapportait que Kamel aurait demandé le départ de Hamdok. Il mentionnait aussi une visite secrète d’al-Burhan au Caire à la veille du coup d’État pour obtenir du soutien. Ces éléments restent des informations attribuées au journal et à ses sources, non des conclusions judiciaires définitives, mais alimentent le débat sur le rôle régional dans les transformations soudanaises.

Les contacts extérieurs antérieurs au coup d’État interrogent aussi la différence entre stabilité des régimes et stabilité des États. Des alliances peuvent offrir un soutien à des dirigeants sans garantir des institutions solides ou un consensus durable. Toute relation avec l’Égypte ne prouve toutefois pas une ingérence illégale. Il faut distinguer diplomatie normale et influence dépassant les limites acceptables par des preuves claires. Transparence et intérêt national doivent guider ces relations, pour que les citoyens connaissent les accords affectant leur avenir sans accusations infondées.

Cette transparence devient essentielle pendant la guerre, qui multiplie les intérêts étrangers et affaiblit la gestion indépendante des frontières, des ressources et des relations. Plus le conflit dure, plus les acteurs dépendent de soutiens extérieurs, avec le risque que les décisions suivent leurs calculs. La marge nationale peut se réduire lorsque la priorité devient le maintien au pouvoir ou la poursuite des opérations plutôt qu’un règlement reconstruisant l’État. Les acteurs soudanais ont aussi la responsabilité de définir des règles communes et d’empêcher l’utilisation du territoire, des ressources et des institutions au service d’intérêts concurrents.

La responsabilité politique d’al-Burhan doit donc être évaluée à partir de ses décisions, des positions de ses institutions et de leurs résultats, plutôt que d’étiquettes sur la loyauté ou la collaboration. A-t-il suffisamment protégé les citoyens, demandé des explications, publié des informations vérifiables et préservé l’autonomie dans les questions frontalières et régionales ? Documents, positions officielles et enquêtes sont nécessaires, mais ces questions relèvent d’un droit légitime à la critique. Une fonction publique ne dispense pas de rendre des comptes, et la souveraineté exige des actes.

Il faut aussi distinguer les intérêts du peuple égyptien des politiques de son gouvernement, et les Soudanais des autorités successives. Les deux peuples partagent de nombreux liens, et une escalade mal maîtrisée pourrait leur nuire. Défendre les droits soudanais ne nécessite ni incitation contre les Égyptiens ni conflit entre populations. Refuser les accusations non prouvées ne signifie pas tolérer d’éventuels abus. Souveraineté, droit, refus des sanctions collectives et dialogue doivent être préservés ensemble.

Concrètement, le Soudan doit réunir les preuves, vérifier les lieux et les dommages, documenter les témoignages, puis demander officiellement des explications. Les conclusions doivent être publiques et les voies juridiques précisées. Pour Halaib et Shalatin, une stratégie durable doit préserver les documents historiques et juridiques, indépendamment des gouvernements ou des rapports de force. Des mécanismes frontaliers et sécuritaires sont également nécessaires, sans autorisation illimitée de force ni substitution au respect du droit.

À l’intérieur, ces dossiers exigent des institutions professionnelles et légales, hors des rivalités militaires et politiques. Une diplomatie solide nécessite un État relativement stable, un mandat clair et des institutions capables d’assurer un suivi durable. Un consensus doit protéger les intérêts fondamentaux des marchandages : intégrité territoriale, civils et autonomie nationale. Sans cela, les frontières resteront soumises aux urgences et aux réactions ponctuelles.

L’avenir bilatéral ne se réduit pas à un incident, mais aucun événement touchant les droits et les vies ne doit être ignoré. Une révision franche doit reposer sur les intérêts mutuels, l’égalité et le droit, plutôt que sur la rupture ou la complaisance. Des violations établies exigeraient une réponse proportionnée, des comptes et des réparations ou d’autres mesures légales. Des conclusions différentes doivent également être annoncées clairement pour prévenir les rumeurs.

Le Soudan a besoin d’une politique protégeant les droits tout en permettant la coopération, traitant les différends sans sacrifier les citoyens. La souveraineté doit guider les décisions, pas seulement le discours intérieur. Halaib, Shalatin, les frontières, les ressources et les vies civiles fondent la confiance publique. L’équilibre réel reviendra lorsque franchise, institutions et droit remplaceront silence, décisions personnelles et rapports de force, et que la coopération protégera les deux peuples sans ignorer les droits de l’un d’eux.

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