Al-Bashir entre rumeurs de départ du Soudan et effondrement des conditions de vie : la lutte pour le pouvoir s’intensifie, tandis que les citoyens affrontent la faim et la pénurie de médicaments
Des informations contradictoires sur la santé et la localisation du président déchu, une monnaie en chute libre, des applications bancaires paralysées et des files devant les cuisines solidaires pour un repas de lentilles : au Soudan, la crise dépasse la lutte pour le pouvoir et devient un combat quotidien pour la survie.
Entre les informations circulant sur la santé du président soudanais déchu Omar al-Bashir, les révélations évoquant son départ du pays et les scènes d’effondrement économique et de pénuries alimentaires et médicales, l’émission « Le Récit » dépeint un pays où le fossé se creuse entre les rivalités des élites politiques et militaires et les besoins essentiels de la population. Tandis que les centres d’influence s’affrontent au sein du camp de Port-Soudan, les citoyens subissent une crise quotidienne croissante, combinant difficultés d’accès aux liquidités, hausse des prix, dysfonctionnement des services de santé et dépendance accrue aux initiatives caritatives pour se nourrir.
L’épisode inscrit le dossier d’Omar al-Bashir dans ce contexte troublé. Il évoque des appels de sa famille concernant la dégradation de sa santé, des informations sur son transfert du lieu de détention médicalisé militaire de Merowe vers l’hôpital Alia de Khartoum, ainsi que des demandes d’autorisation de voyage pour être soigné en Turquie ou à Doha. Le programme présente parallèlement des récits attribués à des sources affirmant qu’il aurait déjà quitté le Soudan environ deux mois auparavant et pourrait se trouver dans l’une de ces deux destinations.
Entre ces versions, sa localisation et son état de santé restent à confirmer indépendamment. La transcription rapporte les appels, les informations divulguées et les interprétations politiques présentés dans l’épisode, sans fournir de preuve décisive permettant d’affirmer que l’ancien président a quitté le pays ou reçoit des soins à l’étranger. Le débat sur son sort soulève néanmoins des questions sur la circulation de l’information au Soudan et sur l’utilisation des nouvelles concernant les personnalités politiques dans les luttes d’influence, alors que la crise humanitaire s’aggrave.
Les appels de la famille et les informations sur un départ
Selon l’épisode, la famille d’Omar al-Bashir a lancé des appels faisant état d’une détérioration de sa santé et demandant qu’il soit autorisé à se rendre à l’étranger pour recevoir des soins. Le programme a rapproché ces appels des informations sur ses transferts entre établissements médicaux et suggéré qu’ils pourraient servir à tester la réaction de la population et à préparer l’opinion à l’annonce d’un départ.
L’émission a également relaté des récits attribués à Mohamed Khalifa et à d’autres sources selon lesquels al-Bashir et de hauts responsables militaires auraient quitté le Soudan environ deux mois auparavant et se trouveraient à Doha ou en Turquie. Dans cette lecture, al-Bashir n’aurait pas besoin de l’autorisation d’al-Burhan pour partir. Les relations entre les centres d’influence seraient suffisamment complexes pour que l’identité du véritable décideur compte davantage que les procédures annoncées.
Ces récits ne peuvent toutefois être considérés comme des faits établis sans informations fiables confirmant la date du départ et la localisation actuelle. Une demande d’autorisation de voyage pour raisons médicales diffère d’une information affirmant que le départ a déjà eu lieu. La circulation de deux versions contradictoires ne suffit pas à valider l’une d’elles.
La question est particulièrement sensible en raison de la place d’al-Bashir dans l’histoire politique soudanaise. Renversé en 2019 après de vastes manifestations populaires, il reste au cœur des débats sur l’héritage de l’ancien régime et le rôle des islamistes dans la vie politique et sécuritaire. Les informations sur sa santé ou sa localisation ne sont donc pas interprétées comme de simples affaires personnelles : elles entrent dans les calculs des forces qui se disputent l’avenir du pays.
L’incertitude peut-elle devenir un instrument politique ?
L’épisode avance que les appels concernant la santé d’al-Bashir pourraient servir à sonder l’opinion avant l’annonce de son départ. Cette interprétation reste cependant une analyse politique nécessitant des éléments à l’appui. Les appels peuvent aussi refléter de véritables inquiétudes familiales, tandis que d’autres récits circulent dans le contexte des rivalités politiques. La transcription ne contient pas suffisamment de preuves pour établir les motivations ou la fiabilité des informations divulguées.
La persistance du flou autour de figures importantes de l’ancien régime révèle néanmoins un problème plus large dans l’environnement informationnel soudanais. Des récits contradictoires circulent sur la localisation des responsables, les contacts politiques et les centres de décision. En temps de guerre, l’information elle-même devient un enjeu : elle peut servir à adresser des messages aux adversaires, rassurer les alliés ou tester les réactions populaires.
La diffusion de nouvelles non vérifiées risque toutefois d’accentuer la confusion et de compliquer la distinction entre faits et spéculations. Toute affirmation sur le départ d’al-Bashir ou son transfert à l’étranger nécessite donc une documentation indépendante, plutôt que la répétition d’informations provenant de sources anonymes ou interprétées par des émissions politiques comme les éléments d’un plan plus vaste.
Le dossier soulève aussi la question des relations entre les dirigeants actuels et les réseaux de l’ancien régime. L’émission relate le débat sur al-Bashir aux luttes d’influence à Port-Soudan et au rôle du mouvement islamique dans les décisions militaires et sécuritaires. Définir ces relations et les responsabilités de leurs acteurs exige néanmoins des informations détaillées que la transcription ne fournit pas.
Surtout, le sort d’al-Bashir, quelle que soit son importance politique, ne doit pas éclipser les urgences de millions de Soudanais : arrêter la guerre, garantir l’alimentation et les médicaments, rétablir les services et acheminer l’aide vers les personnes dans le besoin. Un débat sur les personnalités politiques reste incomplet s’il ne tient pas compte de la vie des habitants en dehors des cercles du pouvoir.
L’effondrement monétaire et la paralysie des transactions bancaires
Sur le plan économique, l’épisode décrit un effondrement sans précédent de la monnaie soudanaise. Il évoque un dollar dépassant dix millions de livres exprimées dans l’ancienne monnaie, ainsi qu’une pénurie de liquidités et des dysfonctionnements des applications bancaires utilisées pour les transferts et les transactions quotidiennes.
Pour les ménages, la dépréciation représente davantage qu’un chiffre sur le marché des changes. À mesure que la monnaie perd de sa valeur, les salaires et l’épargne permettent d’acheter moins, et les besoins essentiels deviennent plus difficiles à satisfaire. Les citoyens peuvent devoir payer des sommes toujours plus élevées pour les mêmes produits, sans que leurs revenus progressent au même rythme — lorsqu’ils disposent encore de revenus réguliers.
Le manque de liquidités ajoute un obstacle. Même une personne possédant un solde bancaire peut être incapable de l’utiliser si les retraits sont impossibles ou si les services électroniques ne fonctionnent pas. L’accès à l’argent dépend alors des applications, des réseaux de communication et de la capacité des banques à effectuer les transferts, autant d’éléments susceptibles d’être affectés par l’insécurité et les infrastructures endommagées.
L’épisode mentionne notamment les interruptions de l’application de la Banque de Khartoum. La transcription ne précise ni leur durée, ni leur étendue, ni leurs causes techniques. Elle met cependant en évidence la dépendance des familles aux transactions numériques et la fragilité de cette dépendance lorsque les services sont perturbés.
Les effets dépassent les particuliers et touchent les marchés. Lorsque les paiements et les transferts deviennent difficiles, les échanges se compliquent. Les commerçants peuvent peiner à s’approvisionner ou à payer leurs fournisseurs, tandis que les citoyens consacrent davantage de temps à chercher des espèces ou d’autres moyens de paiement. La poursuite de la guerre cumule ces difficultés dans une économie déjà affaiblie par le recul de la production et de l’activité.
L’interdiction des fèves égyptiennes : les décisions économiques à l’épreuve du quotidien
L’épisode critique une décision attribuée au Premier ministre interdisant l’importation de fèves égyptiennes, qu’il associe à une volonté de réduire la pression sur les devises. Il souligne en parallèle l’importance des fèves dans l’alimentation soudanaise, les présentant comme un produit essentiel encore accessible à de larges catégories de la population malgré la détérioration des conditions de vie.
Ce débat illustre un dilemme pour les autorités en période de crise : comment réduire la demande de devises sans alourdir les charges de ménages déjà confrontés aux prix élevés et à des choix alimentaires limités ? Dans une approche économique étroite, les restrictions à l’importation peuvent sembler réduire les dépenses extérieures. Leurs effets locaux dépendent toutefois des alternatives disponibles, de la capacité de la production nationale à répondre à la demande et de la rapidité d’évolution des prix.
La transcription ne fournit pas de chiffres sur les importations de fèves ni sur les effets réels de la mesure sur les prix et les approvisionnements. Son bilan économique ne peut donc être établi. La critique repose néanmoins sur un argument social clair : lorsqu’un produit constitue une base de l’alimentation familiale, toute restriction doit tenir compte de ses conséquences sur la sécurité alimentaire, au-delà des économies de devises.
Une politique de réduction des importations exige également des alternatives réalistes et un programme de soutien à la production locale, au transport et à la distribution, pour éviter une pression supplémentaire sur les consommateurs. Dans des marchés déjà touchés par le manque de liquidités et les perturbations des approvisionnements, réduire les sources alimentaires sans les remplacer peut produire des effets contraires à ceux recherchés, particulièrement pour les ménages modestes.
Dans un pays en guerre, les décisions économiques ne peuvent être dissociées de la sécurité et des besoins humanitaires. Il ne s’agit pas seulement de préserver les devises, mais aussi d’éviter que le coût des politiques dépasse ce que les citoyens peuvent supporter.
Des files pour le carburant aux files devant les cuisines solidaires
L’épisode présente une image saisissante de la progression du dénuement : des véhicules attendent devant les stations-service, tandis que des milliers de familles font la queue devant les cuisines solidaires pour obtenir des repas, notamment de lentilles. La crise énergétique côtoie ainsi la crise alimentaire, mais les besoins diffèrent : certains attendent du carburant, d’autres une portion pouvant être indispensable à la subsistance de leur famille pour la journée.
Ces cuisines, financées par des initiatives communautaires et des dons, illustrent le rôle des réseaux locaux de solidarité lorsque les institutions et les services ne parviennent plus à répondre aux besoins. Elles apportent un soutien vital aux personnes ayant perdu leurs revenus, déplacées ou ne pouvant plus acheter de nourriture.
Une dépendance généralisée à ces initiatives ne peut toutefois remplacer durablement une réponse humanitaire organisée et un accès effectif de l’aide à la population. Leur continuité dépend des dons, des denrées disponibles et de l’accès aux régions concernées. Avec l’aggravation de la crise, les besoins peuvent augmenter plus vite que leurs capacités.
Il est donc nécessaire de garantir l’accès des civils à l’aide, de protéger les travailleurs humanitaires et de faciliter l’acheminement de nourriture, de médicaments et de carburant. La coordination entre initiatives communautaires, organisations humanitaires et acteurs compétents est également essentielle pour éviter que des personnes attendent des heures pour un repas tandis que d’autres régions restent sans assistance.
Ces files reflètent plus que la difficulté à obtenir de la nourriture : elles montrent l’affaiblissement de l’autonomie des ménages. Lorsque le repas quotidien dépend de l’attente d’une aide, la crise dépasse la hausse des prix et menace directement la sécurité alimentaire.
Les médicaments introuvables et les risques d’effondrement des soins
L’épisode aborde également la pénurie de médicaments et l’arrêt d’activité de pharmacies et de centres de santé. Selon la transcription, il avertit qu’une poursuite de cette situation pourrait conduire à une crise plus profonde, évoquant la possibilité d’une « guerre des affamés ».
En temps de guerre, le manque de médicaments dépasse la difficulté d’obtenir un traitement particulier. Les ruptures d’approvisionnement peuvent interrompre les soins des maladies chroniques, retarder la prise en charge des urgences et accroître les risques pour les femmes, les enfants et les personnes âgées. La fermeture des centres oblige aussi les patients à parcourir de plus longues distances, alors que le transport peut être coûteux ou indisponible et les déplacements dangereux.
La transcription ne fournit pas de chiffres vérifiés sur le nombre de structures hors service ni sur les pénuries par région. L’avertissement souligne cependant que la santé doit rester au cœur de la réponse humanitaire. L’aide alimentaire, aussi importante soit-elle, ne suffit pas lorsque les malades ne peuvent obtenir leurs médicaments ou accéder à un établissement capable de les soigner.
La réponse exige de protéger les chaînes d’approvisionnement médical, de faciliter l’entrée des médicaments et du matériel, de soutenir les établissements encore opérationnels et d’assurer la sécurité des soignants et des patients. Des données précises sur les besoins sont également nécessaires pour définir les priorités et orienter les ressources vers les zones les plus touchées.
Une crise qui dépasse la politique et menace la survie
L’épisode relate le dossier d’al-Bashir, les rivalités au pouvoir, la dépréciation monétaire, les perturbations bancaires, les restrictions à l’importation, les files devant les cuisines solidaires et les pénuries médicales. Ces sujets peuvent sembler distincts, mais convergent vers un même constat : la poursuite de la guerre fragilise les institutions, l’économie et les services, tandis que les citoyens disposent de moins de moyens pour se protéger.
Alors que les acteurs politiques et militaires débattent de légitimité, d’influence et du sort des anciens dirigeants, les habitants se posent des questions immédiates : comment accéder à leur argent ? Peuvent-ils acheter de la nourriture ? Où trouver des médicaments ? À qui s’adresser lorsque les services cessent de fonctionner ?
Cela ne signifie pas que les questions politiques sont sans importance ou que la localisation d’al-Bashir ne présente aucun intérêt public. Mais les priorités doivent être ordonnées lorsque l’alimentation et les soins sont menacés. Un règlement politique qui ne permet pas l’acheminement de l’aide, le rétablissement des services et la reprise économique ne suffira pas à soulager la population.
Tout processus de paix doit également traiter les préoccupations sécuritaires et politiques qui bloquent les accords et prévoir des garanties protégeant les civils et empêchant l’utilisation des ressources publiques pour étendre les combats. Un cessez-le-feu ne produira pas tous ses effets si les marchés restent paralysés, les hôpitaux fermés et les familles privées de l’essentiel.
La transcription présente finalement deux réalités parallèles : une lutte pour le pouvoir et l’influence, et une crise des conditions de vie dont les effets s’étendent. Le débat sur al-Bashir reste politiquement important, mais ne change pas le fait que des millions de citoyens ont avant tout besoin de nourriture, de médicaments et de sécurité. Entre les récits contradictoires sur les dirigeants et le quotidien des habitants, l’urgence demeure d’arrêter la guerre, de garantir l’accès humanitaire et de rétablir les conditions minimales de vie dans un pays épuisé par les affrontements.
