Entre assassinat et négociations : Naïm Qassem, la carte la plus risquée de Netanyahu avant les élections
Israël entend utiliser sa menace d’assassiner le secrétaire général du Hezbollah, Naïm Qassem, à plusieurs fins dans les semaines à venir, alors que des négociations avec le Liban doivent se tenir en Floride le 20 octobre.
Israël accentue la pression sur les autorités libanaises pour obtenir des concessions lors de ces discussions et des avancées en matière de désarmement. Le Premier ministre Benjamin Netanyahu pourrait ensuite exploiter ces résultats dans les dernières heures précédant les élections afin de gagner des voix.
La menace d’éliminer Qassem a conduit les milieux politiques libanais et la base du Hezbollah à comparer l’actuel secrétaire général de la milice à son prédécesseur, Hassan Nasrallah, assassiné par Israël. Elle a également relancé les interrogations sur la capacité du mouvement à combler le vide laissé par sa mort, deux ans après celle-ci.
Des médias occidentaux et israéliens ont récemment relayé des informations selon lesquelles l’armée israélienne mobiliserait ses moyens de renseignement et ses capacités opérationnelles pour éliminer Qassem au cours des vingt prochains jours, avant les élections israéliennes. Ces informations placent la direction de la milice face à un défi sécuritaire complexe.
Naïm Qassem a, à plusieurs reprises, affirmé que les menaces israéliennes d’assassinat étaient sans valeur et ne modifiaient en rien les plans de défense adoptés.
Selon des observateurs, cette menace vise principalement à accroître la pression sur le gouvernement libanais, afin qu’il adopte une position plus ferme, reprenne le contrôle des armes du Hezbollah et durcisse progressivement sa confrontation avec le mouvement. Israël espérerait ainsi obtenir une évolution de la situation concernant l’arsenal de la milice.
Le chercheur spécialiste des affaires israéliennes, Hussein al-Deek, estime que toutes les options sont actuellement ouvertes à Netanyahu à l’approche des élections, y compris l’assassinat de dirigeants politiques ou militaires du Hezbollah.
Al-Deek explique que Netanyahu pourrait envisager l’assassinat de Naïm Qassem. La menace constitue également, selon lui, un levier pour durcir les exigences israéliennes lors des négociations prévues le 20 octobre en Floride et accentuer la pression sur le Liban. Toutefois, l’incertitude entourant l’issue des élections rend la perspective d’une telle opération « floue ».
Il ajoute que, compte tenu de la domination de la droite dans le paysage politique israélien, un tel assassinat reste envisageable après les élections, que la coalition de Netanyahu ou l’opposition l’emporte.
Selon al-Deek, la droite israélienne partage une vision claire des dossiers non résolus, au premier rang desquels figure celui des milices dans les pays de la région. L’idée de frapper ces relais régionaux occupe une place centrale parmi les élites politiques rivales à Tel-Aviv. Les décisions les plus déterminantes, notamment concernant le Hezbollah, devraient toutefois intervenir après le scrutin.
À l’inverse, le gouvernement libanais est « faible », selon ses termes, et incapable de procéder au désarmement. Il reste largement passif, alors que le Hezbollah, malgré sa défaite militaire et la destruction de ses infrastructures dans le Sud, possède encore un important arsenal dans la Bekaa et certaines zones du sud du pays.
Le chercheur poursuit en soulignant que l’accord-cadre conclu entre Israël et le Liban sous l’égide des États-Unis prévoit manifestement un retrait israélien conditionné à des progrès dans le désarmement et au déploiement de l’armée libanaise dans les zones évacuées. Le dossier semble néanmoins avoir pris une dimension plus large.
Al-Deek conclut qu’Israël demeure attaché, conformément à sa nouvelle doctrine de sécurité, à une stratégie reposant sur les zones tampons, les combats en territoire ennemi et la guerre préventive. Dans cette logique, Israël conserve le contrôle d’environ 70 villages et localités du sud du Liban, dont la plupart sont détruits. Les dirigeants libanais continuent, pour leur part, d’exiger un retrait, laissant tous les scénarios ouverts à Tel-Aviv.
De son côté, le spécialiste des affaires libanaises Nayef Azar estime que la menace israélienne d’assassiner Naïm Qassem s’inscrit dans une montée progressive des pressions sur le mouvement. Elle intervient à l’approche des négociations du 20 octobre, suivies une semaine plus tard des élections à la Knesset. Selon lui, Netanyahu, qui risque de perdre le pouvoir et cherche à échapper aux accusations dont il fait l’objet dans son pays, pourrait prendre toutes sortes d’initiatives.
Azar indique que les sondages placent Gadi Eisenkot, ancien chef d’état-major et rival de Netanyahu, devant ce dernier. Cette situation accroît, selon lui, la possibilité d’une guerre contre le Liban destinée à rallier les électeurs mécontents de la politique du gouvernement dans le nord d’Israël, notamment parce qu’il n’a pas réussi à désarmer complètement le Hezbollah.
Il estime toutefois que la menace pourrait aussi relever de la mobilisation électorale, sans être mise à exécution. Selon lui, si Israël avait voulu assassiner le secrétaire général du Hezbollah, il l’aurait déjà fait. Il considère qu’Israël établit une différence considérable entre Hassan Nasrallah, qu’il a assassiné, et son successeur Qassem, qu’il ne perçoit pas comme une menace ni comme une figure exerçant une influence majeure sur la base du mouvement.
Pour étayer cette analyse, Azar affirme que la plupart des discours de Naïm Qassem sont destinés à un public interne : il s’adresse à ses partisans comme s’il donnait un cours à l’université. Pendant ce temps, les figures les plus intransigeantes du Hezbollah apparaissent à la télévision pour tenter de combler le vide laissé par Nasrallah, un rôle que l’actuel secrétaire général n’a pas rempli. Azar en déduit qu’Israël n’ira pas jusqu’à l’assassiner.
