Moyen-Orient

Naïm Qassem incite les Libanais à renverser le gouvernement de Nawaf Salam


Le secrétaire général de Hezbollah appelle le gouvernement libanais à partir s’il est incapable de garantir la souveraineté du pays, réitérant le rejet par le parti des négociations avec Israël.

Le secrétaire général du Hezbollah libanais, Naïm Qassem, a lancé dimanche soir une attaque verbale virulente contre le gouvernement libanais, annonçant son rejet des négociations en cours entre le Liban et Israël, appelant le gouvernement à démissionner « s’il est incapable d’assurer la souveraineté », et incitant les Libanais à descendre dans la rue pour renverser le gouvernement de Nawaf Salam. Il s’agit d’une escalade verbale particulièrement grave, susceptible d’attiser la crise interne et d’approfondir les divisions entre l’exécutif et le parti, considéré comme l’un des principaux relais de l’Iran dans la région.

Cette escalade intervient alors que les négociations libano-israéliennes connaissent une dynamique croissante, dans un contexte de manœuvres américaines visant à organiser de nouveaux cycles de discussions sécuritaires et politiques entre les deux parties, parallèlement à la montée des appels internes et internationaux à confier les armes exclusivement à l’État. Ce dossier pèse lourdement sur la situation libanaise, alimente les tensions et place le pays, déjà confronté depuis des années à l’une des pires crises politiques, sécuritaires et économiques de son histoire, au bord de la confrontation.

Dans un discours télévisé prononcé à l’occasion de la « fête de la Résistance et de la Libération », Naïm Qassem a affirmé que le gouvernement libanais est responsable de la protection de la souveraineté nationale, s’interrogeant sur sa conformité aux dispositions constitutionnelles en la matière. Il a ajouté : « Si le gouvernement est incapable d’assurer la souveraineté, qu’il parte », estimant que le peuple a le droit de descendre dans la rue pour le renverser et faire face au « projet américano-israélien ».

Le secrétaire général du Hezbollah a affirmé que le parti ne demande pas à l’État libanais d’affronter ce projet, mais il a insisté sur le fait que celui-ci ne doit pas devenir « un instrument facilitant sa mise en œuvre », en référence aux négociations directes entre Beyrouth et Tel-Aviv, menées sous médiation américaine. Il a estimé que ces négociations sont « rejetées car elles constituent un gain net pour Israël et n’apporteront rien au Liban », ajoutant que « le projet israélien repose sur l’anéantissement de la résistance et l’occupation progressive du Liban ».

Il a également souligné que « la résistance, aux côtés de l’armée et du peuple, constituait un trio ayant permis la réalisation de la libération », ajoutant que les frappes de la résistance avaient « contraint l’occupation israélienne à se retirer de la zone frontalière en 2000 ».

À la date de dimanche soir, aucune réaction officielle du gouvernement libanais n’a été publiée concernant les déclarations de Naïm Qassem, qui reflètent une intensification des tensions internes autour des négociations et des relations avec Israël, dans un contexte de poursuite des affrontements et des violations israéliennes dans le sud du Liban.

Ces déclarations, marquées par une rhétorique d’incitation à la mobilisation, ouvrent la voie à une nouvelle phase d’escalade politique interne au Liban, alors qu’une réunion sécuritaire est prévue au Pentagone à la fin du mois de mai entre des délégations des armées libanaise et israélienne, en préparation d’un nouveau cycle de négociations prévu début juin, après trois sessions précédentes organisées à Washington ces dernières semaines.

Le discours de Naïm Qassem traduit clairement la crainte du Hezbollah de voir ces négociations devenir un levier pour intensifier les pressions internationales visant à réduire son influence militaire et politique au Liban, notamment dans un contexte de multiplication des appels occidentaux et arabes à limiter les armes à l’État libanais et à appliquer les résolutions internationales relatives au sud du pays.

Ces déclarations semblent également réaffirmer l’équation traditionnelle du parti, fondée sur le lien entre « résistance » et souveraineté nationale, en soulignant que les armes du Hezbollah ont contraint Israël à se retirer du sud du Liban en 2000, et que toute tentative d’affaiblir la résistance sert le projet israélien.

Elles révèlent aussi l’ampleur des inquiétudes internes du parti, dans un contexte de pressions politiques et économiques croissantes sur le Liban, et de critiques accrues liées au coût de l’affrontement prolongé avec Israël, notamment après la dernière guerre qui a fait des milliers de morts et de blessés et plus d’un million de déplacés, selon les chiffres officiels libanais.

L’attaque de Naïm Qassem contre le gouvernement intervient par ailleurs après des décisions controversées prises par le gouvernement de Nawaf Salam début mars, lorsqu’il a annoncé l’interdiction des activités militaires et sécuritaires du parti et la limitation de son rôle au champ politique, tout en chargeant l’armée d’exécuter un plan visant à monopoliser les armes au nord du fleuve Litani. Cette mesure a été perçue par le mouvement chiite armé comme une réponse directe aux pressions américaines et israéliennes.

Ces développements coïncident avec l’imposition par Washington de nouvelles sanctions contre des personnalités politiques et sécuritaires libanaises liées au parti, incluant d’anciens députés, ministres et officiers de sécurité, dans le cadre d’une stratégie visant à restreindre l’influence financière et politique du Hezbollah au sein des institutions de l’État.

Selon des observateurs, le discours de Naïm Qassem véhicule plusieurs messages : il constitue d’abord un avertissement interne au gouvernement libanais contre tout dépassement des « lignes rouges » liées aux armes du parti, tout en adressant un message à Washington et Tel-Aviv indiquant que le Hezbollah reste capable d’imposer des équilibres militaires et sécuritaires malgré les pressions et sanctions.

Son affirmation selon laquelle les drones du Hezbollah continuent de traquer les soldats israéliens reflète la persistance de la stratégie de « dissuasion mutuelle », à un moment où les drones représentent l’un des principaux facteurs d’inquiétude pour Israël, qui évite souvent de divulguer l’intégralité de ses pertes militaires.

Toutefois, la gravité de ces déclarations réside dans leur capacité à approfondir la division libanaise autour de la notion même de souveraineté : alors que le Hezbollah considère la résistance comme un élément de protection du Liban, d’autres forces politiques estiment que l’existence d’armes en dehors du contrôle de l’État affaiblit les institutions, isole le pays sur la scène internationale et en fait un terrain permanent de conflits régionaux.

Dans sa configuration actuelle, la situation montre que le Liban entre dans une phase hautement sensible, où se croisent négociations avec Israël, pressions américaines et divisions internes autour du rôle du Hezbollah, dans un contexte de crise économique aiguë et d’institutions politiques fragilisées. Toute escalade supplémentaire, verbale ou militaire, pourrait accentuer les tensions et rouvrir de manière encore plus conflictuelle le dossier des armes et de la souveraineté dans les mois à venir.

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