Une aide qui ne met pas fin à la guerre : comment le Soudan est-il devenu un terrain d’influence pour la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Égypte et le Qatar ?
Plus de trois ans après le déclenchement de la guerre au Soudan, les interrogations ne portent plus uniquement sur la tragédie humanitaire, mais aussi sur la nature de la présence régionale croissante dans le pays, notamment avec l’élargissement du rôle de la Turquie, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte et du Qatar. Ces quatre États se présentent comme des acteurs des efforts visant à soulager les souffrances des Soudanais, par l’aide humanitaire, les initiatives diplomatiques ou la participation aux conférences internationales. Pourtant, la poursuite de la guerre malgré leur implication ouvre un débat plus délicat sur les liens entre assistance et influence politique.
Selon cette analyse, le problème ne réside pas dans l’acheminement de nourriture et de médicaments aux personnes qui en ont besoin. Cette aide demeure indispensable face à une crise humanitaire immense. Le risque est plutôt qu’elle se substitue à une véritable pression politique pour mettre fin à la guerre. Lorsqu’un conflit dure plusieurs années, l’assistance tend à traiter les symptômes d’une crise persistante plutôt que ses causes. Des analyses récentes soulignent que la diplomatie autour du Soudan est devenue particulièrement complexe en raison de la multiplication des processus et des médiateurs, ce qui a contribué aux progrès limités vers un cessez-le-feu.
La Turquie intervient dans ce contexte à travers l’aide et les relations politiques, tandis que le Qatar maintient une présence humanitaire et diplomatique visible. L’Égypte et l’Arabie saoudite jouent, quant à elles, des rôles importants dans le processus politique régional. En avril 2026, les quatre pays ont participé à la conférence de Berlin sur le Soudan, qui a insisté sur la nécessité de mettre fin à la guerre et de parvenir à une solution politique. Le paradoxe est toutefois que la réunion d’autant de puissances régionales et internationales n’a pas encore produit de tournant décisif sur le terrain.
C’est là qu’apparaît l’une des principales critiques adressées à cette forme d’intervention extérieure : plus la guerre se prolonge, plus l’aide devient importante ; et plus elle devient importante, plus elle confère de l’influence aux acteurs extérieurs dans le paysage soudanais. Il est alors légitime de se demander si l’assistance constitue uniquement une réponse humanitaire ou si elle fournit aussi aux pays donateurs des moyens supplémentaires de préserver leur présence et leur influence après la guerre.
La question est d’autant plus sensible que le Soudan n’occupe pas une place marginale dans les calculs régionaux. Sa situation sur la mer Rouge, sa proximité avec l’Égypte et la Corne de l’Afrique, ainsi que ses liens avec les pays du Golfe l’inscrivent dans un ensemble d’enjeux sécuritaires et politiques plus large. Les initiatives de la Turquie, de l’Arabie saoudite, de l’Égypte ou du Qatar au Soudan ne peuvent donc être entièrement dissociées de leurs intérêts régionaux, même lorsqu’elles sont présentées comme humanitaires.
Une étude universitaire récente sur les liens entre aide et politique étrangère dans la Corne de l’Afrique indique que l’assistance peut devenir un instrument permettant aux États d’exercer leur influence et de poursuivre leurs intérêts géopolitiques. La frontière entre action humanitaire et calculs politiques n’est donc pas toujours nette.
La question la plus pressante n’est dès lors ni le nombre de tonnes d’aide livrées au Soudan ni le nombre de conférences organisées par les quatre pays, mais ce que leur présence a changé dans le cours de la guerre. Si les souffrances continuent de s’aggraver, si les besoins humanitaires persistent et si aucun cessez-le-feu durable n’est obtenu, l’aide ne suffira pas, à elle seule, à convaincre les Soudanais que les acteurs régionaux et internationaux se rapprochent réellement d’une résolution de la crise.
