Moyen-Orient

Assèchement des terres agricoles et résurrection de Hérode : l’eau de Cisjordanie aux mains des colons


Les sources naturelles et les anciens bassins de Cisjordanie occupée ont longtemps offert un refuge contre la chaleur étouffante de l’été. Ils constituent également une ressource vitale pour les communautés palestiniennes, qui en dépendent pour le tourisme et l’irrigation des terres agricoles.

Mais pour les 2,8 millions de Palestiniens vivant dans la région, l’accès à ces sources et à ces réservoirs en pierre alimentés naturellement devient de plus en plus difficile. Soutenus par un gouvernement de droite radicale confronté à de nouvelles élections, les colons israéliens intensifient leurs efforts pour prendre le contrôle des sources et d’autres sites patrimoniaux.

Cet été, dans l’un des cas recensés, l’eau d’une source naturelle alimentant le village palestinien de Fasaïl a été illégalement détournée vers un ancien bassin situé à proximité. Les responsables de ce détournement ont utilisé l’eau pour remplir le bassin, avant d’en faire la promotion comme une nouvelle destination touristique baptisée « Hérode », en référence au roi de Judée nommé par Rome, selon l’agence Associated Press.

Les accords conclus dans les années 1990 indiquent que le bassin se trouve dans la zone C, placée sous le contrôle militaire total d’Israël. Des recherches menées par Dror Etkes, directeur de Kerem Navot, une organisation qui surveille l’expansion des colonies, montrent toutefois que le terrain appartient à des propriétaires privés.

Saad Nimer, agriculteur palestinien du village de Fasaïl, affirme que l’interruption de l’approvisionnement en eau a gravement endommagé ses terres agricoles. Il ajoute que sa famille possède des documents attestant qu’elle est propriétaire du terrain.

Le Coordonnateur des activités gouvernementales dans les territoires, l’organisme militaire israélien chargé de superviser les affaires civiles en Cisjordanie, a reconnu que l’eau avait été détournée « sans autorisation » et annoncé l’ouverture d’une enquête.

D’autres lieux de baignade en Cisjordanie sont également devenus des foyers de tensions. La semaine dernière, un Israélien, père de six enfants, a été abattu par un Palestinien près d’une source située dans le nord de la Cisjordanie, alors qu’il se baignait avec son fils aîné en préparation de la fête juive de Yom Kippour.

Israël finance des projets liés au patrimoine juif en Cisjordanie

Israël occupe la Cisjordanie depuis qu’il s’en est emparé en 1967, en même temps que Jérusalem-Est et la bande de Gaza. Depuis lors, il a établi un vaste réseau de colonies où vivent plus d’un demi-million d’Israéliens, sur des terres que les Palestiniens revendiquent pour la création de leur futur État indépendant.

La communauté internationale considère dans son immense majorité ces colonies comme illégales. Au début du mois, alors que s’intensifiaient les violences commises par des colons et d’autres mesures ayant entraîné le déplacement de Palestiniens, le gouvernement britannique a accusé Israël de « fermer les yeux » sur ce qu’il a qualifié de « nettoyage ethnique des Palestiniens dans certaines zones de Cisjordanie, perpétré par des colons terroristes ».

Le Premier ministre israélien Benyamin Netanyahou a condamné les violences, mais les a attribuées à « une poignée d’émeutiers » en Cisjordanie occupée, estimant qu’ils portaient atteinte à « l’ensemble des colons respectueux de la loi ».

L’organisation israélienne de défense des droits humains B’Tselem estime que la volonté de prendre le contrôle des sites patrimoniaux et de leur conférer un statut officiel s’inscrit dans une stratégie plus large. Dans un rapport publié ce mois-ci, elle indique que de telles classifications sont utilisées pour « renforcer les liens historiques, culturels et religieux de l’État d’Israël et du peuple juif avec la Cisjordanie ».

Alon Arad, directeur exécutif de l’organisation israélienne Emek Shaveh, qui s’oppose à la politisation de l’archéologie en Israël et dans les territoires palestiniens, considère que le choix des colons de baptiser « Hérode » le bassin proche de Fasaïl vise à « inscrire le site dans le cadre de l’histoire juive ».

Le site n’ayant jamais été étudié par des archéologues, la date de sa construction reste indéterminée. Des fouilles réalisées par l’unité archéologique de l’Administration civile israélienne — une branche de l’armée chargée de la gestion quotidienne de la Cisjordanie — ont toutefois établi que d’autres vestiges de la région remontaient au règne d’Hérode, au Ier siècle avant notre ère.

Dans un entretien accordé à Associated Press, le ministre israélien du Patrimoine, Amichai Eliyahu, a indiqué que le bassin serait vidé au début du mois d’octobre, après la fin des fêtes juives, afin de permettre aux archéologues de l’administration de procéder à une étude complète du site.

Eliyahu a salué le groupe à l’origine du détournement de l’eau et précisé que le gouvernement avait affecté environ un million de dollars à la réhabilitation du site. Cette somme s’inscrit dans une enveloppe d’au moins 166 millions de dollars actuellement consacrée, selon le ministre, à des fouilles et à des infrastructures sur plus d’une centaine de sites qu’il présente comme liés au patrimoine juif en Cisjordanie.

Lors d’une visite du bassin situé près de la colonie de Petza’el, Eliyahu a déclaré : « Nous transformerons cet endroit en jardin d’Éden. » Avant de plonger dans l’eau, il a ajouté : « Il n’existe rien de tel qu’un peuple palestinien. »

Les terres s’assèchent à mesure que l’eau est accaparée

Le conflit relatif à l’accès à l’eau dans cette région fertile reflète une rivalité plus large autour du contrôle de la Cisjordanie, notamment de la vallée du Jourdain. Les Palestiniens considèrent cette dernière comme le grenier agricole de leur futur État, tandis que les Israéliens la jugent indispensable à la protection de leur frontière orientale.

Les Palestiniens sont confrontés à des pénuries d’eau et à des restrictions d’accès depuis qu’Israël a pris le contrôle de la région en 1967. Les accords de paix intérimaires conclus dans les années 1990 ont reconnu leurs droits sur l’eau, mais ont maintenu un système réservant environ 80 % des ressources prélevées dans le principal aquifère à l’usage israélien.

La multiplication des attaques commises par des colons aggrave désormais le problème. Selon un rapport publié en juillet par le Bureau des Nations unies pour la coordination des affaires humanitaires, les colons ont endommagé, détruit ou pris le contrôle d’environ 160 installations d’approvisionnement en eau et d’assainissement appartenant à des communautés palestiniennes au cours de l’année 2026, notamment des conduites et des réservoirs.

Le rapport indique que les assaillants ciblent de plus en plus les infrastructures hydrauliques collectives, provoquant l’interruption de l’approvisionnement de plusieurs communautés palestiniennes, parfois sur une grande partie de leur territoire.

Dans la région d’Al-Auja, dans la vallée du Jourdain, la prise de contrôle des sources naturelles locales par des colons a contraint certains agriculteurs palestiniens à abandonner leurs terres.

Âgé de 53 ans, Mourad Al-Jabaa cultivait autrefois d’importantes quantités de fruits et de légumes, notamment des melons, des aubergines, des bananes et des tomates. Il affirme ne plus pouvoir exploiter ses terres depuis l’arrivée des colons, qui auraient harcelé les habitants et détourné l’eau de la source.

« Toutes ces exploitations agricoles dépendent de la source. Mais aujourd’hui, il n’y a plus de source, parce que les colons s’en sont emparés », déplore Al-Jabaa.

Le maire, Hani Al-Najoum, affirme pour sa part que les colons ont récemment « pris le contrôle total » de la cascade alimentée par la source et transformé « la région en une sorte de zone militaire ». Cette situation aurait gravement affecté le tourisme et l’agriculture locale.

« Cette terre était autrefois extrêmement productive. Aujourd’hui, elle est devenue un désert », conclut Al-Jabaa.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page