Abbott durcit les mesures contre les Frères musulmans et le CAIR
La position du gouverneur du Texas, Greg Abbott, à l’égard des Frères musulmans et du Council on American-Islamic Relations « CAIR » n’est plus seulement une position politique déclarée. Les mesures prises par son administration depuis novembre 2025 ont évolué vers une démarche globale comprenant la classification, les enquêtes, les restrictions en matière de propriété et des pressions sur le statut juridique de l’organisation.
Dans son discours prononcé lors de la convention républicaine à Dallas en septembre 2026, Abbott est revenu sur ce dossier pour affirmer que le Texas n’attendait pas le gouvernement fédéral à Washington. Il a également établi un lien entre les mesures précédemment prises par son État et son engagement à œuvrer en faveur de l’interdiction de la charia islamique au Texas.
Ces déclarations interviennent dans un contexte électoral marqué au Texas par un débat intense sur l’immigration, la sécurité aux frontières, l’identité religieuse et le rôle des autorités locales face à ce que les autorités qualifient d’extrémisme.
Le point de départ : la décision de novembre 2025
Le 18 novembre 2025, le bureau du gouverneur Greg Abbott a annoncé que l’État avait classé les Frères musulmans et le « CAIR » comme organisations terroristes étrangères et organisations criminelles transnationales, en vertu du droit de l’État du Texas.
Le bureau d’Abbott a déclaré que cette décision conférait aux autorités de l’État des outils supplémentaires pour faire appliquer la loi à l’encontre des deux organisations et des entités qui leur sont affiliées. Elle leur interdisait également d’acheter ou d’acquérir des intérêts immobiliers au Texas.
La proclamation officielle du gouverneur précisait que la classification avait été effectuée en vertu de dispositions du Code pénal et du Code de la propriété du Texas, et que les restrictions immobilières concernaient les deux organisations, leurs entités affiliées ainsi que leurs membres, dans les limites prévues par la loi.
Cette précision est importante, car la décision prise par Abbott est une décision relevant d’un État américain et non une décision du département d’État américain ou du gouvernement fédéral.
Abbott élargit le champ de la confrontation
Après l’annonce de la classification, l’administration Abbott est passée à l’étape des enquêtes. Le 20 novembre 2025, le bureau du gouverneur a annoncé qu’Abbott avait ordonné au département de la Sécurité publique du Texas d’ouvrir des enquêtes pénales concernant les Frères musulmans et le « CAIR ».
Selon le bureau du gouverneur, l’objectif était d’identifier et de perturber toute activité susceptible de constituer une violation de la loi, notamment des allégations liées à la violence, à l’intimidation ou au harcèlement, ainsi que d’enquêter sur d’éventuelles tentatives d’imposer ou d’établir des systèmes juridiques parallèles fondés sur la charia islamique en violation du droit de l’État.
Le bureau a indiqué que des agents du département de la Sécurité publique travaillaient avec des partenaires locaux et fédéraux et que les groupes de travail conjoints du FBI chargés de la lutte contre le terrorisme participaient à la collecte d’informations et au lancement d’enquêtes sur d’éventuelles violations.
Le dossier a ainsi pris une dimension clairement sécuritaire et juridique, au lieu de rester limité au domaine des déclarations politiques.
Pressions sur le statut d’organisation à but non lucratif
En janvier 2026, Abbott a franchi une nouvelle étape en demandant au bureau du procureur général du Texas d’utiliser ses prérogatives pour réexaminer le statut d’organisation à but non lucratif du « CAIR ».
Le bureau du gouverneur a déclaré qu’Abbott avait demandé le retrait du statut d’organisation à but non lucratif de l’organisation et la fin de sa capacité, ainsi que de celle de ses branches, à exercer leurs activités dans l’État, en s’appuyant sur ce qu’il a décrit comme des documents concernant les Frères musulmans et le « CAIR ».
Cette démarche révèle une tentative d’emprunter plusieurs voies juridiques dans le traitement de l’organisation : d’un côté, la classification et les restrictions relatives à la propriété ; de l’autre, les enquêtes pénales ; et, en troisième lieu, le réexamen du statut juridique et fiscal de l’organisation.
La question de la charia au cœur de la confrontation
Lors de son discours à Dallas, Abbott a de nouveau établi un lien entre ces mesures et la question de la charia islamique.
Il a déclaré que le Texas n’attendait pas Washington et qu’il agirait en vue d’interdire complètement la charia. Le Texas Tribune a rapporté qu’Abbott avait déclaré lors de la convention qu’il avait classé les Frères musulmans et le « CAIR » comme organisations terroristes étrangères et que l’État « n’attendait pas Washington » avant d’agir sur la question de la charia.
Cette position intervient après plusieurs mois de montée en puissance du discours sur la « lutte contre la charia » au sein du Parti républicain au Texas.
En août 2026, le Texas Tribune a rapporté que les républicains de l’État défendaient un discours politique présentant la charia comme un système dangereux associé à l’extrémisme, tandis que des musulmans du Texas en proposaient une interprétation différente, la considérant comme un cadre religieux lié aux pratiques personnelles et au culte.
Cette divergence dans la définition du terme constitue l’une des principales questions auxquelles toute future législation devra faire face.
Le « CAIR » nie les accusations
De son côté, le « CAIR » nie avoir commis des actes terroristes ou des infractions à la loi et se présente comme une organisation de défense des droits civiques des musulmans américains et de promotion de la justice et de la compréhension.
Le Texas Tribune a rapporté que l’organisation affirmait respecter les lois américaines et œuvrer dans le domaine des droits civiques et de l’autonomisation des musulmans américains. Le journal a également indiqué que l’organisation considérait que les mesures prises contre elle étaient motivées par des considérations politiques et liées à ses positions sur des questions de politique étrangère et sur la guerre à Gaza.
Les deux récits se trouvent ainsi directement opposés : le gouvernement du Texas affirme que les mesures visent des menaces sécuritaires et des activités contraires à la loi, tandis que l’organisation affirme que les accusations ne correspondent pas à la nature de son travail et relie les mesures prises contre elle à des positions politiques.
Un débat au sein même du Parti républicain
La controverse ne s’est pas limitée au gouvernement et aux organisations musulmanes ; elle s’est également étendue au sein du Parti républicain du Texas.
Lors de la convention républicaine de l’État en juin 2026, la présence de délégués musulmans liés au « CAIR » a suscité un débat au sein du parti. Selon le Texas Tribune, certains participants ont tenté d’écarter plusieurs délégués, mais le parti a conclu que les règles de la convention en vigueur à l’époque ne conférait pas de pouvoir clairement établi pour les expulser.
Parallèlement, les règles ont été modifiées en vue de la prochaine convention afin de permettre à la commission des accréditations d’examiner l’éligibilité de délégués ayant des liens avec des organisations que le parti considère comme terroristes.
Cela montre que le dossier est également devenu lié au débat sur l’identité même du Parti républicain et sur sa capacité à attirer des musulmans conservateurs qui partagent certaines de ses positions sur les questions sociales et économiques.
La classification au niveau de l’État face à la classification fédérale
L’une des principales dimensions de cette affaire réside dans la différence entre la classification effectuée par le Texas et celle effectuée au niveau fédéral.
La proclamation d’Abbott en novembre 2025 a été prise en vertu des lois de l’État du Texas, ce qui a donné aux autorités locales des outils juridiques applicables à l’intérieur de l’État. En revanche, la classification des organisations étrangères au niveau fédéral relève des pouvoirs du gouvernement central américain et de procédures différentes.
Des rapports publiés en 2026 ont indiqué que l’administration Trump avait commencé à classer au niveau fédéral des branches étrangères des Frères musulmans, sans que le « CAIR » soit inclus dans cette classification fédérale, selon ce qu’a rapporté le Texas Tribune.
Par conséquent, la décision d’Abbott ne signifie pas automatiquement que le « CAIR » ou les Frères musulmans portent la même classification dans tous les États ou au niveau fédéral.
Et après ?
La prochaine étape dépendra de la capacité du gouvernement du Texas à transformer les engagements politiques en lois et en mesures applicables.
L’expression « interdiction de la charia » nécessite, sur le plan juridique, une définition précise des comportements visés. Dans le système américain, la simple présence du terme dans le discours politique ne suffit pas ; les lois doivent définir avec précision les actes interdits, les sanctions et les mécanismes d’application.
La question de la liberté religieuse, qui bénéficie d’une protection constitutionnelle aux États-Unis, sera également au premier plan. Toute nouvelle législation devra donc répondre à des questions concernant le point de savoir si elle vise effectivement des comportements contraires à la loi ou si elle pourrait s’étendre à des pratiques religieuses personnelles protégées par la Constitution.
Cette question revêt une importance accrue compte tenu de la présence de citoyens américains musulmans au sein même du Parti républicain. Certains se définissent comme conservateurs sur les questions sociales et économiques et considèrent que la pratique de l’islam n’est pas incompatible avec le respect de la Constitution et du droit américains.
D’un dossier sécuritaire à une vaste question politique
Avec le discours d’Abbott à Dallas, il est devenu clair que la confrontation avec les Frères musulmans et le « CAIR », ainsi que l’interdiction de la charia, constituent une partie d’un agenda politique plus large au Texas.
Cependant, le processus entamé avec la classification de novembre 2025 ne s’est pas arrêté là. Il a été suivi par des enquêtes pénales, puis par une initiative visant le statut d’organisation à but non lucratif du « CAIR », avant de déboucher sur des engagements visant à élargir le cadre législatif relatif à la charia.
À chaque étape, l’administration Abbott affirme que son objectif est de lutter contre l’extrémisme et de protéger les lois de l’État, tandis que le « CAIR » affirme que les accusations portées contre lui ne reflètent pas la nature de son activité.
Entre ces deux positions, les tribunaux et les lois resteront le facteur déterminant pour fixer les limites des mesures susceptibles de se poursuivre au Texas.
La confrontation engagée par Abbott contre les Frères musulmans et le « CAIR » n’est donc plus une simple déclaration politique. Elle est devenue une démarche juridique et sécuritaire qui s’étend de la propriété foncière aux enquêtes, du statut d’organisation à but non lucratif à la législation attendue sur la charia.
Quant au discours de Dallas, il a réaffirmé que le gouverneur entend faire entrer ce dossier dans une nouvelle phase, dont le mot d’ordre affiché est le suivant : ne pas attendre Washington et agir depuis le Texas.
