Moyen-Orient

Pourquoi Israël ne veut-il pas d’une guerre avec les Houthis ?


Des rapports israéliens indiquent que l’armée privilégie une réponse à la menace posée par la milice pro-iranienne dans le cadre d’une coalition régionale et internationale dirigée par Washington, plutôt que de lancer des frappes unilatérales susceptibles d’ouvrir un nouveau front d’usure, alors que Tel-Aviv reconnaît que les frappes militaires directes ne suffiraient pas à éliminer définitivement la menace.

Des responsables de l’appareil de défense israélien plaident en faveur d’une prise en charge de la menace houthie au Yémen dans le cadre d’une action régionale et internationale, estimant qu’une réponse militaire israélienne limitée ne suffirait pas à mettre fin au danger représenté par le groupe, selon le quotidien Haaretz mardi.

Cette évaluation intervient alors qu’Israël mène une confrontation de grande ampleur avec l’Iran, tandis que les Houthis, soutenus par Téhéran, continuent de renforcer leur présence sur la côte occidentale du Yémen et de menacer la navigation en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb.

Selon Haaretz, des responsables des services de défense israéliens estiment que la meilleure réponse à la menace houthie réside dans une « solution régionale », plutôt que de laisser Israël assumer seul la responsabilité de faire face au groupe. Cette approche repose sur l’idée que les frappes militaires, même si elles infligent des dommages considérables à l’infrastructure militaire des Houthis, ne suffiraient pas à éliminer leur capacité à poursuivre leurs attaques.

Cette position traduit la prudence d’Israël face au risque d’ouvrir un nouveau front géographiquement éloigné, alors que les forces israéliennes subissent déjà des pressions militaires et de renseignement en raison de la guerre avec l’Iran.

Israël dispose de la capacité de mener des frappes à longue portée contre des cibles au Yémen et a déjà visé des positions houthies en réponse à des attaques de missiles et de drones contre son territoire.

Ces frappes peuvent détruire des lanceurs ou des installations militaires, mais elles ne garantissent pas l’élimination de la capacité d’action des Houthis, notamment en raison de leur dispersion sur de vastes zones du Yémen et de leur capacité à redéployer leurs forces et leurs moyens offensifs.

Les responsables craignent également qu’une escalade israélienne directe n’entraîne un cycle prolongé d’attaques réciproques, le groupe pouvant répondre aux frappes israéliennes en visant Israël ou des intérêts qui lui sont liés, ajoutant ainsi un nouveau front à une guerre qu’Israël mène déjà sur plusieurs théâtres.

Cette perspective est d’autant plus sensible en raison des liens étroits entre les Houthis et l’Iran. Du point de vue israélien, le groupe constitue une composante du réseau de forces armées liées à Téhéran, ce qui rend toute confrontation de grande ampleur susceptible de s’intégrer au conflit plus vaste entre Israël et l’Iran.

Ainsi, l’appareil de défense israélien semble préférer que la gestion de la menace houthie s’inscrive dans des arrangements plus larges associant les États-Unis et les pays de la région, plutôt que de faire du Yémen un front israélien direct et durable.

La menace houthie ne concerne pas uniquement Israël. Ses répercussions se sont étendues à la navigation internationale en mer Rouge et dans le détroit de Bab el-Mandeb, qui comptent parmi les principales voies commerciales entre l’Asie et l’Europe, ainsi qu’aux flux énergétiques et au canal de Suez.

Selon l’analyse israélienne, ces évolutions renforcent l’idée que la menace houthie est désormais devenue un problème sécuritaire et économique régional et international, et non plus un simple conflit bilatéral entre le groupe et Israël.

Les Houthis avaient intensifié leurs attaques contre les navires en mer Rouge après le déclenchement de la guerre à Gaza et avaient également lancé des attaques de missiles et de drones en direction d’Israël.

Israël a riposté à plusieurs reprises par des frappes contre des cibles au Yémen, mais ces opérations n’ont pas permis de mettre définitivement fin à la menace.

Des analystes israéliens estiment que cette expérience met en évidence les limites de la puissance militaire face à un groupe armé opérant dans un environnement géographique complexe et disposant de capacités de dissimulation et de redéploiement.

Dans ce contexte, la promotion d’une solution régionale ne signifie pas qu’Israël exclut le recours à la force contre les Houthis, mais plutôt qu’il souhaite éviter d’assumer seul le fardeau militaire et politique.

Cette évaluation pourrait évoluer si les attaques houthies atteignent un niveau menaçant directement les intérêts israéliens ou si les États-Unis décidaient de lancer une vaste opération militaire au Yémen.

Mais dans les circonstances actuelles, la priorité de l’appareil de défense israélien semble être d’empêcher que la menace houthie ne se transforme en une nouvelle guerre ouverte pour Israël.

Cette approche révèle un dilemme plus large auquel Israël est confronté dans sa guerre sur plusieurs fronts : disposer de la capacité de frapper un adversaire ne signifie pas nécessairement être capable de mettre fin à la menace qu’il représente. Dans le cas des Houthis, une campagne militaire supplémentaire pourrait affaiblir leurs capacités à court terme, mais elle pourrait laisser Israël face à un nouveau front d’usure, sans garantie de s’attaquer aux causes permettant au groupe de poursuivre ses activités.

Dès lors, l’appel des responsables de la défense à une « solution régionale » revêt une importance qui dépasse le seul Yémen. Il traduit la volonté d’Israël de répartir la charge de la confrontation avec les forces liées à l’Iran au sein d’une coalition plus large, plutôt que d’étendre la guerre actuelle à une nouvelle voie militaire dont les conséquences pourraient être difficiles à maîtriser.

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