Les conservateurs font pression pour que l’Iran se retire du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires
L’appel de médias proches du Guide iranien, comme le journal Kayhan, en faveur d’un retrait du traité, sur fond de renvoi du dossier iranien devant le Conseil de sécurité, vise à accroître la pression sur la communauté internationale et à répondre à des considérations de politique intérieure.
Les milieux conservateurs iraniens ont durci leur ton à l’égard de la communauté internationale après le renvoi du dossier nucléaire iranien devant le Conseil de sécurité, en remettant sur la table l’hypothèse d’un retrait du Traité sur la non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Cette démarche semble davantage destinée à tester les réactions internationales et à servir des objectifs de politique intérieure qu’à préparer réellement une décision de retrait du traité.
Le journal « Kayhan », placé sous la supervision du représentant du Guide iranien, a été à l’avant-garde de ces appels. Dans un article publié lundi, il a estimé que le maintien de l’Iran au sein du traité ne lui assurait plus de protection contre les sanctions, les pressions ou les menaces. Le quotidien s’en est également pris à l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA), l’accusant d’être devenue un instrument politique dirigé contre Téhéran, dans un discours qui reflète la position du courant conservateur, opposé à toute nouvelle concession sur le dossier nucléaire.
Cette escalade médiatique est intervenue parallèlement à une démarche officielle iranienne plus prudente. Le secrétaire du Conseil suprême de sécurité nationale, Mohsen Rezaei, a déclaré que ce qu’il a qualifié de manœuvres politiques de l’AIEA pourrait pousser certains pays à se retirer du TNP. Cette déclaration est intervenue un jour après que le Conseil des gouverneurs de l’Agence, composé de 35 pays, a voté en faveur du renvoi de l’Iran devant le Conseil de sécurité en raison du non-respect de ses engagements en matière de non-prolifération nucléaire.
Le renvoi du dossier, intervenu la semaine dernière, fait suite à une longue période de coopération entravée entre Téhéran et l’Agence, qui a déclaré ne plus être en mesure d’accéder aux installations nucléaires iraniennes ni de vérifier sur le terrain l’état des matières et des installations déclarées. Vingt-trois pays ont voté en faveur de la résolution, tandis que la Russie, la Chine et le Niger s’y sont opposés et que plusieurs autres pays se sont abstenus.
Téhéran tente de présenter ces développements comme la preuve d’une politisation du dossier nucléaire par le système international. Les États-Unis et les pays européens affirment, eux, que la question porte sur les obligations juridiques de l’Iran au titre de l’accord de garanties lié au TNP. Les États-Unis, la France, l’Allemagne et le Royaume-Uni ont réaffirmé que l’Iran devait rétablir sa coopération et permettre à l’Agence de vérifier ses activités nucléaires.
L’appel au retrait n’est pas nouveau en Iran. Des députés et des responsables l’avaient déjà formulé à différentes occasions, notamment après les frappes ayant visé les installations nucléaires iraniennes. En juillet, le député Mojtaba Yousefi avait appelé Téhéran à se retirer du traité, tandis que, durant la même période, des personnalités politiques avaient demandé une réévaluation des restrictions imposées à l’Iran par son appartenance au système international de non-prolifération.
Le retour de ces appels après chaque nouvelle série de pressions internationales révèle leur utilisation récurrente comme instrument de pression politique. Téhéran brandit cette menace lorsque le niveau de confrontation avec Washington et les pays européens augmente, avant de renoncer à la transformer en mesure concrète. À ce stade, aucun élément n’indique qu’une décision officielle de retrait ait été prise. De même, les appels parlementaires et médiatiques ne constituent pas, en eux-mêmes, une modification du statut juridique de l’Iran.
Cette rhétorique répond également aux calculs internes du courant conservateur, qui cherche à présenter la confrontation nucléaire comme une bataille pour la souveraineté face aux pressions occidentales, notamment après les frappes qui ont endommagé les installations nucléaires. Les menaces de retrait offrent aussi aux dirigeants iraniens un levier de négociation supplémentaire, en laissant entendre que la poursuite des pressions pourrait pousser Téhéran à prendre des mesures plus radicales.
Cette menace devient d’autant plus sensible que l’Agence a perdu une partie importante de sa capacité à surveiller le programme nucléaire iranien. Les pays occidentaux ont affirmé au sein du Conseil des gouverneurs que la persistance de l’absence de vérification constituait une source de préoccupation en matière de prolifération, tandis que Téhéran insiste sur le fait que les conditions de guerre et les frappes militaires ont empêché la reprise des inspections.
Ainsi, à ce stade, la menace de retrait apparaît davantage comme un instrument de pression que comme une décision imminente. Téhéran mise sur le fait que la simple évocation du démantèlement de l’un des principaux cadres mondiaux de contrôle nucléaire pourrait pousser les puissances internationales à revoir leurs calculs, tandis que les conservateurs utilisent le même discours pour renforcer leur position sur le plan intérieur et réaffirmer leur refus de nouvelles concessions sous la pression.
