Santé

Médicaments amaigrissants : quel lien avec la dépression et les pensées suicidaires ?


Les médicaments destinés à favoriser la perte de poids ont connu un essor considérable ces dernières années, notamment les traitements appartenant à la famille des agonistes du récepteur du GLP-1, comme le sémaglutide, le liraglutide et le tirzépatide. Leur efficacité sur la réduction du poids a suscité un intérêt important, mais leur sécurité psychiatrique a également fait l’objet de nombreuses interrogations.

Des signalements de dépression, de pensées suicidaires ou de comportements d’automutilation chez certaines personnes traitées par ces médicaments avaient conduit les autorités sanitaires à examiner attentivement un éventuel lien. Toutefois, les données scientifiques disponibles ne permettent pas d’affirmer que ces traitements augmentent le risque de dépression ou de pensées suicidaires.

Pourquoi ces médicaments ont-ils suscité des inquiétudes ?

Les agonistes du GLP-1 agissent notamment sur les mécanismes qui régulent l’appétit et la sensation de satiété. Certains sont utilisés dans le traitement du diabète de type 2, tandis que d’autres disposent également d’une indication dans la prise en charge du surpoids ou de l’obésité.

Des cas de pensées suicidaires ou de comportements suicidaires avaient été signalés après leur commercialisation. Ces signalements ont conduit la FDA à ouvrir une évaluation de sécurité afin de déterminer si ces événements pouvaient être liés aux médicaments ou s’ils résultaient d’autres facteurs, notamment les antécédents médicaux et psychologiques des patients.

En 2024, la FDA indiquait déjà que son évaluation préliminaire ne mettait pas en évidence de relation causale entre les agonistes du GLP-1 et les pensées ou comportements suicidaires.

Les données les plus récentes sont plutôt rassurantes

En janvier 2026, la FDA a annoncé les conclusions de son évaluation approfondie. L’analyse de 91 essais cliniques contrôlés par placebo, portant sur plus de 107 000 participants, n’a pas montré d’augmentation du risque de pensées ou de comportements suicidaires chez les personnes prenant des agonistes du GLP-1.

Cette analyse n’a pas non plus identifié d’augmentation du risque d’autres événements psychiatriques pertinents, notamment la dépression, l’anxiété, l’irritabilité ou la psychose. La FDA a également analysé des données provenant de plus de deux millions de patients afin de comparer le risque d’automutilation intentionnelle chez les utilisateurs d’agonistes du GLP-1 et chez les personnes prenant d’autres traitements. Là encore, aucune augmentation du risque n’a été observée.

Sur la base de l’ensemble de ces données, l’autorité américaine a demandé le retrait des informations faisant état d’un risque de pensées ou de comportements suicidaires dans l’étiquetage de certains médicaments, notamment le liraglutide, le sémaglutide et le tirzépatide.

Pourquoi certaines études continuent-elles pourtant à évoquer un risque ?

La question n’est pas totalement dépourvue de controverse. Certaines analyses fondées sur les signalements d’effets indésirables recueillis après la commercialisation ont détecté des « signaux » concernant la dépression, le suicide ou l’automutilation chez des utilisateurs de médicaments tels que le sémaglutide, le liraglutide et le tirzépatide.

Une étude publiée en 2025 à partir de la base américaine de pharmacovigilance FAERS a notamment examiné ces signalements. Ce type d’analyse peut être utile pour détecter rapidement des problèmes potentiels de sécurité, mais il ne permet pas, à lui seul, de démontrer qu’un médicament est responsable d’un événement.

En effet, les personnes qui utilisent des médicaments pour perdre du poids peuvent présenter différents facteurs susceptibles d’influencer leur santé mentale : obésité sévère, maladies chroniques, diabète, douleurs, difficultés liées à l’image corporelle, antécédents dépressifs ou autres troubles psychiques. Il est donc particulièrement difficile d’établir une relation directe entre la prise du médicament et l’apparition d’un symptôme psychiatrique.

Faut-il malgré tout surveiller son état psychologique ?

Même si les données actuelles ne montrent pas d’augmentation du risque suicidaire avec les agonistes du GLP-1, tout changement important de l’humeur mérite d’être pris au sérieux.

Une tristesse persistante, une perte d’intérêt pour les activités habituelles, un sentiment de désespoir, une anxiété inhabituelle, des changements importants du comportement ou l’apparition de pensées suicidaires doivent être signalés rapidement à un professionnel de santé.

La FDA recommande notamment aux patients de consulter leur professionnel de santé en cas de dépression nouvelle ou aggravée, de pensées suicidaires ou de changements inhabituels de l’humeur ou du comportement.

Ne pas arrêter brutalement son traitement

Une inquiétude concernant les effets psychologiques potentiels ne doit pas conduire à interrompre un traitement sans avis médical. La décision de poursuivre, modifier ou arrêter un médicament destiné à la perte de poids doit tenir compte de l’état de santé général du patient, de ses bénéfices attendus et de ses éventuels effets indésirables.

Il est également important de distinguer les médicaments approuvés des préparations non autorisées ou fabriquées selon des procédés qui ne bénéficient pas des mêmes garanties réglementaires. La FDA a d’ailleurs exprimé en 2026 des préoccupations concernant certains produits GLP-1 préparés en dehors du circuit des médicaments approuvés.

Les inquiétudes concernant un éventuel lien entre les médicaments modernes de perte de poids et la dépression ou les pensées suicidaires ont fait l’objet d’une surveillance scientifique et réglementaire importante. Cependant, les données les plus solides disponibles à ce jour, notamment l’évaluation approfondie de la FDA publiée en 2026, ne montrent pas que les agonistes du GLP-1 augmentent le risque de pensées ou de comportements suicidaires.

Cela ne signifie pas que tout changement psychologique doit être ignoré. Toute apparition ou aggravation d’une dépression, de pensées suicidaires ou d’un comportement inhabituel nécessite une discussion rapide avec un professionnel de santé. En cas de pensées suicidaires immédiates ou de danger imminent, une aide d’urgence doit être recherchée sans attendre.

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