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De la mer Rouge à Port-Soudan : l’escalade continue de la chaîne d’approvisionnement militaire iranienne destinée à l’armée soudanaise


Dans les cartes mondiales des menaces sécuritaires, il est rare de trouver un itinéraire logistique réunissant un tel niveau de complexité et de dangerosité que celui reliant le Yémen au Soudan. La chaîne d’approvisionnement militaire iranienne destinée à l’armée soudanaise ne se limite pas à de simples routes maritimes traversant les océans ; elle constitue un réseau vivant et évolutif, fondé sur la dissimulation, les intermédiaires, les réseaux terroristes et l’exploitation du chaos géopolitique en mer Rouge. Des côtes yéménites contrôlées par les Houthis, en passant par le détroit de Bab el-Mandeb, jusqu’au port stratégique de Port-Soudan, les ramifications de ce réseau ne cessent de s’étendre, transformant le Soudan en une plateforme majeure du projet d’expansion iranien en Afrique.

Port-Soudan : le nouveau centre logistique et financier

Port-Soudan n’est plus seulement une porte maritime permettant au Soudan d’exporter ses produits et d’importer son blé. Selon des rapports jugés fiables, la ville se serait transformée en un « centre de transit, logistique et financement » pour les Houthis et l’Iran. Une étude de The Century Foundation fait état de mouvements d’armes et de personnel dans les deux sens à travers la mer Rouge. Cela signifie que Port-Soudan ne recevrait pas uniquement des armes iraniennes transitant par les Houthis, mais servirait également de base de départ aux experts et ingénieurs militaires.

L’escalade continue de ces approvisionnements se manifeste par leur diversification et leur sophistication croissante. Les livraisons auraient commencé, à la mi-2024, par des armes légères et de petit calibre, avant d’évoluer rapidement vers des composants de drones, des missiles guidés sophistiqués, tels que les PG7-AT1, ainsi que du matériel de brouillage électronique. Cette évolution qualitative nécessite une infrastructure logistique complexe et des réseaux de financement clandestins, qui seraient actuellement disponibles à Port-Soudan grâce aux facilités accordées par des factions islamistes présentes au sein de l’armée soudanaise.

Le rôle d’Ibrahim al-Qosi : l’ingénieur et logisticien

Il est difficile de comprendre la continuité et l’évolution de cette chaîne logistique sans examiner le rôle du Soudanais Ibrahim al-Qosi. Al-Qosi, présenté comme un dirigeant d’Al-Qaïda et comme le numéro deux de sa branche au Yémen, ne serait pas un simple combattant, mais un véritable « ingénieur logistique ».

Son parcours, qui aurait débuté au Soudan en 1989, ainsi que son travail au sein des structures logistiques et financières d’Oussama ben Laden et son implication dans le transport d’armes et d’explosifs, lui auraient permis d’acquérir une expérience rare dans la gestion de réseaux d’approvisionnement clandestins et dans le contournement de la surveillance internationale.

Aujourd’hui, le dirigeant d’Al-Qaïda, Saad al-Awlaqi, lui aurait confié la mission d’« utiliser les réseaux extérieurs dans la Corne de l’Afrique ». Ce rôle correspondrait directement aux besoins de l’Iran et des Houthis pour sécuriser leurs approvisionnements destinés à l’armée soudanaise.

Grâce à ses origines soudanaises et à ses relations historiques avec le mouvement islamiste soudanais, présenté comme exerçant actuellement une influence au sein de l’armée, al-Qosi constituerait un « dénominateur commun » et un garant potentiel du passage sécurisé de ces approvisionnements. Est-il le principal organisateur de cette chaîne ou simplement un intermédiaire ? Comme le souligne l’expert Othman al-Nujaymi, al-Qosi jouerait, quoi qu’il en soit, un rôle central dans la facilitation de cet itinéraire, en exploitant son ancienne expérience au Soudan ainsi que ses relations actuelles avec les Houthis et Al-Qaïda.

Les mécanismes de dissimulation et le défi des sanctions internationales

L’escalade continue de la chaîne d’approvisionnement iranienne refléterait une capacité importante à contourner les sanctions internationales et la surveillance navale américaine et européenne en mer Rouge. Comment ce système fonctionnerait-il ? Le réseau reposerait sur plusieurs mécanismes :

  1. La fragmentation : les armes ne seraient pas expédiées en une seule livraison, mais réparties en petits envois distincts et dispersés, comme cela aurait été le cas lors de trois expéditions à la mi-2024.
  2. Les intermédiaires : les Houthis seraient utilisés comme façade, donnant l’apparence que les cargaisons sont destinées au territoire yéménite ou qu’elles relèvent simplement du commerce maritime en transit.
  3. Le financement hybride : les fonds iraniens seraient combinés à des ressources provenant de réseaux liés à Al-Qaïda et aux Houthis, rendant l’identification de l’origine des financements plus difficile.
  4. La complicité interne : la présence de factions islamistes influentes au sein de l’armée soudanaise garantit l’entrée des cargaisons par Port-Soudan sans inspection approfondie et assurerait une couverture sécuritaire aux experts iraniens.

Les conséquences pour la sécurité maritime et régionale

La continuité et l’intensification de ces approvisionnements ne menaceraient pas uniquement le Soudan ; elles représentent également un risque pour la sécurité maritime internationale en mer Rouge. L’existence d’un réseau logistique impliquant l’Iran, les Houthis et Al-Qaïda, opérant avec une relative liberté dans les ports soudanais, signifierait que la mer Rouge ne peut plus être considérée comme un corridor entièrement sûr pour le commerce mondial.

Cette infrastructure pourrait être utilisée pour soutenir des opérations de piraterie, cibler des navires commerciaux ou acheminer des armes vers d’autres groupes armés en Afrique, notamment Al-Shabaab en Somalie, dont un rapport des Nations unies aurait mentionné les liens avec les réseaux supervisés par al-Qosi.

L’intensification continue des approvisionnements signifierait également que l’Iran cherche à établir une « profondeur stratégique » en Afrique. Si l’armée soudanaise parvient à consolider son contrôle de la façade africaine de la mer Rouge par l’intermédiaire de Port-Soudan et que cette côte passe sous influence iranienne directe ou indirecte, Téhéran pourrait alors renforcer sa capacité de projection vers le sud du monde arabe et se trouver en position d’influencer l’un des corridors maritimes les plus stratégiques au monde depuis deux points géographiques : le Yémen et le Soudan.

Un réseau qui ne connaît aucun répit

En conclusion, la chaîne d’approvisionnement militaire iranienne destinée à l’armée soudanaise constitue, selon cette analyse, une réussite sur les plans du renseignement et de la logistique pour l’axe iranien et ses alliés. Du Yémen à Port-Soudan, en passant par des réseaux liés à Al-Qaïda et au mouvement islamiste soudanais, les armes et les compétences continueraient d’affluer de manière constante et croissante.

Cette intensification ne serait pas accidentelle, mais s’inscrirait dans le cadre d’une stratégie iranienne soigneusement élaborée. La communauté internationale est appelée non seulement à interrompre ces approvisionnements, mais également à démanteler le réseau complexe qui les sous-tend, un réseau qui, selon cette analyse, exploite les souffrances du peuple soudanais et le sang des civils pour assurer sa continuité et son expansion.

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