Politique

Évaluation israélienne : le Hezbollah reconstitue ses capacités en vue d’une guerre de guérilla


Un rapport hébraïque affirme que le mouvement cherche, avec le soutien de l’Iran, à mener des opérations d’infiltration limitées et à utiliser des drones et des engins explosifs, avec la possibilité que certains de ses membres tentent de se déplacer à l’intérieur de la zone de sécurité contrôlée par Israël dans le sud du Liban.

Le Hezbollah mise sur la reconstruction de ses capacités militaires et le rétablissement de son niveau de préparation opérationnelle, dans le but de compenser une partie des pertes subies lors des derniers affrontements avec Israël, en s’appuyant pour cela sur un soutien iranien continu. C’est la conclusion du centre de recherche israélien Alma dans un rapport publié lundi, dont l’évaluation laisse entrevoir la préparation du mouvement à mener une guerre de guérilla de longue durée, selon des méthodes différentes de celles d’une guerre conventionnelle.

Le centre estime que le mouvement s’oriente de plus en plus vers un mode de combat fondé sur la guérilla, notamment à travers des opérations d’infiltration limitées, l’utilisation de drones et d’engins explosifs, ainsi que l’éventualité de voir certains de ses membres tenter de se déplacer à l’intérieur de la zone de sécurité contrôlée par Israël ou de s’approcher du territoire israélien.

Selon cette évaluation, ces mouvements ne semblent pas dissociables d’une volonté du Hezbollah de tester les dispositifs défensifs israéliens et d’identifier les failles susceptibles d’être exploitées lors de prochains affrontements. La présence de membres dissimulés dans certaines zones du sud, conjuguée au réseau de tunnels et aux installations construits par le mouvement au fil des années, pourrait lui permettre de lancer des attaques surprises contre les forces israéliennes, notamment au moyen d’engins explosifs et d’embuscades.

La gestion de cette infrastructure militaire est rendue plus difficile par le fait qu’une grande partie de celle-ci est implantée dans des zones habitées, ainsi que par la possibilité que certaines installations et positions appartenant au mouvement soient équipées d’engins explosifs. Bien que le nombre limité d’opérateurs expérimentés réduise sa capacité à employer les drones à grande échelle, le centre affirme que le Hezbollah continue de former ses membres à l’utilisation de ce type d’arme et le considère comme une composante importante de sa doctrine de combat.

Le centre estime que le Hezbollah dispose encore d’environ 15 000 missiles, ainsi que de moins de 40 000 combattants actifs et de plusieurs dizaines de milliers de réservistes. Selon cette évaluation, ces chiffres témoignent du maintien d’une base militaire capable de se réorganiser malgré les frappes qu’elle a subies.

Le processus de reconstitution des capacités ne se limite pas au volet interne. Le centre fait également état de la poursuite de la présence iranienne par l’intermédiaire de la Force Al-Qods, notamment à Beyrouth et dans la région de la Bekaa, tandis que Téhéran continue de tenter d’acheminer des ressources et des armes au Hezbollah via le territoire syrien. Selon l’évaluation, la chute du régime de Bachar al-Assad a contraint l’Iran à modifier ses méthodes d’approvisionnement sans pour autant mettre fin à ses tentatives. Le rapport fait état d’opérations de contrebande détectées presque chaque semaine, dont une tentative, le mois dernier, d’acheminer des armes dissimulées dans un camion-citerne de carburant via le poste-frontière d’Al-Tanf.

Ces développements interviennent alors que l’État libanais tente d’imposer une orientation différente, fondée sur la limitation du port d’armes aux institutions officielles et sur le transfert de la décision de guerre et de paix des groupes armés vers l’État. Le Hezbollah reste toutefois attaché au maintien de capacités militaires autonomes, ce qui risque d’affaiblir les efforts de Beyrouth visant à empêcher le pays de basculer à nouveau dans une confrontation de grande ampleur.

Dans le même temps, le front sud ne semble pas se diriger vers un apaisement à court terme. Israël poursuit ses opérations dans plusieurs villes et villages libanais, malgré l’existence d’un processus de négociation sous médiation américaine portant sur un retrait israélien progressif des zones qu’il contrôle dans le sud.

Depuis le 2 mars 2026, les opérations militaires israéliennes au Liban auraient fait, selon les autorités libanaises, plus de 4 000 morts et plus de 12 000 blessés, tandis que le nombre de personnes déplacées dépasse un million.

Le Liban se retrouve ainsi face à une équation extrêmement fragile : d’un côté, une voie officielle visant à consolider l’autorité de l’État et à contenir les armes ; de l’autre, les efforts du Hezbollah pour restaurer son niveau de préparation militaire avec le soutien de l’Iran, alors que les pressions militaires israéliennes se poursuivent. La persistance de ces deux dynamiques pourrait maintenir le pays exposé à une nouvelle escalade, malgré l’existence d’un accord-cadre censé ouvrir la voie à un règlement progressif.

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