Moyen-Orient

Hezbollah et les cryptomonnaies : une filière de financement hors des radars 


Le Hezbollah et ses soutiens en Iran ne cessent de rechercher de nouveaux canaux de financement permettant d’acheminer des fonds de Téhéran vers les milices libanaises en dehors des dispositifs de surveillance.

Dans ce contexte, le Hezbollah continue de diversifier ses sources de financement par le biais des cryptomonnaies. Il apparaît notamment qu’il utilise le réseau « Tron », qui comprend la société « Tron Network Ltd », enregistrée aux îles Vierges britanniques, selon une récente étude du Centre de documentation sur l’islam politique en Autriche, un organisme gouvernemental.

Contrairement au Bitcoin, les services chargés de l’application de la loi disposent de moins d’expérience dans le traçage d’autres cryptomonnaies telles que le « Tether » (USDT), principalement échangé sur le réseau Tron.

À cet égard, le Hezbollah s’inscrit dans une tendance mondiale marquée par l’utilisation des réseaux criminels de cryptomonnaies. En 2024, l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime (ONUDC) a indiqué que « les stablecoins, notamment le Tether (USDT), constituent l’option privilégiée des organisations criminelles asiatiques impliquées dans des opérations de fraude et de blanchiment d’argent en ligne, au service d’un large éventail d’acteurs criminels dans la région et au-delà ».

Un lourd passé de contrebande

Indépendamment de cet aspect, l’utilisation des cryptomonnaies par le Hezbollah est liée à d’autres activités financières menées en dehors du monde numérique. L’affaire de Tawfiq Mohammad Saeed al-Lou, un opérateur de hawala basé en Syrie, en constitue un exemple. Selon l’étude, celui-ci a fourni au Hezbollah des portefeuilles numériques de cryptomonnaies destinés à recevoir des fonds provenant de la vente de marchandises effectuée par les Gardiens de la révolution islamique iraniens.

Al-Lou a également effectué des transferts en cryptomonnaies au profit de responsables du Hezbollah faisant l’objet de sanctions, parmi lesquels Mohammad Jaafar Qasir, qui était également lié à la contrebande de pétrole et d’armes avant d’être tué par Israël en octobre 2024. Il y avait également Mohammad Qassem al-Bazal, dont les responsabilités comprennent le transfert de fonds des Gardiens de la révolution iraniens vers le Hezbollah et qui fait l’objet de sanctions imposées par l’Office of Foreign Assets Control (OFAC) du département du Trésor américain.

Plus encore, Al-Lou a fourni des services financiers à des réseaux de financement des milices houthies ainsi qu’à des bailleurs de fonds soutenus par les Gardiens de la révolution iraniens, en utilisant des sociétés-écrans pour transférer les fonds.

Il est également lié à des transactions avec des financiers et des opérateurs soutenus par le régime de Bachar al-Assad, tombé à la fin de 2025, notamment avec des entreprises syriennes impliquées dans la contrebande de pétrole, dont le groupe Qatirji.

Al-Lou est soupçonné de diriger, ou d’avoir dirigé par le passé, un réseau mondial de collecte de dons en cryptomonnaies au profit du Hezbollah, opérant au moins en Amérique latine et probablement dans d’autres régions également.

« Le canal des Gardiens »

Au sein de l’appareil du Hezbollah, Mohammad Qassem al-Bazal semble, aux côtés de son prédécesseur décédé Mohammad Qasir et d’autres assistants, avoir servi de canal principal aux Gardiens de la révolution iraniens pour gérer la contrebande et la vente de produits pétroliers iraniens ainsi que pour coordonner les transferts financiers connexes.

Ces activités comprennent l’utilisation des cryptomonnaies et le commerce d’autres produits, tels que l’aluminium, ainsi que le pétrole et les transferts de fonds entre le Hezbollah, les Gardiens de la révolution iraniens et les Houthis.

Le 20 novembre 2018, le département du Trésor américain a désigné Al-Bazal comme « terroriste mondial spécialement désigné » en vertu du décret présidentiel 13224, tel qu’amendé.

À la suite de cette désignation, tous les biens d’Al-Bazal ainsi que ses intérêts dans des biens relevant de la juridiction américaine sont bloqués, et les ressortissants américains sont généralement interdits d’effectuer toute transaction avec lui.

Le 4 septembre 2019, le département du Trésor américain a également désigné les sociétés « Haqoul SAL Offshore », « Talaqi Group », « Nagham Al-Hayat » et « Alumix » comme étant détenues ou contrôlées par Al-Bazal.

Selon l’étude, en mai 2023, le gouvernement israélien a saisi 1,7 million de dollars en cryptomonnaies provenant de 40 portefeuilles contrôlés par Al-Lou. Il s’agissait de la première fois qu’une autorité saisissait des cryptomonnaies appartenant au Hezbollah et aux forces iraniennes de la Force Al-Qods.

Cette affaire revêt en outre une importance considérable, puisqu’elle implique un acteur étatique : l’Iran, qui utilise les cryptomonnaies pour transférer une partie de ses financements au Hezbollah par l’intermédiaire d’un opérateur de hawala établi en Syrie.

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