Que signifie l’approche des robots humanoïdes vers leur moment ChatGPT ?
Le PDG de la société chinoise Unitree estime que les robots humanoïdes se rapprochent du stade où ils pourraient accomplir entre 70 et 80 % des tâches quotidiennes sans entraînement ni programmation spécifiques, malgré les défis technologiques persistants et les fluctuations du cours de l’action après l’introduction en Bourse de l’entreprise.
Le directeur général de Unitree, l’une des principales start-up chinoises « licornes » spécialisées dans les robots humanoïdes, a déclaré jeudi que le secteur de la robotique avançait rapidement vers ce qu’il décrit comme un « moment ChatGPT » pour les cerveaux artificiels des machines.
Ces déclarations interviennent après l’introduction réussie de l’entreprise à la Bourse de Shanghai, illustrant les ambitions de Pékin de prendre la tête de la prochaine génération de machines alimentées par l’intelligence artificielle.
Les actions de Unitree ont chuté d’environ 11 % jeudi, un jour seulement après avoir presque sextuplé par rapport à leur prix d’introduction lors de leur première séance à la Bourse de Shanghai. Cette évolution témoigne de l’appétit des investisseurs pour le secteur des robots humanoïdes, qui bénéficie d’un important soutien des autorités chinoises.
Le fondateur et directeur général de l’entreprise, Wang Xingxing, a déclaré lors de sa participation à la Conférence mondiale sur la robotique à Pékin que le secteur « avançait rapidement » vers un « moment ChatGPT » dans le domaine de l’intelligence artificielle incarnée.
L’essor mondial de l’intelligence artificielle, qui s’est largement amorcé à la fin de 2022 avec la popularisation de ChatGPT, a profondément transformé plusieurs secteurs économiques et scientifiques. La robotique n’a toutefois pas encore connu de tournant comparable. Les « modèles du monde », des systèmes conçus pour permettre aux machines de comprendre leur environnement physique et de prévoir les conséquences de certaines actions, se trouvent encore à un stade avancé, mais incomplet, de leur développement.
Selon Wang, la percée attendue permettrait aux robots d’évoluer dans des environnements inconnus et d’accomplir la plupart des tâches à partir de simples instructions vocales ou textuelles, au lieu de devoir être entraînés ou programmés à l’avance pour chaque tâche.
Il espère ainsi qu’un robot entrant pour la première fois dans un domicile puisse accomplir environ 80 % des tâches qui lui sont demandées après avoir reçu une simple instruction vocale ou textuelle. Il considère que l’atteinte de ce niveau constituerait un « tournant décisif » susceptible de faire entrer l’industrie robotique dans une phase de croissance exponentielle.
Wang s’est toutefois montré prudent quant au calendrier de cette avancée. Selon lui, une amélioration majeure des logiciels robotiques pourrait intervenir dans les deux à trois prochaines années dans le scénario le plus optimiste, ou dans un délai de cinq à dix ans selon une estimation plus prudente.
George Steller, responsable de l’automatisation au sein d’un cabinet de conseil spécialisé dans la robotique, a estimé que Wang s’était montré « très réaliste et objectif » quant aux capacités réelles des robots, malgré l’enthousiasme entourant la Conférence mondiale sur la robotique et la forte introduction en Bourse de Unitree.
Unitree est, selon les données du secteur, le premier fabricant mondial de chiens-robots et le deuxième constructeur de robots humanoïdes en termes de volumes expédiés. L’entreprise s’est fait connaître grâce à des démonstrations de robots dansant ou exécutant des mouvements inspirés des arts martiaux chinois, notamment du kung-fu, avant d’élargir ses activités aux applications industrielles.
Le prospectus d’introduction en Bourse de l’entreprise montre que la majorité de ses clients actuels sont des universités et des instituts de recherche, alors qu’elle cherche à passer des démonstrations et des expérimentations à des applications commerciales et industrielles concrètes.
Wang estime que l’accumulation de données et la réalisation de nouvelles avancées technologiques pourraient permettre d’atteindre ce stade dans le délai évoqué.
La majeure partie des investissements et des ressources humaines de Unitree est actuellement consacrée au développement des « modèles du monde », destinés à améliorer la capacité des robots à comprendre leur environnement physique, à planifier leurs actions et à s’y déplacer. Wang a toutefois reconnu que l’entreprise était encore « à la traîne » dans l’application concrète des modèles d’intelligence artificielle physique au monde réel.
En Chine, les ambitions ne se limitent pas au développement du matériel. Des centaines de start-up spécialisées dans les robots humanoïdes ont vu le jour, tandis que les autorités locales investissent dans des centres d’entraînement où des robots sont pilotés à distance par des humains afin de collecter des données susceptibles d’être utilisées pour entraîner des modèles d’intelligence artificielle.
Selon des informations de presse, ce modèle permettrait aux entreprises chinoises d’accumuler d’importantes quantités de données physiques nécessaires au développement de l’« intelligence artificielle incarnée ». Il soulève toutefois des interrogations sur l’ampleur réelle de la demande commerciale, une partie du marché étant soutenue par les pouvoirs publics.
D’après des données rapportées par Reuters, la Chine a livré plus de 40 000 robots humanoïdes au cours du premier semestre 2026 et représentait environ 97 % des unités livrées dans le monde, ce qui témoigne de sa nette domination dans les premières étapes de fabrication de cette industrie.
La Chine dispose également d’une vaste base industrielle couvrant notamment les batteries, les moteurs, les capteurs et les composants électroniques. Cette capacité pourrait lui permettre de réduire les coûts et d’accélérer la production à grande échelle, alors que les entreprises américaines font face à une concurrence croissante dans ce domaine.
La compétition dépasse désormais le cadre économique pour toucher à la sécurité nationale. Les États-Unis ont imposé des restrictions concernant certains robots humanoïdes et quadrupèdes étrangers, notamment des modèles chinois, en raison des craintes que ces machines puissent être équipées de caméras, de microphones et de systèmes de communication permettant de recueillir des données sensibles ou d’être contrôlées à distance.
Le véritable défi pour l’industrie consiste à passer d’un robot capable de marcher, de danser ou d’exécuter un mouvement programmé à une machine capable de recevoir une instruction simple telle que « range cette pièce », puis d’identifier les objets, de les manipuler et de modifier son plan lorsqu’elle rencontre un problème.
Si cette transition se concrétise, le « moment ChatGPT » de la robotique pourrait marquer le début d’une nouvelle ère de l’intelligence artificielle, dans laquelle celle-ci passerait des écrans au monde physique. La possession de données physiques et la capacité à fabriquer des machines en grandes quantités deviendraient alors des facteurs déterminants pour établir quel pays dominera la prochaine génération technologique.
