Khabarovsk : un sous-marin russe porteur d’un tsunami nucléaire prend la mer pour la première fois
Le nouveau sous-marin stratégique russe « Khabarovsk » a entamé ses premiers essais en mer, près d’une décennie après le début de sa construction dans les chantiers de Sevmash, dans la ville septentrionale de Severodvinsk.
Propulsé par l’énergie nucléaire, ce sous-marin représente une évolution majeure de la doctrine russe de dissuasion. Il a été spécialement conçu comme une plateforme mobile de lancement des torpilles nucléaires autonomes « Poséidon », capables d’évoluer dans les profondeurs océaniques et de suivre des trajectoires différentes de celles des missiles balistiques conventionnels.
Selon un rapport de Military Watch, la mise à l’eau du sous-marin était initialement prévue en 2020. Cependant, des difficultés de conception et des lacunes dans l’appareil industriel national ont entraîné un retard de six ans. Le bâtiment a finalement été officiellement dévoilé en novembre 2025, avant de rejoindre ultérieurement la flotte russe du Pacifique, une fois les essais achevés.
Le « Khabarovsk » est équipé de six tubes de lancement destinés aux vecteurs stratégiques « Poséidon ». Il s’agit de véhicules sous-marins autonomes dotés de charges nucléaires, dont la portée annoncée atteint environ 10 000 kilomètres, tandis que certaines estimations non confirmées évoquent des capacités supérieures.
Ce système fait partie des six armes stratégiques dévoilées par le président Vladimir Poutine en 2018, dans le cadre des efforts de Moscou visant à développer des moyens de dissuasion capables de contourner les systèmes avancés de défense antimissile. Le concept repose notamment sur une approche des côtes adverses et la possibilité de provoquer de puissantes vagues de tsunami radioactives, plutôt que de dépendre de trajectoires balistiques susceptibles d’être détectées et interceptées.
La conception extérieure du « Khabarovsk » révèle une nette influence de la coque des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins de la classe Boreï-A. Les images publiées après sa mise à l’eau montrent de fortes similitudes au niveau de la poupe, du système de propulsion et des gouvernes, ce qui semble indiquer que Moscou s’appuie sur une base technologique éprouvée afin d’accélérer le développement et de réduire les risques d’ingénierie.
Malgré ces similitudes structurelles, les missions opérationnelles des deux classes sont fondamentalement différentes. Les sous-marins Boreï sont conçus comme des plateformes de lancement des missiles balistiques intercontinentaux RSM-56, tandis que le « Khabarovsk » est dédié à un armement non balistique capable de frapper depuis les profondeurs sous-marines. Cette configuration conférerait à la Russie une flexibilité stratégique inédite, en lui permettant de mener des frappes nucléaires depuis une voie d’attaque distincte et difficilement prévisible.
Le « Khabarovsk » est le premier sous-marin de sa classe, mais il n’est pas le premier bâtiment russe à emporter ce type d’armement. Il a été précédé par le sous-marin d’attaque « Belgorod », dérivé de la classe soviétique Oscar, entré en service en juillet 2022. Ce dernier dispose de quatre tubes de lancement destinés aux torpilles « Poséidon », dans le cadre d’une première expérience opérationnelle.
Le « Khabarovsk » dispose toutefois d’une capacité supérieure, avec six tubes de lancement, ainsi que de systèmes de propulsion et de réduction de la signature acoustique plus perfectionnés, qui renforcent ses capacités de furtivité et sa faculté à rester immergé pendant de longues périodes.
La marine russe prévoit d’exploiter au moins quatre sous-marins de cette classe, parallèlement à l’expansion rapide de sa flotte de sous-marins Boreï porteurs de missiles balistiques. Cette évolution traduit l’ambition de Moscou de construire une force de dissuasion navale complémentaire, combinant rapidité et discrétion dans les profondeurs océaniques.
