Politique

Trump s’immisce dans la guerre civile de la FIFA : écarter Infantino serait une grave erreur


Le président américain met en garde contre la destitution du président de la FIFA, Gianni Infantino, en pleine crise aiguë de gouvernance et alors que plusieurs grandes confédérations continentales réclament la fin de son mandat sur fond de controverse autour d’un projet commercial.

Le président américain Donald Trump a mis en garde mardi contre toute décision de la Fédération internationale de football association (FIFA) visant à remplacer son président Gianni Infantino, estimant que son éviction serait une « grave erreur », dans une nouvelle intervention américaine au cœur d’une crise qui s’aggrave au sein de la plus haute instance dirigeante du football mondial.

Dans une publication sur sa plateforme Truth Social, Trump a déclaré que « la FIFA ferait une très grave erreur si, pour quelque raison que ce soit, elle envisageait de remplacer son président Gianni Infantino », ajoutant que le président de l’instance mondiale était « formidable » et qu’il avait organisé « la Coupe du monde la plus réussie de tous les temps ». Il a averti que la compétition « ne serait ni aussi réussie ni aussi rentable qu’auparavant » s’il quittait ses fonctions.

Les déclarations de Trump interviennent alors qu’Infantino fait face à la plus forte pression politique et institutionnelle depuis son accession à la présidence de la FIFA en 2016.

La description par Trump du succès de la Coupe du monde comme étant « quatre fois supérieur » n’est d’ailleurs pas entièrement nouvelle. Le président américain avait déjà affirmé, pendant la compétition en juillet, qu’Infantino avait « produit la Coupe du monde la plus réussie de l’histoire, quatre fois plus », faisant référence aux audiences et aux résultats commerciaux qu’il attribuait au tournoi.

L’intervention de Trump est survenue seulement un jour après une escalade sans précédent de la part de trois des plus grandes confédérations continentales : l’Union des associations européennes de football (UEFA), la Confédération asiatique de football (AFC) et la Confédération de football d’Amérique du Nord, d’Amérique centrale et des Caraïbes (CONCACAF). Celles-ci ont adressé une lettre commune à la communauté mondiale du football, accusant Infantino d’avoir rompu la confiance « par la tromperie » et estimant que sa volonté de céder une participation dans les droits commerciaux de la Coupe du monde à des investisseurs privés ne constituait pas simplement une erreur de procédure ou un problème de communication, mais une « rupture fondamentale de confiance ».

Les trois confédérations ont déclaré que le football « n’appartient à aucun individu ni à aucune institution », mais aux joueurs, aux supporters, aux clubs, aux associations nationales et aux institutions chargées de protéger l’avenir du sport. Il s’agit d’une critique directe de la manière dont Infantino gère ce dossier. Elles ont demandé un examen indépendant des faits et des décisions liés au projet « FIFA Forward Enterprise » (FFE), plutôt que de se contenter d’une enquête interne menée par l’organisation elle-même.

La crise remonte à la fin du mois de juillet, lorsqu’un projet de création d’une société commerciale affiliée à la FIFA, dont la valeur estimée s’élèverait à environ 20 milliards de dollars, a été révélé. Cette société serait chargée de gérer les droits commerciaux de la Coupe du monde et d’autres compétitions, avec la possibilité de céder jusqu’à 20 % de son capital à des investisseurs extérieurs en échange d’environ 4,2 milliards de dollars. La FIFA avait précisé que les investisseurs détiendraient des participations minoritaires sans contrôle et que les revenus serviraient à financer le développement du football dans le monde entier.

Mais le projet a suscité une large opposition, notamment en Europe, après qu’il est apparu que l’un des investisseurs potentiels était une société liée à Joshua Kushner, le frère de Jared Kushner, gendre de Donald Trump. La FIFA a confirmé que Thrive Capital, fondée par Joshua Kushner, figurait parmi les investisseurs potentiels du projet, tandis que la banque américaine JPMorgan était impliquée dans l’opération.

Les liens de Kushner avec la famille du président américain ont alimenté davantage les critiques concernant la relation déjà étroite entre Trump et Infantino. Les deux hommes sont apparus à plusieurs reprises ensemble durant la Coupe du monde, tandis que Trump avait auparavant publiquement salué le président de la FIFA et s’était directement entretenu avec lui au sujet de décisions arbitrales pendant la compétition. La FIFA a également décerné à Trump un prix de la paix, renforçant les critiques accusant Infantino de mélanger football et politique.

Face à l’ampleur de l’opposition, la FIFA a reculé et gelé le projet, mais la crise ne s’est pas achevée pour autant. Reuters a rapporté que les excuses présentées par Infantino et le retrait de la proposition n’avaient pas permis de régler le fond du désaccord avec les confédérations opposées, qui estiment que le problème concerne la méthode de prise de décision et l’absence de concertation, et pas uniquement le projet financier.

Le conflit a franchi un nouveau cap au début du mois d’août, lorsque des appels publics à la démission d’Infantino et à sa décision de ne pas briguer un nouveau mandat ont commencé à émerger. La Norvège a été l’une des associations nationales les plus virulentes, annonçant qu’elle demanderait au président de la FIFA de démissionner. D’autres associations ont également retiré leur soutien à sa candidature, tandis que la position de la Fédération anglaise de football s’est faite plus critique.

La crise a également révélé des divisions au sein même des États-Unis. La Fédération américaine de football s’est jointe aux appels en faveur de réformes de la gouvernance de la FIFA, malgré le soutien public de Trump à Infantino. La Fédération canadienne lui a emboîté le pas, tandis que d’autres associations de la CONCACAF ont adopté des positions plus fermes ou plus prudentes.

Dans une démarche qui a encore accru la gravité de la crise, les dirigeants de l’UEFA, de l’AFC et de la CONCACAF ont entamé des discussions sur la possibilité d’organiser des compétitions alternatives si le conflit devait évoluer vers un boycott des compétitions de la FIFA. Ces idées n’en sont encore qu’à leurs débuts, mais elles illustrent l’ampleur des tensions : le désaccord ne se limite plus à un projet d’investissement retiré, mais s’est transformé en lutte autour de l’avenir de la gouvernance du football international.

La FIFA a tenu une réunion d’urgence au Maroc durant le week-end, au cours de laquelle elle a défendu Infantino face à ce qu’elle a décrit comme des « efforts concertés et persistants » visant à saper l’organisation et son président. Les trois confédérations ont toutefois estimé par la suite que cette réunion avait elle-même mis en évidence le problème de gouvernance, soulignant l’absence de membres élus du Conseil de la FIFA et de certaines associations nationales.

Ainsi, une réunion censée apaiser la crise est devenue un nouvel élément du conflit. Les fédérations opposées ont estimé qu’Infantino n’avait pas fourni de réponses suffisantes sur la manière dont le projet « FIFA Forward Enterprise » avait été présenté et sur l’identité de ceux qui lui avaient donné mandat pour discuter de la cession d’une participation dans les droits commerciaux de la plus grande compétition sportive au monde.

Les trois confédérations ont également menacé de boycotter les compétitions de la FIFA à moins d’obtenir des garanties que des projets similaires ne se reproduiraient pas. Malgré la crise, Infantino semble toujours disposer d’une base de soutien suffisante pour se présenter à la prochaine élection présidentielle de la FIFA, prévue en mars 2027.

La confrontation revêt une importance particulière en raison de la nature de la FIFA, qui regroupe 211 associations nationales. L’alliance entre l’UEFA, la CONCACAF et l’AFC représente théoriquement un bloc considérable de voix. Toutefois, rien ne garantit que toutes les associations affiliées à ces confédérations continentales voteraient de manière unifiée, ce qui explique pourquoi Infantino conserve une position relativement solide malgré l’attaque sans précédent dont il fait l’objet.

Les détracteurs d’Infantino considèrent que la crise autour de « FIFA Forward Enterprise » n’est que le dernier épisode d’un processus plus large de concentration du pouvoir ainsi que des décisions commerciales et politiques au sein du bureau du président. Ses partisans rétorquent au contraire que son mandat a été marqué par une expansion considérable des compétitions de la FIFA, une hausse des revenus et l’augmentation de 32 à 48 du nombre d’équipes participant à la Coupe du monde, ainsi qu’un accroissement des financements destinés aux associations nationales disposant de ressources limitées.

La Coupe du monde 2026, organisée par les États-Unis, le Canada et le Mexique, a constitué jusqu’à présent la principale réussite marketing et de développement d’Infantino. Le tournoi s’est achevé le 19 juillet par une victoire de l’Espagne sur l’Argentine, 1-0 après prolongation, en finale au stade de New York/New Jersey, permettant à l’Espagne de décrocher son deuxième titre mondial. La FIFA a affirmé que cette édition était la plus importante de son histoire en nombre d’équipes et de matches, avec 48 sélections participantes et 104 rencontres disputées. (FIFA)

C’est précisément sur cet argument que Trump s’appuie pour défendre Infantino. Le président américain estime que le succès de la compétition aux États-Unis démontre la capacité du président de la FIFA à diriger l’organisation et à générer des recettes record. Ses adversaires considèrent cependant que la réussite commerciale de la Coupe du monde ne confère pas au président de la fédération un mandat illimité pour prendre des décisions stratégiques sans l’approbation des associations membres.

La position américaine ajoute ainsi une dimension politique à une bataille qui est censée être avant tout sportive et institutionnelle. Trump ne dispose d’aucun pouvoir direct pour destituer le président de la FIFA, pas plus que le président de l’instance mondiale n’est soumis au gouvernement américain. Toutefois, son soutien public à Infantino possède un poids politique considérable, notamment parce que les États-Unis ont accueilli la dernière Coupe du monde et qu’une partie essentielle de la crise est liée à des investisseurs américains ainsi qu’aux relations personnelles et politiques croissantes entre Trump et Infantino.

Les derniers développements indiquent que la prochaine bataille ne portera pas nécessairement sur une destitution immédiate d’Infantino, mais plutôt sur les moyens de le pousser à démissionner ou de le convaincre de ne pas se présenter à l’élection de mars 2027.

Le quotidien britannique The Guardian estime que le message commun des trois confédérations pourrait également être interprété comme une tentative d’offrir à Infantino une porte de sortie lui permettant de préserver sa dignité en se retirant volontairement, plutôt que de prolonger ce que le journal a qualifié de « guerre civile » au sein du football mondial.

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