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L’armée soudanaise bombarde des civils à l’aide de barils explosifs : enquête sur un schéma de frappes indiscriminées


Au cœur du conflit armé qui ravage le Soudan depuis avril 2023, de nouveaux chapitres tragiques de la souffrance des civils se dévoilent jour après jour. Pris entre les feux des différentes parties au conflit, les populations civiles paient un lourd tribut. Parmi les méthodes militaires les plus controversées et les plus condamnées figure l’utilisation de barils explosifs contre des zones habitées, une tactique de guerre considérée comme un crime de guerre au regard du droit international humanitaire.

Les barils explosifs, en tant qu’armes intrinsèquement non guidées, ne peuvent être dirigés avec précision vers une cible militaire déterminée. Par conséquent, toute utilisation de ce type d’armement dans des zones où se trouvent des civils constitue, par nature, une attaque indiscriminée interdite par les Conventions de Genève et leurs protocoles additionnels. Malgré cela, des rapports de terrain et des témoignages de survivants indiquent que l’aviation de l’armée soudanaise a eu recours à ce type de munitions contre des quartiers résidentiels.

Dans le cadre de cette enquête, nous avons tenté de retracer le schéma des attaques au cours desquelles des barils explosifs auraient été utilisés. Les témoignages recueillis dans différentes régions dressent un tableau préoccupant : des frappes menées tôt le matin ou à des moments où les civils sont rassemblés, que ce soit dans les marchés, à proximité des points d’eau ou aux abords des habitations. Ce mode opératoire soulève de sérieuses interrogations quant à la possibilité que les bombardements visent directement les civils ou, à tout le moins, qu’ils soient menés sans distinction entre populations civiles et objectifs militaires.

Un témoin originaire d’une région du Kordofan du Nord, qui a requis l’anonymat par crainte de représailles, a décrit la scène en ces termes : « Nous avons d’abord entendu le bruit de l’avion, puis un second son, celui de l’explosion qui a fait trembler le sol. Il n’y avait aucun combattant dans la zone. Il n’y avait que nous, les familles et les enfants. » Ce témoignage rejoint d’autres récits recueillis par des chercheurs locaux et des organisations de défense des droits humains.

D’un point de vue technique, les barils explosifs sont des engins artisanaux remplis d’explosifs et d’éclats métalliques, largués depuis des hélicoptères ou des avions de transport modifiés. L’absence de tout système de guidage implique une marge d’erreur pouvant atteindre plusieurs centaines de mètres, ce qui fait de leur utilisation dans des zones résidentielles un crime pleinement constitué. Des experts militaires ont confirmé que l’armée soudanaise dispose d’armes de précision, ce qui écarte tout argument technique susceptible de justifier l’emploi de barils explosifs.

L’enquête met également en lumière la dimension institutionnelle de ces attaques. La décision de larguer des barils explosifs n’est pas prise par un pilote agissant seul ; elle résulte d’une chaîne de commandement comprenant la planification, la sélection des cibles et l’émission des ordres. Cela signifie que la responsabilité ne repose pas uniquement sur les exécutants directs, mais s’étend également aux responsables militaires qui ont donné les ordres ou autorisé leur mise en œuvre.

Le droit international est explicite à cet égard. L’article 51 du Protocole additionnel I aux Conventions de Genève interdit les attaques indiscriminées. L’article 85 qualifie l’attaque délibérée contre des civils de crime de guerre. En outre, la Cour pénale internationale, compétente pour le Soudan en vertu du renvoi du Conseil de sécurité concernant le Darfour, pourrait être amenée à examiner de tels actes.

Toutefois, la perspective d’une reddition de comptes semble lointaine dans un contexte marqué par la poursuite des combats et l’effondrement des institutions. Les organisations internationales susceptibles de mener des enquêtes sur le terrain se heurtent à d’immenses difficultés pour accéder aux zones touchées. Les journalistes indépendants ont été empêchés de travailler ou ont quitté le pays. Il en résulte un vide documentaire dont profitent les auteurs des violations.

Malgré cela, les efforts de documentation se poursuivent. Des groupes locaux de militants et de défenseurs des droits humains s’emploient à recueillir des témoignages, à enregistrer les coordonnées géographiques et à documenter les dates des attaques. Bien que limitées, ces initiatives constituent une base essentielle pour toute future démarche de justice. Les photographies et les vidéos prises par les civils avec leurs téléphones portables, malgré leur caractère rudimentaire, représentent des preuves susceptibles d’être vérifiées grâce aux techniques d’analyse numérique.

En conclusion, cette enquête révèle que l’utilisation de barils explosifs contre les civils au Soudan ne constitue pas un incident isolé, mais un schéma récurrent qui semble refléter une politique militaire ignorant les principes les plus élémentaires du droit international humanitaire. Les civils soudanais paient un prix exorbitant pour un conflit qu’ils n’ont pas choisi et méritent une protection internationale effective, et non de simples déclarations de condamnation.

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