Les bombardements aériens au Kordofan du Nord : des témoignages locaux suscitent des inquiétudes
Dans une scène qui se répète jour après jour dans différentes régions du Soudan, les civils pris au piège d’un conflit armé entré dans sa troisième année continuent de souffrir, sans qu’aucune perspective claire de résolution ne se dessine. Dans le dernier épisode de cette tragédie, des sources locales et des témoins oculaires ont rapporté que des zones résidentielles de l’État du Kordofan du Nord, notamment le village d’Oum Gurfah, avaient été la cible de bombardements aériens attribués à l’aviation militaire de l’armée soudanaise. Cet incident s’ajoute à une longue série de rapports faisant état de victimes civiles causées par les opérations militaires.
Les barils explosifs : une arme de destruction aveugle
Selon les témoignages recueillis dans la région, les bombardements auraient impliqué l’utilisation de ce que l’on appelle des « barils explosifs », des engins artisanaux remplis d’explosifs et d’éclats métalliques, largués depuis des hélicoptères ou des avions de transport modifiés. Ce type de munition ne dispose d’aucun système de guidage ni de ciblage, ce qui signifie qu’une fois largué, son point d’impact devient totalement aléatoire et ne peut être dirigé vers un objectif militaire précis.
L’utilisation de telles armes dans des zones habitées entraîne inévitablement des destructions massives touchant les habitations, les mosquées, les écoles et les infrastructures sanitaires, ainsi qu’un grand nombre de victimes civiles, parmi lesquelles des femmes, des enfants et des personnes âgées. Des experts militaires soulignent que les barils explosifs sont principalement conçus pour provoquer un maximum de destruction sur une vaste superficie, et non pour frapper une cible déterminée, ce qui les rend, par nature, incompatibles avec les règles du droit international humanitaire lorsqu’ils sont utilisés dans des zones résidentielles.
Oum Gurfah : une journée de terreur
Des sources locales rapportent que les habitants du village d’Oum Gurfah se sont réveillés au son de violentes explosions qui ont secoué l’ensemble de la localité, suivies d’épais nuages de fumée et de poussière s’élevant entre les habitations. Selon plusieurs témoins, des avions militaires ont survolé la zone à basse altitude avant de larguer leur cargaison, provoquant la panique parmi les habitants, qui ont tenté de fuir à la recherche d’un refuge.
Un habitant, ayant requis l’anonymat pour des raisons de sécurité, décrit une série d’explosions successives, tandis que des éclats métalliques et des débris étaient projetés dans toutes les directions. Il affirme que plusieurs maisons se sont complètement effondrées sur leurs occupants. Les habitants se sont précipités pour extraire les blessés et les victimes des décombres avec des moyens rudimentaires, en l’absence totale d’équipes de secours ou d’ambulances.
Si ces témoignages sont confirmés, ils dressent un tableau particulièrement sombre de la situation des civils dans les zones de conflit, où ils se retrouvent pris entre les feux des différentes parties belligérantes, sans protection ni refuge sûr.
L’aviation militaire comme instrument du conflit soudanais
Depuis le déclenchement du conflit armé entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide, le 15 avril 2023, l’aviation militaire joue un rôle central dans les opérations menées par l’armée. Face à l’expansion territoriale des Forces de soutien rapide à Khartoum et dans d’autres villes, l’armée a fait de sa supériorité aérienne l’un de ses principaux moyens de riposte.
Cependant, selon plusieurs rapports émanant d’organisations nationales et internationales de défense des droits humains, cette supériorité aérienne s’est transformée en menace directe pour les populations civiles. La forte densité démographique des villes et villages soudanais, ainsi que l’absence de lignes de front clairement délimitées entre les zones militaires et les zones habitées, rendent tout bombardement aérien susceptible de provoquer un nombre important de victimes civiles.
Les données relatives au suivi du conflit indiquent que les frappes aériennes représentent une part importante des pertes civiles au Soudan et que les régions du Kordofan, du Darfour et du Nil Bleu figurent parmi les zones les plus touchées en raison de la nature des affrontements qui s’y déroulent.
La dimension humanitaire : des chiffres alarmants
L’incident d’Oum Gurfah ne peut être dissocié de la crise humanitaire plus large qui frappe le Soudan. Depuis le début du conflit, des dizaines de milliers de civils ont été tués, plus de dix millions de personnes ont été déplacées à l’intérieur du pays et plusieurs millions d’autres ont trouvé refuge dans les États voisins. Les infrastructures sanitaires se sont effondrées dans la plupart des zones touchées, les écoles ont été transformées en centres d’accueil et la famine menace des millions de Soudanais.
Dans ce contexte, chaque bombardement aérien visant une zone habitée porte un nouveau coup aux chances de survie des populations civiles. Les hôpitaux encore opérationnels, déjà dépourvus de moyens suffisants, accueillent un nombre de blessés dépassant largement leurs capacités. Les médicaments et le matériel médical se raréfient, tandis que le personnel soignant a été déplacé, tué ou complètement épuisé.
Appels à des enquêtes et à l’obligation de rendre des comptes
À la suite de chaque bombardement signalé, les appels en faveur d’enquêtes indépendantes et transparentes se multiplient. Les organisations soudanaises et internationales de défense des droits humains insistent sur la nécessité de documenter systématiquement chaque incident, de recueillir les preuves et d’entendre les témoignages des victimes et des témoins afin que les responsables, quels qu’ils soient, puissent être tenus pour responsables de leurs actes.
Des militants exhortent la communauté internationale à assumer ses responsabilités en matière de protection des civils au Soudan, notamment en faisant pression sur les parties au conflit pour qu’elles respectent les règles du droit international humanitaire, en soutenant les mécanismes d’enquête et de responsabilité, ou encore en mettant en place des couloirs humanitaires sécurisés et des zones d’exclusion aérienne afin d’assurer une protection effective des populations civiles.
La tragédie des civils soudanais ne se résume pas à des statistiques figurant dans des rapports d’actualité ; elle représente des vies humaines détruites, des familles brisées et des enfants privés de leurs proches, de leur foyer et de leur avenir. Tant que le conflit perdurera et que les règles de la guerre ne seront pas respectées, ces tragédies continueront de se répéter, et des villages comme Oum Gurfah resteront les témoins du lourd tribut payé par des innocents pris dans une guerre qui n’est pas la leur.
