Etats-Unis

Les États-Unis et l’islam politique : une nouvelle stratégie pour poursuivre les Frères musulmans


Washington cherche à développer ses outils de lutte contre l’islam politique, dans un contexte marqué par les inquiétudes suscitées par l’influence croissante de certains mouvements, tels que les Frères musulmans, désireux de renforcer leur présence.

Dans ce contexte, l’auteur Lorenzo Vidino estime, dans un article publié par le Wall Street Journal, que l’administration du président américain Donald Trump a manifesté une volonté ferme de combattre l’islam politique.

Selon l’auteur, cet engagement représente une rupture nette avec les administrations précédentes, qui avaient négligé cette menace en adoptant une approche fragmentée et simpliste.

Vidino souligne que, depuis les attentats du 11 septembre 2001, les ressources ont principalement été consacrées à la lutte contre les organisations classées terroristes, telles que Daech et Al-Qaïda. En revanche, les organisations relevant de l’islam politique, comme les Frères musulmans, « n’étaient sous la responsabilité d’aucune institution spécifique et ont été largement ignorées », ce qui a entraîné l’absence d’un organisme gouvernemental clairement chargé du suivi de leurs activités.

L’auteur considère que traiter l’islam politique uniquement sous l’angle de la lutte contre le terrorisme ne reflète pas la nature réelle du défi, soulignant que le phénomène est bien plus complexe.

À cet égard, il rappelle que les mouvements islamistes politiques, au premier rang desquels les Frères musulmans, sont actifs dans de nombreux domaines, notamment la politique, l’éducation et l’action communautaire, aussi bien au Moyen-Orient qu’au sein des sociétés occidentales.

Une initiative européenne

Vidino ajoute qu’un certain nombre de pays européens ont précédé les États-Unis dans la prise de conscience de ces enjeux, plusieurs gouvernements ayant mené des études et des évaluations sur les activités des Frères musulmans et leur impact social.

Il rappelle que le Royaume-Uni a lancé, en 2014, une enquête gouvernementale sur les activités des Frères musulmans à la demande du Premier ministre de l’époque, David Cameron, avec la participation des services de sécurité ainsi que des organismes chargés de l’éducation, de l’intégration et des communications.

Le gouvernement français a adopté une démarche similaire dans un rapport publié l’année dernière, concluant que la menace liée à l’islam politique, même lorsqu’elle n’est pas directement associée à la violence, pourrait constituer un danger à long terme pour la structure de la société et les institutions républicaines.

De son côté, l’Allemagne a indiqué, dans les rapports annuels de ses services de sécurité, que les mouvements de l’islam politique représentaient une menace pour la cohésion sociale et les efforts d’intégration des immigrés.

Bien que ces pays européens n’aient pas encore classé les Frères musulmans comme organisation terroriste, ils sont pleinement conscients, selon l’auteur, de l’ampleur des menaces que représentent ce mouvement et ses alliés.

Un tournant inédit, mais insuffisant

Par ailleurs, Vidino souligne que l’administration Trump a franchi une nouvelle étape cette année en classant quatre branches des Frères musulmans, présentes en Égypte, en Jordanie, au Liban et au Soudan, comme organisations terroristes, après avoir conclu à leur implication dans des actes de violence directe.

Selon l’auteur, cette décision constitue un changement sans précédent dans la politique occidentale, mais elle ne suffira pas, à elle seule, à éliminer l’islam politique. Il estime qu’une réponse efficace exige une transformation plus profonde de la manière dont ces mouvements et leurs méthodes d’action sont compris.

Il insiste également sur la nécessité de combler ce qu’il décrit comme un déficit de connaissances au sein du Bureau fédéral d’enquête (FBI) et des autres agences gouvernementales américaines concernant les Frères musulmans et l’islam politique dans son ensemble.

Dans son article, Vidino affirme que la réduction de cette lacune constitue une étape essentielle dans la lutte contre l’islam politique et appelle à élargir le traitement de cette question à plusieurs institutions, aux niveaux national et local.

Selon lui, cela implique notamment :

  • réorienter les bureaux locaux du FBI afin d’intégrer l’islam politique parmi leurs priorités ;
  • réévaluer le rôle des organismes éducatifs qui financent des écoles islamiques, de la maternelle jusqu’à la fin du secondaire ;
  • renforcer le contrôle des procédures migratoires liées à la délivrance de visas à certains imams ;
  • examiner l’acceptation, par les universités américaines, de dons étrangers ainsi que l’accueil de chercheurs et l’organisation d’événements à caractère islamique.
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