L’Iran menace de paralyser la navigation maritime dans les détroits stratégiques
Les menaces iraniennes de fermer les voies maritimes vitales s’inscrivent dans une tentative de démontrer que les pressions militaires américaines ne resteront pas sans réponse.
L’Iran a laissé entendre qu’il pourrait verrouiller le détroit d’Ormuz ainsi que d’autres passages stratégiques si les États-Unis poursuivaient ce que Téhéran qualifie d’« attisement de la guerre ». Cette déclaration reflète la volonté iranienne d’utiliser les voies maritimes essentielles et la menace pesant sur la navigation internationale comme levier face aux pressions militaires et politiques.
Le secrétaire du Conseil suprême de la sécurité nationale iranienne, Mohammad Baqer Zolghadr, a averti que la poursuite de « l’alimentation des flammes de la guerre » par les États-Unis rendrait Téhéran davantage disposé à recourir aux « instruments stratégiques » dont il dispose pour faire face à ses adversaires.
Cette escalade intervient alors que la région connaît une montée des tensions, marquée par la poursuite des frappes américaines contre des cibles iraniennes, tandis que l’Iran cherche à démontrer qu’il possède des moyens de dissuasion allant au-delà des missiles et des drones, incluant la capacité de menacer le commerce mondial et les approvisionnements énergétiques.
Le détroit d’Ormuz constitue la principale voie maritime pour les exportations mondiales de pétrole et de gaz. Une part considérable du commerce énergétique international y transite, de sorte qu’une fermeture du passage serait susceptible de perturber les marchés mondiaux et d’entraîner une hausse des prix du pétrole, des assurances et du transport maritime.
L’Iran a régulièrement utilisé cette menace lors des crises régionales. Toutefois, les déclarations récentes se sont élargies pour inclure d’« autres passages et détroits stratégiques », laissant entendre une volonté d’étendre la pression aux routes maritimes du Golfe, de la mer d’Arabie et, éventuellement, aux voies liées à la mer Rouge.
Bien que la République islamique dispose d’un long littoral sur la rive nord du détroit, le détroit d’Ormuz demeure une voie navigable internationale régie par le droit international. Aucun État n’est autorisé à le fermer ni à empêcher le passage inoffensif des navires commerciaux.
Les spécialistes du droit maritime soulignent que toute entrave à la navigation dans les détroits internationaux constituerait une violation des conventions maritimes et menacerait la sécurité économique mondiale, des dizaines de pays dépendant de cette route pour leurs approvisionnements en énergie et en marchandises.
Selon plusieurs observateurs, l’objectif iranien dépasse la simple fermeture effective du détroit. Il s’agit plutôt d’imposer une nouvelle logique de dissuasion selon laquelle toute escalade contre l’Iran entraînerait un coût économique mondial et non uniquement militaire.
Cependant, la mise en œuvre d’un blocage prolongé représenterait une option extrêmement risquée pour Téhéran, car elle entraînerait une confrontation directe avec les puissances navales internationales, en premier lieu les États-Unis, qui considèrent la liberté de navigation dans le Golfe comme un intérêt stratégique fondamental.
Par ailleurs, toute interruption majeure du trafic maritime nuirait également aux exportations iraniennes ainsi qu’aux économies des États du Golfe voisins, ce qui ferait de cette stratégie une option coûteuse pour l’ensemble des parties concernées.
Les menaces iraniennes s’inscrivent donc dans une tentative de démontrer que les pressions militaires américaines ne resteront pas sans réponse et que Téhéran conserve la capacité d’influencer l’un des corridors maritimes les plus sensibles au monde.
Par cette stratégie, les dirigeants iraniens cherchent à renforcer leur position dans d’éventuelles négociations et à adresser un message aux États-Unis et à leurs alliés : toute escalade militaire pourrait dépasser les champs d’affrontement traditionnels et affecter les artères du commerce et de l’énergie mondiaux, même si l’option d’une fermeture totale demeure entourée de lourdes conséquences juridiques, militaires et économiques.
