Politique

Le pari de Zelensky : tentatives de fusionner la guerre en Ukraine avec le conflit iranien


Lors de sa visite à Washington, le président ukrainien Volodymyr Zelensky cherche à atteindre un objectif plus ambitieux que la simple mobilisation d’un soutien en faveur de son armée : intégrer la guerre en Ukraine au conflit iranien au sein d’un même front stratégique.

Selon une analyse publiée par le site Responsible Statecraft, si les deux guerres venaient à fusionner, l’Ukraine ne serait plus seulement bénéficiaire de l’aide militaire américaine, mais deviendrait un acteur direct de la guerre contre l’Iran.

De la même manière, les États-Unis ne seraient plus uniquement le principal fournisseur d’armes de Kyiv. Autrement dit, l’Amérique deviendrait un acteur à part entière du conflit contre la Russie, dans le cadre d’une confrontation s’étendant de la mer Noire à la mer Caspienne, estime l’analyse.

Pour Kyiv, il s’agirait d’une percée stratégique recherchée depuis le début de la guerre en Ukraine en 2022, selon cette analyse.

Depuis le déclenchement du conflit, les dirigeants ukrainiens ont exhorté l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN) à jouer un rôle allant au-delà de la fourniture d’armes et de renseignements à Kyiv. Zelensky a appelé à plusieurs reprises l’Alliance à instaurer une zone d’exclusion aérienne, avertissant que toute mesure moins ambitieuse permettrait à la Russie de bombarder les villes ukrainiennes en toute impunité.

Zelensky a également fait pression sur les gouvernements occidentaux pour qu’ils fournissent à l’Ukraine des systèmes d’armes sophistiqués, soutenant que la victoire exigeait de l’Occident qu’il renonce à ce qu’il considérait comme une retenue excessive face à l’escalade.

Malgré la sympathie de l’administration de l’ancien président américain Joe Biden envers l’Ukraine, celle-ci a constamment refusé de franchir plusieurs lignes rouges. Elle a notamment rejeté l’idée d’envoyer des troupes américaines au sol, estimant qu’un affrontement direct entre forces américaines et russes pourrait déclencher une guerre plus vaste entre puissances nucléaires.

Biden s’est également opposé à l’instauration d’une zone d’exclusion aérienne, car une telle mesure aurait obligé les pilotes américains à abattre des avions russes. Son administration avait également refusé, dans un premier temps, de fournir à Kyiv des avions de combat F-16, des missiles longue portée ATACMS et d’autres systèmes avancés. Certaines de ces restrictions n’ont été progressivement assouplies qu’après de longues discussions.

Malgré cela, le principe de Washington est demeuré inchangé : aider l’Ukraine à se défendre sans permettre aux États-Unis de devenir une partie directement engagée dans les combats contre la Russie, tout en évitant une diplomatie susceptible de mettre fin au conflit.

Aujourd’hui, cependant, le paysage stratégique a changé avec la guerre contre l’Iran. Téhéran a démontré sa capacité à élargir horizontalement le champ de bataille et à infliger des pertes sur plusieurs fronts, offrant ainsi à Kyiv une occasion historique. Plutôt que d’apparaître comme un pays dépendant de l’aide américaine, l’Ukraine peut désormais se présenter comme un atout stratégique capable d’aider Washington.

La guerre des drones menée par l’Ukraine a évolué à un rythme plus rapide que presque toute autre innovation militaire au cours des trois dernières années. L’expérience acquise par Kyiv dans l’intégration de systèmes autonomes à faible coût dans la guerre conventionnelle est sans équivalent.

Plus important encore, l’Ukraine pourrait offrir à Washington ce qui lui fait actuellement défaut : la possibilité d’étendre le conflit à un théâtre géographique totalement nouveau, c’est-à-dire de diriger contre l’Iran la dynamique d’escalade horizontale qu’il utilise lui-même, selon Responsible Statecraft, qui évoque la mer Caspienne comme une éventualité prise en compte dans les calculs de Kyiv.

Exercer une pression sur l’Iran depuis le nord pourrait compliquer les plans militaires de Téhéran et l’obliger à redéployer ses ressources limitées. Cela réduirait également sa capacité à choisir le lieu où le conflit se déroule.

Du point de vue de Kyiv, proposer une telle capacité permettrait de transformer l’Ukraine, de simple allié des États-Unis, en véritable soutien stratégique de Washington. Mais le gain stratégique le plus important pour Kyiv résiderait dans la fusion des deux conflits en une seule guerre.

Une telle fusion modifierait radicalement la logique politique des deux guerres. Elle renforcerait l’interconnexion entre les personnels américains, les moyens de renseignement, les approvisionnements logistiques et la planification opérationnelle sur les deux fronts. De plus, la coopération militaire russo-iranienne inciterait Washington à considérer les deux pays comme des éléments interdépendants d’un même ensemble stratégique.

Une fois ce seuil franchi, il deviendrait plus difficile de distinguer le soutien à l’Ukraine de la lutte contre la Russie. Cette situation pourrait également séduire Israël pour plusieurs raisons.

Premièrement, elle offrirait à la guerre contre l’Iran une nouvelle possibilité de se poursuivre. Deuxièmement, elle internationalise le conflit en entraînant les gouvernements européens sur le théâtre iranien en raison de leurs engagements profonds envers l’Ukraine. Troisièmement, et peut-être surtout, elle modifierait le discours politique : la défaite de l’Iran ne serait plus présentée comme une nécessité pour défendre Israël, mais comme une nécessité pour défendre l’Ukraine.

Compte tenu du niveau de soutien dont bénéficie l’Ukraine, une telle fusion constituerait un cadre politiquement plus acceptable que le fait de centrer la guerre sur Israël, dont l’image s’est dégradée en Occident en raison des accusations de « génocide » à Gaza et de son rôle central dans le déclenchement de la guerre avec l’Iran, selon le même site.

Cela ne signifie toutefois pas que le pari de l’Ukraine réussira. Trump pourrait néanmoins se montrer réceptif à cette approche en raison de l’impasse dans le détroit d’Ormuz. Cependant, l’absence de conférence de presse laisse penser que sa rencontre avec Zelensky n’a pas été particulièrement fructueuse.

Enfin, le risque d’un affrontement direct entre l’OTAN et la Russie pourrait conduire à une guerre plus vaste et plus catastrophique. Les tentatives visant à résoudre un problème stratégique en élargissant le conflit ont souvent eu pour effet de compliquer la résolution des deux problèmes simultanément.

Le plus grand danger aujourd’hui ne réside peut-être pas dans la décision de Trump de mener deux guerres à la fois, mais dans le fait que des mesures d’escalade apparemment limitées puissent progressivement ouvrir la voie à une catastrophe.

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