Politique

Les manœuvres militaires de la Chine et de la Russie : des messages de pression adressés aux alliés de Washington en Asie


La Chine et la Russie intensifient leurs exercices militaires conjoints en Asie de l’Est, dans le cadre de mouvements porteurs de messages stratégiques à l’attention des alliés de Washington et qui suscitent des inquiétudes quant à l’équilibre sécuritaire dans la région.

Lors de sa visite au Royaume-Uni, le Premier ministre japonais Shinjirō Koizumi a révélé qu’un destroyer chinois équipé de missiles guidés, qui faisait partie d’une flotte conjointe avec la Russie, avait effectué dimanche dernier un exercice à munitions réelles avec des mitrailleuses, à environ 100 miles, soit près de 160 kilomètres, au sud-ouest de l’île d’Okinotorishima, située à l’extrême sud du Japon, et à l’intérieur de la zone économique exclusive japonaise.

Selon le magazine américain Newsweek, il s’agissait du premier exercice officiel à munitions réelles mené par cette flotte, composée de trois autres navires de guerre chinois et d’une frégate russe.

Le porte-parole du gouvernement japonais, Minoru Kihara, a confirmé que Tokyo avait adressé une protestation diplomatique à Pékin au sujet de cet exercice, soulignant qu’il constituait un risque potentiel pour les navires se trouvant à proximité. Il a également indiqué que la Chine avait averti les navires opérant dans la zone juste avant le début de l’exercice.

Ces derniers exercices constituent un nouvel épisode d’une série d’activités militaires russo-chinoises, notamment en mer du Japon, qui suscitent l’inquiétude de Tokyo.

La Chine et la Russie ont élargi leur coopération militaire, tant en termes d’ampleur que de complexité, depuis 2022, année du déclenchement de la guerre en Ukraine.

Bien que les six exercices conjoints organisés l’année dernière représentent une baisse par rapport aux 14 exercices menés l’année précédente, ils comprenaient la toute première patrouille sous-marine conjointe entre les deux pays.

Pékin a, de son côté, rejeté les inquiétudes du Japon, les qualifiant de « infondées ». Le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lin Jian, a déclaré aux journalistes : « Le Japon dénigre les autres pays, amplifie la portée de leurs actions légitimes et exagère les prétendues “menaces extérieures” », accusant également Tokyo de chercher des prétextes pour accélérer son « réarmement ».

Les derniers exercices, y compris celui à munitions réelles mené à l’intérieur de la zone économique exclusive du Japon, sont autorisés par le droit international. Toutefois, les analystes estiment que la manière dont ils ont été conduits semble viser à envoyer un message au Japon, principal allié des États-Unis, qui accueille environ 55 000 militaires américains, selon Newsweek.

Rajeev Rajagopalan, chercheur résident à l’Institut australien de politique stratégique, a déclaré au magazine : « La Chine adopte de plus en plus un comportement qui peut être considéré comme risqué, et elle envoie un message clair. »

Il a expliqué que les manœuvres russo-chinoises, de plus en plus ambitieuses, témoignaient d’une volonté de tester les limites des pays alliés aux États-Unis dans la région.

Ces derniers exercices interviennent après un incident majeur survenu en février 2025, lorsque la marine chinoise a mené deux exercices à munitions réelles dans la mer de Tasman, entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, avec très peu de préavis, contraignant les compagnies aériennes commerciales à modifier leurs itinéraires.

Rajagopalan a déclaré : « Les deux pays s’emploient à normaliser leur présence militaire dans les eaux internationales et dans des zones où les États-Unis et leurs alliés ont exercé leur domination pendant des décennies. »

Il a ajouté que ces exercices, à tout le moins, rendaient plus difficile pour Washington et ses alliés de prévoir la manière dont Moscou et Pékin pourraient réagir en cas de crise, notamment dans le cadre d’un conflit autour de Taïwan.

La Chine et la Russie ne sont liées par aucune alliance militaire officielle. Toutefois, elles partagent une opposition stratégique au système d’alliances et aux blocs de sécurité dirigés par les États-Unis. Selon les analystes, leur coopération militaire procure des avantages concrets aux deux parties.

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