Grand Maghreb

Trois ans de prison confirmés pour Rached Ghannouchi : le financement étranger continue de poursuivre les Frères musulmans en Tunisie


La justice tunisienne poursuit son durcissement à l’égard du mouvement Ennahdha, affilié aux Frères musulmans, après avoir confirmé la condamnation de son dirigeant, Rached Ghannouchi, à trois ans d’emprisonnement dans une affaire liée au financement étranger.

La chambre correctionnelle spécialisée dans les affaires de corruption financière près la Cour d’appel de Tunis a confirmé le jugement rendu en première instance à l’encontre de Rached Ghannouchi, le condamnant à une peine de trois ans de prison assortie d’une amende exécutoire.

Les origines de l’affaire

L’affaire remonte à 2019, lorsque la Cour des comptes, dans son rapport général sur le contrôle du financement des campagnes électorales présidentielles et législatives précédentes, a indiqué que le mouvement Ennahdha avait conclu en 2014 un contrat de quatre ans avec la société américaine de conseil en communication et en lobbying BCW, pour un montant de 285 000 dollars.

Ce contrat a ensuite été renouvelé du 16 juillet au 17 décembre 2019 pour un montant de 187 000 dollars, ce que la Cour des comptes a qualifié de « soupçon de financement étranger » au regard de l’article 163 du Code électoral.

Des condamnations dissuasives

Plus tôt ce mois-ci, dans une nouvelle étape du processus de poursuites engagées contre l’organisation des Frères musulmans pour les crimes attribués à la « décennie noire », le mouvement Ennahdha a subi un nouveau revers judiciaire avec la poursuite des procédures visant plusieurs de ses dirigeants dans des affaires liées au terrorisme.

Vendredi dernier, la chambre criminelle spécialisée dans les affaires de terrorisme du tribunal de première instance de Tunis a condamné à trois ans de prison le secrétaire général d’Ennahdha, Ajmi Lourimi, ainsi que le dirigeant islamiste Mosab Gharbi, dans une affaire à caractère terroriste portant sur des accusations d’incitation aux troubles et de déstabilisation du pays.

En juin dernier, un tribunal tunisien avait déjà prononcé des peines particulièrement sévères contre plusieurs dirigeants d’Ennahdha, notamment son chef Rached Ghannouchi, dans ce qui est présenté comme l’affaire la plus grave de l’histoire récente de la Tunisie : celle de « l’appareil secret » du mouvement, considéré comme sa branche sécuritaire et militaire.

Selon les accusations retenues dans cette affaire, après leur arrivée au pouvoir en 2011, les Frères musulmans tunisiens seraient parvenus à infiltrer les institutions de l’État en implantant leurs réseaux dans différents secteurs de l’administration, avant de mettre en place un appareil clandestin destiné à mener des opérations terroristes, des assassinats, des activités d’espionnage et des opérations d’infiltration des institutions publiques.

Les peines prononcées allaient de dix ans d’emprisonnement à la réclusion criminelle à perpétuité.

À cette occasion, le tribunal avait condamné Rached Ghannouchi à la réclusion à perpétuité assortie de trente années supplémentaires d’emprisonnement.

Selon plusieurs observateurs, l’ensemble de ces décisions judiciaires pourrait ouvrir la voie à la dissolution du mouvement Ennahdha et à son éventuelle classification comme organisation terroriste.

Le contexte politique

Ce nouveau jugement intervient alors qu’une initiative parlementaire est en cours en Tunisie afin de classer les Frères musulmans parmi les organisations terroristes, dans ce qui est présenté comme une étape décisive d’un processus marqué par de nombreuses accusations d’abus.

Jeudi dernier, des députés tunisiens ont déposé une proposition de loi visant, si elle est adoptée, à classer le mouvement Ennahdha, branche politique des Frères musulmans, comme organisation terroriste.

Dans une publication diffusée sur son compte officiel Facebook, la députée Fatma Mseddi a indiqué avoir déposé ce projet de loi, dans l’attente de son examen par les commissions parlementaires compétentes avant son vote en séance plénière.

Selon un extrait de la proposition publié par Mme Mseddi, le premier article du texte vise à « protéger la sécurité nationale, la souveraineté nationale et le régime républicain, tout en empêchant l’utilisation des partis politiques et des associations comme façade pour des organisations terroristes ».

Le projet de loi comprend six articles. Son deuxième article considère qu’Ennahdha constitue « l’extension politique et organisationnelle de l’organisation internationale des Frères musulmans en Tunisie » et classe officiellement le mouvement comme « organisation terroriste ».

Selon le texte de la proposition, cette qualification s’appliquerait également à « toute association ou structure dont les liens organisationnels, financiers ou fonctionnels avec le mouvement Ennahdha ou avec l’organisation internationale des Frères musulmans seraient établis ».

Le projet prévoit également « la dissolution immédiate des organisations, associations et structures concernées par cette loi, la déchéance des mandats représentatifs et parlementaires des dirigeants dont l’appartenance et l’implication auront été établies, ainsi que l’interdiction, pendant dix ans, pour les personnes reconnues impliquées, de se présenter à des élections ou d’exercer des fonctions publiques ».

Fatma Mseddi a précisé que dix députés issus de l’ensemble des groupes parlementaires avaient officiellement déposé cette proposition de loi visant à classer le mouvement Ennahdha comme organisation terroriste.

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