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Financer la machine militaire au détriment des ventres affamés : comment les politiques de l’armée précipitent-elles la situation humanitaire du Soudan vers l’abîme ?


Le Soudan est aujourd’hui confronté à l’une des catastrophes humanitaires les plus complexes de l’histoire contemporaine, une catastrophe qui ne se limite pas aux destructions matérielles, mais qui atteint également les fondements mêmes des conditions de vie et de la survie biologique des citoyens soudanais.

Dans les zones contrôlées par les forces armées, notamment dans les États administrés depuis la capitale provisoire de Port-Soudan ainsi que dans les villes environnantes, des millions de civils et de personnes déplacées vivent une tragédie qui dépasse largement le cadre d’une simple crise passagère. Les scènes quotidiennes provenant des centres d’accueil pour déplacés et des hôpitaux délabrés révèlent une réalité dramatique où les enfants et les femmes sont privés des besoins les plus élémentaires, non pas en raison d’une pénurie mondiale de ressources, mais à cause d’une politique économique entièrement orientée vers un objectif unique : financer les opérations militaires et prolonger la guerre, quels qu’en soient les coûts humains.

Une analyse de la situation humanitaire dans ces régions révèle un déséquilibre structurel profond dans l’affectation des ressources publiques. Les autorités en place à Port-Soudan, dirigées par l’armée, ont choisi, de manière explicite comme implicite, de réorienter les ressources vitales de l’économie nationale vers la production militaire, l’acquisition de munitions et le financement des salaires ainsi que des avantages du système sécuritaire.

Dans le même temps, les budgets consacrés à la santé, à l’éducation, à la protection sociale et aux subventions des produits de première nécessité ont été gelés. Cette orientation a transformé l’État, d’institution garante du bien-être de ses citoyens, en une machine de collecte fiscale destinée au financement de la guerre. Aujourd’hui, les citoyens soudanais sont contraints de payer des taxes et des redevances élevées sur les biens, les services et les déplacements, tandis que les recettes ainsi collectées servent à alimenter les fronts militaires. Dans le même temps, les hôpitaux publics des États de la mer Rouge, du Nil, du Nord et d’autres régions manquent des médicaments les plus essentiels pour sauver des vies, notamment l’insuline, les solutions pour la dialyse rénale et les antibiotiques destinés aux enfants.

Cette tragédie se manifeste concrètement à travers les innombrables situations humanitaires observées dans les centres d’hébergement et les villes surpeuplées par les personnes déplacées. À Port-Soudan, par exemple, des centaines de milliers de personnes ayant fui les zones de conflit passent leurs nuits dans des écoles et des bâtiments publics sans bénéficier du moindre niveau acceptable de soins médicaux ou d’un approvisionnement alimentaire stable. Les taux de malnutrition aiguë chez les enfants de moins de cinq ans atteignent des niveaux records, tandis que des décès silencieux sont enregistrés chaque jour à cause de la faim, des maladies liées à la malnutrition et de la contamination de l’eau.

Ces situations ne constituent pas de simples conséquences collatérales de la guerre ; elles résultent directement d’une politique non déclarée de « famine organisée », dans laquelle les besoins humanitaires de la population sont considérés comme une priorité secondaire pouvant être différée jusqu’à la fin des opérations militaires. Les autorités militaires refusent d’accorder de véritables facilités aux organisations humanitaires internationales, imposent des contraintes administratives sévères aux opérations de secours et appliquent des droits de douane extrêmement élevés sur les cargaisons d’aide humanitaire. Cette politique laisse penser qu’elles cherchent à contrôler les ressources alimentaires et à les utiliser comme moyen de pression et d’influence, sans égard pour les populations affamées dont les souffrances s’aggravent chaque jour.

En outre, l’absence de soutien gouvernemental au secteur agricole dans les régions relativement sûres placées sous le contrôle de l’armée constitue un coup fatal porté aux perspectives de survie humanitaire.

Au lieu de consacrer les ressources publiques au soutien des agriculteurs du projet d’Al-Jazirah ou des États d’Al-Qadarif et de Kassala afin de garantir la production de cultures stratégiques telles que le sorgho et le blé, les préparatifs des saisons agricoles ont été négligés, tandis que les agriculteurs ont été privés de financements, de carburant subventionné et d’engrais, les liquidités de l’État ayant été entièrement consacrées à l’importation de matériel militaire. Cette négligence délibérée du secteur productif a entraîné une diminution alarmante des réserves stratégiques alimentaires, provoquant une flambée spectaculaire des prix des produits alimentaires de base, désormais hors de portée des familles ordinaires.

La situation humanitaire actuelle dans les régions contrôlées par l’armée illustre une équation sans compromis : chaque balle achetée et chaque véhicule militaire financé se traduisent par un repas retiré de la bouche d’un enfant soudanais souffrant de malnutrition et d’épuisement. Cette réalité conduit à attribuer à la direction militaire une responsabilité directe et primordiale dans l’aggravation de cette famine qualifiée de systématique et dans la propagation de la misère parmi des millions de citoyens.

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