Politique

Les tactiques de bombardement ukrainiennes contre la Crimée laissent entrevoir une nouvelle offensive


En 2023, la tentative de l’Ukraine de lancer une offensive terrestre contre la Crimée s’est soldée par un échec, mais de nombreux éléments ont évolué au cours des trois dernières années.

L’armée ukrainienne poursuit ses frappes contre les positions russes situées dans la péninsule de Crimée. Au cours des dernières semaines, Kyiv a intensifié ses attaques contre les forces russes, les infrastructures stratégiques de la péninsule ainsi que le corridor terrestre méridional reliant la Crimée au territoire russe, alimentant les spéculations sur une éventuelle préparation d’une nouvelle contre-offensive.

Le magazine américain The National Interest indique que les frappes ukrainiennes visant des installations militaires, logistiques, économiques et des infrastructures s’inscrivent dans la stratégie de frappes à longue portée mise en œuvre par les forces ukrainiennes. Toutefois, ces opérations pourraient également révéler l’ambition de Kyiv de lancer une nouvelle contre-offensive en direction de la péninsule.

Dans sa récente évaluation opérationnelle du conflit, l’Institute for the Study of War (ISW) a indiqué que « les forces ukrainiennes ont poursuivi leurs frappes contre les ponts et d’autres infrastructures de transport soutenant les lignes de communication terrestres russes reliant l’oblast de Kherson à la péninsule de Crimée ».

Les frappes ukrainiennes contre les infrastructures russes de transport et les voies ferrées ont perturbé les lignes de communication terrestres russes, affectant les capacités logistiques des forces russes dans la partie de la région de Kherson contrôlée par Moscou.

L’Institute for the Study of War estime également que les effets de ces frappes, combinés à la perte soudaine par la Russie de certains services de communication par satellite Starlink, ont eu des conséquences négatives sur la situation des forces russes dans le sud de l’Ukraine.

La péninsule de Crimée constitue un centre névralgique des opérations militaires russes.

Bien que la guerre ait officiellement éclaté en février 2022, de nombreux observateurs considèrent que ses véritables origines remontent à février 2014, lorsque des soldats russes sont entrés en Crimée, ont pris le contrôle d’infrastructures stratégiques et préparé le déploiement des unités militaires russes.

Dès le déclenchement de la guerre en 2022, la Crimée est devenue une base essentielle pour l’offensive russe vers le sud de l’Ukraine, visant la conquête des régions de Kherson et de Zaporijjia.

Au cours des premiers mois du conflit, l’armée russe a pris le contrôle d’une bande territoriale reliant directement la Russie au nord de la Crimée, établissant ainsi une liaison terrestre avec la péninsule, qui n’était auparavant connectée au territoire russe que par le pont de Kertch, considéré comme un point vulnérable ayant fait l’objet de plusieurs attaques ukrainiennes.

L’Ukraine continue d’affirmer sa volonté de reprendre le contrôle de la péninsule de Crimée, bien qu’un tel objectif représente un défi militaire considérable.

Entre 2014 et 2022, Moscou a fortement fortifié la Crimée en prévision d’un éventuel conflit avec l’Ukraine. D’importants stocks de missiles antiaériens et antinavires y ont été déployés, ainsi que des dizaines de milliers de soldats.

Si l’armée ukrainienne prépare effectivement une nouvelle contre-offensive en direction de la Crimée dans un avenir proche, il ne s’agira pas de sa première tentative.

À l’été 2023, les forces ukrainiennes avaient déjà lancé une contre-offensive. Toutefois, leurs ambitions se sont heurtées à un système défensif d’une ampleur sans précédent en Europe depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Anticipant une offensive ukrainienne venue du sud, les forces russes avaient creusé des kilomètres de fortifications défensives et installé des centaines de milliers de mines antipersonnel et antichars.

Lorsque la contre-offensive ukrainienne a finalement été lancée, les unités blindées n’ont pas réussi à percer les lignes de défense russes. Malgré quelques succès tactiques localisés, l’offensive s’est progressivement essoufflée en l’espace de quelques semaines.

Depuis lors, le contrôle russe sur la péninsule de Crimée est demeuré solidement établi. Toutefois, la récente intensification des frappes ukrainiennes à longue portée contre cette région stratégique laisse penser que Kyiv pourrait se préparer à une nouvelle tentative.

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