Grand Maghreb

Ghannouchi appelle au désordre depuis sa prison… Marzouki relaie son message depuis l’étranger


Derrière les murs de sa prison en Tunisie, le chef du mouvement Ennahdha, affilié aux Frères musulmans, continue de nourrir l’espoir de revenir au pouvoir, tandis que l’ancien président tunisien Moncef Marzouki a relayé son appel depuis l’étranger.

Rached Ghannouchi purge actuellement une peine de prison après avoir été condamné dans plusieurs affaires liées à la corruption financière et au terrorisme. De son côté, Moncef Marzouki a également été condamné par contumace. Toutefois, selon plusieurs observateurs, ce n’est pas le seul point commun entre les deux alliés : tous deux demeurent prisonniers d’illusions encore plus tenaces que les murs des établissements pénitentiaires. Des experts tunisiens estiment que la véritable prison qui enferme aujourd’hui les Frères musulmans réside dans leur rejet par une large partie de l’opinion publique.

À la suite de l’appel lancé jeudi par Rached Ghannouchi depuis sa cellule en faveur de l’unification de l’opposition, son allié Moncef Marzouki, ancien président tunisien, a publié un message sur sa page Facebook, considéré par de nombreux observateurs comme un simple écho aux propos du dirigeant d’Ennahdha.

Dans cette publication, Moncef Marzouki a appelé les Tunisiens, et plus particulièrement les jeunes, à se mobiliser et à se préparer à manifester le 25 juillet prochain afin de renverser le régime. Cet appel coïncide avec l’anniversaire de la proclamation de la République tunisienne ainsi qu’avec celui des mesures exceptionnelles prises en 2021 par l’actuel président Kaïs Saïed, notamment la dissolution du Parlement dominé par Ennahdha. Selon Marzouki, « descendre dans la rue à cette date symbolique constitue une étape décisive pour restaurer le processus démocratique ».

Des observateurs de la scène politique tunisienne considèrent toutefois que cet appel constitue une incitation directe au désordre dans le pays. Interrogé par Al Ain News, l’analyste politique tunisien Nizar Kassemi a estimé que l’appel de Marzouki était irréaliste, en raison du rejet populaire dont font l’objet les figures de la « décennie noire », représentées par les Frères musulmans et leurs alliés.

Il a ajouté qu’une grande partie des Tunisiens tient l’ancienne classe politique, y compris Moncef Marzouki, pour responsable des crises actuelles, tout en soulignant que la population ne manifeste guère d’intérêt à descendre dans la rue pour des motifs politiques. Selon lui, les Frères musulmans cherchent par tous les moyens à réintégrer la scène politique et à obtenir la libération de leurs dirigeants emprisonnés, une stratégie qu’il qualifie de méthode classique du groupe.

Pour sa part, l’activiste politique tunisien Khaled Beltaher a affirmé que de tels appels constituent une incitation directe au désordre, une atteinte à la sécurité de l’État et une tentative de déstabiliser le pays. Il a déclaré que l’objectif de Moncef Marzouki était de retrouver le pouvoir et d’obtenir la libération de ses alliés actuellement détenus.

Selon Khaled Beltaher, « l’appel de Marzouki à manifester coïncide avec celui de Ghannouchi en faveur de l’unification de l’opposition et s’inscrit dans une stratégie des Frères musulmans visant à mobiliser la rue après l’indifférence populaire dont ils font l’objet depuis l’arrestation de leurs principaux dirigeants ».

Réagissant à l’appel de Ghannouchi en faveur de l’unification de l’opposition ainsi qu’à celui de Marzouki invitant à manifester pour renverser le régime, le secrétaire général du Parti des démocrates unifiés, Mongi Rahoui, a déclaré dans une vidéo publiée sur sa page Facebook : « Vous êtes le symbole de la trahison… Vous ne reviendrez pas. » Il a ajouté : « Vous avez servi d’instrument pour détourner les objectifs de la révolution ainsi que les aspirations de la jeunesse tunisienne et des régions de l’intérieur. L’ancien système a humilié le peuple tunisien et l’a enfermé dans l’endettement à travers des politiques économiques et sociales dégradantes dont il continue de subir les conséquences aujourd’hui. »

Moncef Marzouki avait déjà vivement critiqué la Tunisie dans les médias français après les mesures du 25 juillet 2021 qui ont conduit à la chute du système de gouvernance dominé par les Frères musulmans. En octobre 2021, il a été condamné par contumace à quatre années de prison, avec le retrait de son passeport diplomatique, dans une affaire qui a suscité un vif débat en Tunisie.

En mars 2024, Moncef Marzouki a également déposé une plainte contre des magistrats tunisiens auprès d’institutions des Nations unies, en publiant une liste de quarante-cinq juges qu’il affirmait avoir établie à l’issue d’une enquête personnelle. Plusieurs observateurs ont considéré cette initiative comme une tentative d’influencer le cours de la justice dans les affaires impliquant des dirigeants du mouvement Ennahdha.

Moncef Marzouki a exercé les fonctions de président par intérim de la Tunisie entre 2012 et 2014, après avoir été choisi par les forces politiques composant l’Assemblée nationale constituante. Son accession à la présidence ne résultait toutefois pas d’un mandat populaire direct, ce qui s’est reflété par la suite dans sa défaite lors de l’élection présidentielle de 2014, puis dans son nouvel échec lors du scrutin de 2019, dans un contexte marqué par un recul progressif de son influence politique et de sa popularité.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page