Tombouctou, au Mali, entre les balles et le siège : obscurité et soif dans la ville des 333 saints
Depuis une quinzaine d’années, Tombouctou a tourné la page de son époque prospère et animée pour devenir une ville presque désertée, où les groupes terroristes assiègent les rues, coupent les voies d’approvisionnement et entravent le quotidien de ses habitants.
Comme si cette cité, qui attirait autrefois des touristes venus admirer ses mosquées et ses mausolées historiques, avait vu disparaître en un instant tous les signes de vie, elle s’est progressivement transformée en une simple agglomération dont les habitants vivent au rythme d’une souffrance incessante.
Tombouctou est l’une des principales villes du nord du Mali qui furent d’abord contrôlées par des rebelles touaregs, avant de tomber aux mains de groupes extrémistes à la suite de la grave crise politique et sécuritaire de 2012. L’armée malienne l’a ensuite reprise, avant qu’elle ne retombe sous le contrôle du groupe terroriste Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda.
À la suite de ces crises successives, la « ville des 333 saints » et la « Perle du désert », comme on la surnomme, a perdu tout son éclat. Elle se retrouve aujourd’hui prise en étau entre des échanges de tirs sporadiques et un siège qui l’isole, empêchant l’acheminement du carburant et aggravant les souffrances de ses habitants, désormais confrontés simultanément à l’obscurité et à la pénurie d’eau.
La ville est surnommée « la cité des 333 saints » parce qu’elle abrite les tombeaux de 333 érudits et maîtres soufis qui ont vécu dans la région et contribué à la diffusion de l’islam.
Obscurité et soif
Selon Radio France Internationale (RFI), les habitants de Tombouctou traversent une crise majeure. Depuis mardi dernier, la ville est privée d’électricité et d’eau en raison d’une pénurie de carburant. Les stations-service sont à sec depuis près d’un mois et même le marché noir souffre d’un manque croissant d’approvisionnements.
Un habitant de la ville a confié à RFI, d’une voix basse teintée de colère : « La température dépasse les 40 degrés Celsius et nous sommes privés d’eau et d’électricité depuis mardi. »
D’après plusieurs sources interrogées par Radio France Internationale, la centrale thermique de la ville est totalement à l’arrêt, empêchant le fonctionnement des infrastructures de la compagnie publique d’électricité ainsi que du réseau de distribution d’eau potable.
La ville dispose de quelques puits, principalement construits par des organisations non gouvernementales, auxquels les habitants peuvent encore accéder, mais ceux-ci sont utilisés en permanence.
Une femme témoigne : « Nous sommes contraintes de faire la queue pendant de longues heures et de parcourir de longues distances en portant nos seaux. » Elle ajoute : « C’est une souffrance indescriptible. »
Une autre habitante affirme : « La situation sanitaire est catastrophique. » Malgré cela, l’hôpital de la ville continue de fonctionner grâce à l’énergie solaire et à des groupes électrogènes.
Contactés par Radio France Internationale, le bureau du gouverneur ainsi que la délégation spéciale, qui assure les fonctions municipales en l’absence d’élections, ont refusé de faire tout commentaire.
Le siège imposé par Al-Qaïda
Les habitants de Tombouctou interrogés s’accordent toutefois à dire que « toute la crise est due au manque de carburant », conséquence du siège imposé depuis le mois de septembre dernier par Jama’at Nusrat al-Islam wal-Muslimin (JNIM), affilié à Al-Qaïda, un blocus qui touche avant tout la population civile.
Depuis environ un mois, selon plusieurs témoignages, les stations-service de Tombouctou sont totalement dépourvues de carburant.
Jusqu’à récemment, la ville parvenait encore à s’approvisionner sur le marché noir. Les commerçants se rendaient dans un pays voisin pour acheter de l’essence, mais beaucoup ont cessé de le faire par crainte des embuscades tendues par les groupes terroristes sur les routes.
Par conséquent, l’essence est devenue extrêmement rare, y compris sur le marché noir, où le litre est vendu entre 2 500 et 3 000 francs CFA, contre 875 francs CFA au tarif officiel, soit près de trois fois plus cher.
De nombreux habitants de Tombouctou déclarent : « Les gens se déplacent désormais à pied, ils souffrent et le moral de la population est au plus bas. »
Dans un communiqué publié jeudi après-midi, la délégation spéciale de la municipalité de Tombouctou a annoncé le lancement d’une « campagne exceptionnelle de distribution d’eau potable », en coopération avec les services de la protection civile.
Le communiqué précise que cette initiative vise à « atténuer les difficultés auxquelles la population est confrontée et à garantir un accès minimal à l’eau potable jusqu’à ce que la situation s’améliore durablement ».
