Ankara critique la coopération militaire entre la France et Chypre en Méditerranée orientale
Des sources au sein du ministère turc de la Défense affirment que le pays est capable de répondre avec la plus grande fermeté à toute attitude hostile menaçant la sécurité des Chypriotes turcs, en référence à un accord entre Paris et Nicosie qualifié d’« accord sur le statut des forces ».
Le ministère turc de la Défense a déclaré jeudi qu’aucune alliance militaire visant les droits et les intérêts de la Turquie et de la République turque de Chypre du Nord n’avait la moindre chance de réussir, en référence à un accord militaire conclu entre Chypre et la France concernant la Méditerranée orientale.
Des sources du ministère, à l’issue de la conférence de presse hebdomadaire de son porte-parole, Zeki Aktürk, dans la province d’Antalya, au sud du pays, ont affirmé que les forces armées turques « disposent de la puissance et de la détermination nécessaires pour infliger la réponse la plus sévère aux attitudes hostiles menaçant la sécurité des Chypriotes turcs ».
Répondant aux questions relatives à l’accord sur le « statut des forces » signé entre la France et Chypre, les mêmes sources ont indiqué que « le ministère suit de près cette provocation visant à déstabiliser la Méditerranée orientale et à accroître les tensions ». Elles ont ajouté que l’accord conclu entre la France et Chypre, qui vise à modifier unilatéralement les équilibres sensibles de l’île tout en ignorant la volonté des Chypriotes turcs et leurs droits souverains égaux, est contraire aux accords chypriotes de 1960 ainsi qu’au droit international.
Les sources ont précisé que ces mesures, dépourvues de toute légitimité et dont les conséquences n’ont pas été soigneusement évaluées, ainsi que d’autres initiatives similaires, pourraient entraîner de graves répercussions pour le sud de l’île.
Mardi, le ministère des Affaires étrangères de la République turque de Chypre du Nord a annoncé que la France et Chypre avaient signé, le 8 juin, un accord comprenant plusieurs dispositions, notamment le déploiement de personnel militaire français sur l’île, l’échange de technologies dans le domaine militaire, l’organisation d’exercices militaires conjoints, la fourniture de soutien matériel aux installations militaires ainsi que le développement de la coopération dans l’industrie de défense entre Paris et Nicosie.
Le ministère a souligné que « ces initiatives, qui se multiplient sous couvert d’objectifs humanitaires mais visent en réalité à obtenir des avantages et privilèges militaires, tout en ignorant les droits souverains égaux et inhérents du peuple chypriote turc sur l’île, constituent des démarches destinées à perturber les équilibres sensibles liés à la sécurité et à la stabilité de l’île et de la région. La République turque de Chypre du Nord et le peuple chypriote turc les considèrent comme dépourvues de tout effet juridique ».
Ces déclarations interviennent après les avertissements formulés par le président turc Recep Tayyip Erdoğan concernant l’expansion de l’influence israélienne dans la région. Lors d’une intervention devant le Parlement, il a affirmé qu’il existait des initiatives « malveillantes » menées par l’État hébreu pour déstabiliser la région méditerranéenne. Il a averti que « personne ne devrait se lancer dans des aventures imprudentes » ni monter à bord du « bateau de la discorde » israélien, soulignant que la réponse d’Ankara à toute action portant atteinte aux droits des Turcs et des Chypriotes turcs serait claire et ferme.
Il a également adressé de vives critiques à Israël en raison de l’escalade régionale, déclarant que les attaques de l’armée israélienne contre la Syrie et le Liban avaient atteint un niveau susceptible de menacer également la Turquie.
Ces dernières années, un axe de coopération trilatéral réunissant Israël, la Grèce et Chypre s’est progressivement développé en Méditerranée orientale. Initialement centré sur des ententes limitées liées au secteur énergétique, il s’est transformé en un cadre de partenariat plus large englobant les dimensions sécuritaires, militaires et les projets d’infrastructures stratégiques, ce qu’Ankara considère comme un message dirigé contre son influence et ses intérêts.
Ce rapprochement repose sur une convergence croissante d’intérêts politiques et sécuritaires dans un contexte régional marqué par la complexité des différends maritimes, la concurrence pour l’exploitation des ressources gazières et la délimitation des frontières, en particulier avec la Turquie. Cette situation a conduit les trois pays à renforcer leur coordination, tant par l’intensification des contacts politiques que par l’élargissement de la coopération militaire et du renseignement, dans le but d’améliorer leur préparation commune face aux défis maritimes et aériens de la région.
