Moyen-Orient

Piraterie aux empreintes houthis… L’alliance des têtes du terrorisme menace les voies maritimes 


Le spectre de la piraterie frappe de nouveau les routes maritimes internationales entre les côtes somaliennes et yéménites, avec des empreintes houthis, menaçant ainsi la sécurité des voies navigables.

Au cours des deux derniers jours, une source des garde-côtes yéménites a confirmé l’échec de deux tentatives de piraterie visant des navires commerciaux à 66 milles de Socotra.

Cela survient quelques semaines après que des hommes armés somaliens ont détourné le pétrolier « Eureka », battant pavillon togolais, au large des côtes de Shabwa au Yémen, avant de le conduire vers les côtes de la région somalienne du Puntland, tout en exigeant une rançon de 10 millions de dollars.

En moins de deux semaines, entre avril et mai, des pirates ont pris le contrôle de quatre navires dans les eaux proches de la Somalie, selon des sources médiatiques.

Des experts estiment que la reprise des actes de piraterie entre les côtes somaliennes et yéménites intervient dans un contexte de coordination opérationnelle et de répartition des rôles entre les Houthis et des groupes extrémistes somaliens, notamment le mouvement « Al-Shabaab », branche de l’organisation terroriste Al-Qaïda en Somalie.

Encouragement houthi

Dans ce contexte, le directeur du centre d’études « South 24 » à Aden, Yaqoub Al-Sufyani, a déclaré à que « les actions des milices houthis contre la navigation internationale, notamment durant l’année 2024, ainsi que le ciblage des navires traversant le détroit de Bab el-Mandeb, la mer Rouge, la mer d’Arabie et le golfe d’Aden, ont conduit à la réactivation des opérations de piraterie dans cette région ».

Al-Sufyani a ajouté que « les milices houthis, qui ont échappé aux sanctions et à la réaction internationale requise, sont aujourd’hui derrière l’encouragement des actes de piraterie somalienne, lesquels ont une longue histoire dans le ciblage des routes commerciales maritimes, des navires et de la navigation, après avoir été auparavant freinés et affaiblis par les frappes des forces internationales protégeant les voies maritimes ».

Il a souligné que « la formation de forces internationales et d’alliances navales, y compris la mission européenne Aspides et la coalition américaine, n’a pas été suffisante pour démontrer une sanction et une dissuasion appropriées contre les Houthis, de manière à empêcher le retour des actes de piraterie dans cette région ».

Il a affirmé que les milices houthis, dans le cadre de leur alliance avec le mouvement « Al-Shabaab », sont derrière le financement et la facilitation des actes de piraterie, indiquant que la relation entre les Houthis et le mouvement somalien « Al-Shabaab » « est devenue une relation documentée et n’est plus au stade des spéculations ou des accusations ; elle a été mentionnée dans les rapports du Groupe d’experts sur le Yémen ainsi que dans les rapports du Conseil de sécurité ».

Il a expliqué que « la relation entre les Houthis et Al-Shabaab est une relation d’intérêt mutuel et de bénéfices, malgré les divergences idéologiques entre les deux parties. Cette alliance repose sur l’échange d’armes et d’avantages, les milices houthis étant devenues une sorte de marchand d’armes pour les groupes terroristes et armés dans la Corne de l’Afrique, y compris les pirates ».

Il a indiqué que « les milices houthis n’hésitent pas à envoyer des armes à n’importe quelle partie en échange d’argent, puisque l’économie du groupe repose sur la guerre ».

Al-Sufyani estime que « les pirates en Somalie sont probablement liés au mouvement Al-Shabaab et qu’ils ont obtenu des armes et des technologies permettant de suivre les navires auprès des milices houthis, lesquelles les ont elles-mêmes obtenues de l’Iran ».

Al-Sufyani a exhorté le gouvernement yéménite ainsi que les gouvernements des pays de la Corne de l’Afrique à activer une « coopération maritime forte » pour lutter contre les actes de piraterie, appelant la communauté internationale à soutenir les forces navales et les garde-côtes yéménites, ainsi qu’à fournir à Djibouti et à la Somalie les capacités nécessaires pour suivre, surveiller et poursuivre les pirates des deux côtés.

Il a confirmé que « les expériences des forces locales ont toujours prouvé qu’elles étaient plus efficaces et plus performantes que les coalitions internationales, qui engendrent des coûts importants sans pour autant parvenir à des résultats réellement efficaces ».

Vides sécuritaires et empreintes houthis

De son côté, le directeur du Centre africain d’études et de recherches, le docteur Mohammed Saleh Ouda, a attribué l’activité de piraterie dans la région de la Corne de l’Afrique et de la mer d’Arabie au vide sécuritaire.

Saleh a déclaré que « plusieurs raisons expliquent cette situation, notamment les troubles qui entourent l’ensemble de la région du Moyen-Orient, la militarisation des eaux internationales et régionales s’étendant du sud de la mer Rouge jusqu’à l’océan Indien et au golfe Arabo-Persique, ainsi que l’impasse politique en Somalie et la suspension de l’aide américaine à ce pays ».

Il a ajouté : « Outre les défis sécuritaires, les conditions économiques et sociales extrêmement difficiles constituent un facteur majeur poussant les jeunes à rechercher des moyens alternatifs et rapides d’obtenir des ressources financières. Dans ce contexte, un facteur extrêmement dangereux émerge : la propagation de la pêche illégale et non réglementée ».

Il a également évoqué le rôle des milices houthis et des intérêts régionaux dans la déstabilisation de la région afin de faciliter la contrebande d’armes et l’expansion de l’influence politique, affirmant que l’intérêt des Houthis réside dans la déstabilisation de cette région à travers le soutien aux actes de piraterie pour renforcer leur influence et sécuriser les routes de contrebande.

Tout en soulignant que la longueur des côtes yéménites et somaliennes représente un défi géographique majeur difficile à contrôler sans une véritable coopération internationale, il a insisté sur « la nécessité d’une coordination commune des renseignements entre les États riverains et du recours à des alliés fiables afin de sécuriser ces voies maritimes vitales ».

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