Réseau tentaculaire et pistes de lutte… les Frères musulmans, un angle mort de la sécurité en Occident
Un « réseau tentaculaire des Frères musulmans », composé d’associations et de structures diverses opérant sous des appellations neutres, chercherait à infiltrer l’Occident et à détourner l’argent des contribuables, afin de servir les objectifs du mouvement. Mais les services de sécurité commencent à prendre conscience du danger et à agir pour y faire face.
Ces opérations d’infiltration systématique reposent sur une longue exploitation, par les Frères musulmans, des libertés publiques et de la simplicité des lois encadrant la création d’associations et d’ONG dans les pays occidentaux. Cela a conduit le mouvement à constituer un vaste réseau d’entités intermédiaires et secondaires, agissant de manière coordonnée sans porter directement son nom.
C’est pourquoi Lorenzo Vidino, l’un des principaux experts des Frères musulmans, affirme dans un entretien accordé à l’Institut Macdonald-Laurier d’études au Canada que l’Occident offre « l’environnement idéal » à une organisation comme les Frères musulmans pour mener ses activités.
Vidino, directeur du programme sur l’extrémisme à l’université George Washington, explique : « En Occident, les Frères musulmans peuvent agir librement. Ils peuvent lever des fonds, ouvrir des mosquées, diffuser leur propagande et mener toutes sortes d’activités sociales, religieuses, politiques et de collecte de fonds. »
La faille du financement
La faille la plus controversée réside dans leur capacité à lever des fonds. Selon Vidino, cela implique une combinaison de financements provenant du Moyen-Orient, de projets économiques comme l’immobilier en Occident, ainsi que des financements directs de gouvernements occidentaux qui n’en mesurent pas toujours la portée.
Il ajoute : « Les réseaux des Frères musulmans ont la capacité de recevoir des subventions et des dons de gouvernements à tous les niveaux. »
Et précise : « Il ne s’agit pas d’une organisation appelée “Frères musulmans de Montréal” qui demanderait un financement, mais d’entités portant des noms attractifs axés sur l’intégration, l’amitié ou le dialogue interreligieux. » Avant d’ajouter : « Avec une certaine naïveté, souvent de la part de hauts responsables, ces structures obtiennent des financements publics. »
En Allemagne, par exemple, l’analyse de Vidino semble largement confirmée : chaque fois qu’une structure liée aux Frères musulmans est exposée, elle est marginalisée politiquement ou placée sous surveillance, avant d’être remplacée par d’autres entités aux appellations neutres et aux objectifs séduisants, destinées à capter les financements publics.
Dans ce contexte, le site du programme « Vivre la démocratie » du ministère allemand de la Famille indique que l’alliance KLEM, organisation liée aux Frères musulmans mais active sous un discours antiraciste, a reçu 625 000 euros de financement en 2025.
Un « angle mort »
La question dépasse le simple financement : il s’agit également d’une infiltration des sociétés occidentales et des partis politiques via un discours modéré, afin d’influencer les décisions depuis les centres de pouvoir.
Selon plusieurs rapports de renseignement occidentaux, l’objectif à long terme de ces activités serait l’islamisation progressive des sociétés.
Cependant, la tolérance occidentale offre un terrain propice à la poursuite de ces activités sans véritable contrôle, créant ainsi un angle mort dans la sécurité nationale des démocraties occidentales, selon l’Institut Macdonald-Laurier.
Plus encore, selon cet institut, les Frères musulmans auraient inspiré ou contribué à la création de certaines des organisations terroristes les plus dangereuses au monde. Pourtant, leurs objectifs, leur stratégie, leur structure et leurs financements restent mal compris, même par de nombreuses agences de renseignement.
L’expert des Frères musulmans Tarek Abou El Saad déclare : « L’Occident considère désormais les Frères musulmans comme une menace », ajoutant que leur rôle dans l’instabilité du Moyen-Orient est reconnu, et que leur influence s’étend désormais à l’Europe, menaçant les sociétés ouvertes et les systèmes démocratiques.
Il ajoute : « L’Occident a découvert l’ampleur de leur infiltration et leur exploitation des libertés pour atteindre leurs objectifs. »
De nombreux pays occidentaux procèdent aujourd’hui à une réévaluation de leurs activités et à une surveillance accrue de leurs réseaux.
Des évolutions dans la lutte contre le mouvement
En mai 2026, la stratégie américaine de lutte contre le terrorisme a marqué un tournant en reliant directement les Frères musulmans aux réseaux extrémistes transnationaux, les présentant comme une matrice de groupes terroristes.
Le document américain évoque l’usage de mesures de désignation et de ciblage contre les entités liées aux Frères musulmans, notamment certaines branches soudanaise et égyptienne.
En 2025 et 2026, les États-Unis ont intensifié leurs mesures, incluant la désignation de la branche libanaise comme organisation terroriste étrangère, ainsi que l’inscription des branches égyptienne et jordanienne sur les listes terroristes, accompagnées de sanctions financières renforcées.
En Europe, malgré l’absence générale de classification terroriste globale, les mesures se sont intensifiées.
En France, plusieurs structures liées au mouvement ont été dissoutes, et en janvier 2026, des initiatives parlementaires ont appelé l’Union européenne à classer les Frères musulmans comme organisation terroriste.
L’Allemagne a renforcé la surveillance depuis 2021, l’Autriche a lancé une vaste campagne contre les réseaux de l’islam politique, tandis que la Suède et le Canada ont accru leurs mesures de contrôle en 2025.
Aux Pays-Bas, en mars 2026, le Parlement a adopté une motion appelant à interdire les Frères musulmans et leurs structures affiliées, considérées comme une menace durable.
