Iran couvre des projets de sabotage au Koweït par une campagne d’accusations croisées
Téhéran tente d’alléger la pression résultant des accusations koweïtiennes de son implication dans des activités hostiles, et de reformuler la situation en se présentant comme une « victime » des mouvements américains dans le Golfe.
Les médias iraniens ont récemment lancé une attaque sans précédent contre le Koweït, en relayant des allégations l’accusant d’avoir permis aux forces américaines d’utiliser son territoire pour mener des opérations militaires contre l’Iran lors de la récente guerre. Des observateurs estiment que cette démarche vise à détourner l’attention des accusations portées contre des éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique soupçonnés d’être impliqués dans des activités hostiles sur le sol koweïtien, d’autant que ces accusations iraniennes ne sont pas nouvelles.
Ces accusations sont intervenues après l’annonce par les autorités koweïtiennes de l’arrestation de quatre personnes présentées comme appartenant au Corps des gardiens de la révolution islamique, à la suite d’une tentative d’infiltration vers l’île de Boubyan Island, au nord du pays. Le ministère koweïtien de l’Intérieur a confirmé que les personnes arrêtées avaient reconnu, au cours des interrogatoires, avoir été chargées d’exécuter des actes qualifiés « d’hostiles », après être entrées dans les eaux koweïtiennes à bord d’un bateau de pêche loué spécialement pour cette mission.
Selon la version koweïtienne, la tentative d’infiltration a donné lieu à un affrontement avec les forces armées koweïtiennes, au cours duquel un militaire a été blessé, tandis que deux autres individus ont réussi à prendre la fuite. L’incident a provoqué une large mobilisation sécuritaire, accompagnée d’une affirmation officielle selon laquelle le pays ne tolérera aucune menace visant sa souveraineté ou sa sécurité intérieure.
En revanche, des médias iraniens, dont la chaîne « Al-Alam », ont rapidement diffusé des reportages affirmant que les États-Unis auraient utilisé des installations koweïtiennes sur l’île de Boubyan pour lancer des attaques de missiles contre l’Iran lors des récents affrontements. Ces récits s’appuyaient sur ce qu’ils ont décrit comme des sources informées évoquant le déploiement de systèmes américains « HIMARS » dans des zones frontalières koweïtiennes et le tir de missiles en direction du territoire iranien, sans fournir de preuves matérielles à l’appui de ces allégations.
Les rapports iraniens ont également prétendu que les forces américaines auraient utilisé des installations et des infrastructures logistiques koweïtiennes en dehors des bases militaires connues, y compris des zones proches des installations des garde-côtes, pour mener des opérations militaires en avril dernier, dans des accusations répétées non étayées, visant à justifier les actions iraniennes.
Le gouvernement koweïtien a toutefois, à plusieurs reprises, démenti de telles accusations, affirmant son engagement envers une politique consistant à ne pas permettre l’utilisation de son territoire ou de son espace aérien pour lancer des attaques contre quelque pays que ce soit. Des milieux politiques et médiatiques du Golfe estiment que la résurgence de ces allégations à ce moment précis revêt une dimension politique, notamment après la révélation de la récente tentative d’infiltration liée à des éléments du Corps des gardiens de la révolution islamique.
Des observateurs pensent que Téhéran cherche, à travers cette campagne médiatique, à atténuer la pression résultant des accusations koweïtiennes et à redéfinir la situation en se présentant comme une « victime » des mouvements américains dans le Golfe, plutôt que de se concentrer sur la question de la violation des frontières koweïtiennes et les inquiétudes qu’elle suscite quant au comportement iranien dans la région.
Les critiques du ministre iranien des Affaires étrangères, Abbas Araghchi, à l’égard de la détention des infiltrés par le Koweït ont également soulevé des interrogations supplémentaires sur la position de Téhéran face à cet incident, d’autant que les autorités koweïtiennes ont affirmé que les personnes impliquées avaient reconnu leur appartenance au Corps des gardiens de la révolution islamique.
Dans une réponse ferme, le ministère koweïtien des Affaires étrangères a souligné la nécessité pour l’Iran de mettre fin à ce qu’il a qualifié d’« actes hostiles et illégaux », considérant que de tels comportements constituent une menace directe pour la sécurité régionale et compromettent les efforts de désescalade.
Le Koweït a réaffirmé son attachement aux principes de bon voisinage et son refus de s’impliquer dans tout conflit régional, tout en soulignant qu’il n’acceptera aucune atteinte à sa souveraineté ni aucune tentative d’utiliser son territoire comme terrain de règlements de comptes politiques et militaires. Il a également qualifié les actions iraniennes de violation manifeste du droit international et des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.
Cette crise croissante entre les deux parties reflète l’ampleur des tensions dans le Golfe, où les calculs sécuritaires s’entremêlent avec des campagnes médiatiques croisées, à un moment où les pays de la région cherchent à éviter toute dérive vers une confrontation plus large susceptible de menacer la stabilité régionale dans son ensemble.
