Politique

Des mesures américaines calculées pour protéger les navires et obtenir un soutien onusien


Washington traite l’opération visant à protéger les navires commerciaux contre l’Iran dans le détroit d’Hormuz comme une mission temporaire, affirmant qu’elle ne cherche pas à entrer en conflit et que « le cessez-le-feu n’a pas pris fin », tout en soumettant un projet de résolution au Conseil de sécurité qui pourrait conduire à l’imposition de sanctions contre l’Iran et, éventuellement, autoriser le recours à la force si Téhéran ne met pas fin à ses attaques et menaces contre la navigation commerciale dans le détroit d’Hormuz.

Mardi, lors d’une conférence de presse, le secrétaire américain à la Défense Pete Hegseth a déclaré : « Nous avons dit que nous défendrons et que nous le ferions avec fermeté, et c’est exactement ce que nous avons fait. L’Iran le sait, et au final, le président peut prendre une décision si la situation évolue vers une violation du cessez-le-feu », ajoutant : « Le projet Liberté est défensif par nature, limité dans sa portée et temporaire, et il n’a qu’une seule mission : protéger les navires commerciaux innocents contre l’agression iranienne. Les forces américaines n’auront pas besoin d’entrer dans les eaux territoriales ni dans l’espace aérien iranien. Ce n’est pas nécessaire, nous ne cherchons pas le combat ».

Le président Donald Trump a lancé lundi l’opération baptisée « Projet Liberté » dans une tentative de reprendre le contrôle du détroit d’Hormuz, cette voie maritime vitale, à l’Iran qui a effectivement fermé le détroit après que les États-Unis et Israël ont mené des frappes contre lui le 28 février.

La trêve fragile au Moyen-Orient a été mise sous pression mardi après des échanges de tirs entre les États-Unis et l’Iran dans le Golfe dans le cadre de leur lutte pour le contrôle du détroit d’Hormuz.

La reprise des échanges de tirs lundi a mis en lumière la gravité de la situation, alors que les États-Unis et l’Iran se disputent le contrôle de ce passage étroit, artère essentielle de l’énergie et du commerce mondial, ce qui fragilise la trêve entamée il y a quatre semaines et renforce le blocus maritime mutuel.

De son côté, le président des chefs d’état-major interarmées américains, le général Dan Caine, a indiqué que les attaques iraniennes contre les navires dans le détroit d’Hormuz n’ont pas encore atteint un niveau qui nécessiterait la reprise d’opérations de combat à grande échelle par les États-Unis.

Les États-Unis semblent chercher à obtenir un soutien international par un mandat onusien en cas de nouvelle escalade, à travers le projet de résolution présenté avec Bahreïn au Conseil de sécurité. Dans ce contexte, le texte s’inscrit dans ce que des diplomates ont décrit comme une stratégie visant à exercer une pression diplomatique sur l’Iran et à préparer l’après-guerre.

Washington a également diffusé une proposition auprès de ses partenaires pour former une nouvelle coalition navale multinationale, « l’Alliance pour la liberté maritime », destinée à établir un cadre de sécurité pour l’après-guerre au Moyen-Orient et à rouvrir le détroit une fois la situation stabilisée.

La Russie et la Chine ont bloqué un précédent projet de résolution bahreïnien soutenu par les États-Unis, qui semblait ouvrir la voie à la légitimation d’une action militaire contre l’Iran.

Le nouveau projet adopte une approche plus prudente, évitant un langage explicite autorisant le recours à la force, tout en s’inscrivant dans le cadre du Chapitre VII de la Charte des Nations unies, qui habilite le Conseil de sécurité à imposer des mesures allant des sanctions à l’action militaire.

Le projet de résolution condamne ce qu’il qualifie de violations iraniennes du cessez-le-feu et « ses actions et menaces continues visant à fermer le détroit d’Hormuz, à l’entraver, à imposer des frais de passage ou à interférer de toute autre manière avec l’exercice légitime des droits et libertés de navigation à travers celui-ci », y compris la pose de mines marines.

Le texte qualifie ces actes de menace pour la paix et la sécurité internationales, exige que l’Iran cesse immédiatement les attaques, révèle l’emplacement de toute mine et n’entrave pas les opérations de déminage. Il appelle également Téhéran à coopérer avec les efforts des Nations unies pour établir un corridor humanitaire à travers le détroit, en référence à l’entrave à l’acheminement de l’aide, des engrais et d’autres produits essentiels.

Le secrétaire général des Nations unies présentera un rapport dans un délai de 30 jours sur le respect de ces mesures. Le Conseil de sécurité se réunira de nouveau pour examiner des mesures supplémentaires, y compris d’éventuelles sanctions, si l’Iran ne met pas en œuvre la résolution.

Les démarches diplomatiques américaines contrastent fortement avec les derniers mois durant lesquels Washington a largement agi en dehors du cadre onusien, menant des frappes militaires contre l’Iran sans mandat du Conseil de sécurité et pressant ses alliés de participer à des patrouilles navales destinées à rétablir la liberté de navigation.

Cette approche a suscité des réticences parmi certains partenaires qui redoutent un conflit ouvert et des risques juridiques, ce qui a conduit le président Donald Trump à adresser de vives critiques aux pays qu’il accuse de ne pas participer suffisamment aux efforts dirigés par les États-Unis.

Des diplomates indiquent que Washington espère conclure rapidement les négociations, avec pour objectif de diffuser un projet final d’ici le 8 mai et de procéder à un vote au début de la semaine suivante, tandis que la Russie et la Chine examinent toujours un texte concurrent.

Les efforts au Conseil de sécurité se déroulent parallèlement à des contacts diplomatiques concernant la Commission de coordination maritime, un organe dirigé par les États-Unis qui travaillera avec une mission navale distincte conduite par la France et le Royaume-Uni et regroupant environ 30 pays.

L’initiative franco-britannique vise à poser les bases nécessaires pour un passage sûr à travers le détroit une fois la situation stabilisée ou le conflit résolu, en coordination avec l’Iran. Certains pays ont souligné que toute mission nécessiterait un mandat des Nations unies avant de s’engager à fournir des ressources militaires.

Un document diplomatique informel transmis aux gouvernements indique que « la Commission de coordination maritime complète les autres groupes de travail consacrés à la sécurité maritime, y compris les efforts de planification maritime menés par le Royaume-Uni et la France ».

Le document précise que « la Commission de coordination maritime restera structurellement indépendante, bien qu’une coordination étroite soit nécessaire pour assurer l’architecture la plus solide possible en matière de sécurité maritime ».

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