Les amputés de Gaza, symbole de promesses non tenues
Le manque de prothèses entrave considérablement le processus de rétablissement et prolonge le traumatisme des personnes amputées.
Le jeune Palestinien Fadl Al-Naji, 14 ans, passionné de football, est désormais confiné chez lui, dans la ville de Gaza, depuis que ses deux jambes ont été amputées à la suite de blessures causées par une frappe de drone israélien en septembre.
Assis sur un canapé, le visage marqué par la tristesse, l’une des jambes de son pantalon pend creuse tandis que l’autre est repliée à la taille. À ses côtés, son frère de 11 ans, qui a perdu un œil lors de la même attaque.
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Sa mère, Najwa Al-Naji, en montrant d’anciennes vidéos de lui jouant au football sur son téléphone, confie : « Il s’est replié sur lui-même, ne veut voir personne, ne parle plus à ses amis, reste seul en permanence. C’est comme s’il mourait lentement. Je souhaite seulement qu’on puisse lui poser des prothèses et qu’Amir reçoive un œil artificiel esthétique. »
Cependant, selon sept sources médicales et humanitaires citées par Reuters, de telles possibilités sont rares pour près de cinq mille amputés à Gaza — dont un quart sont des enfants comme Fadl — en raison des restrictions israéliennes sur des matériaux tels que le plâtre.
Israël, qui mène une campagne militaire de deux ans dans la bande de Gaza contre les combattants du Hamas, justifie ces restrictions par des considérations sécuritaires.
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L’ONG Humanity & Inclusion affirme que, si l’on tient compte du nombre d’amputés avant la guerre, le taux d’amputations par habitant à Gaza dépasse désormais celui du Cambodge, longtemps considéré comme le plus touché en raison des mines terrestres.
Le besoin en prothèses est tel que deux centres médicaux ont tenté d’en réutiliser en récupérant d’anciennes prothèses sur des victimes de guerre. Des médecins indiquent que d’autres fabriquent des prothèses temporaires à partir de tubes en plastique ou de planches de bois, ce qui expose les moignons à des blessures ou à des infections.
Les amputés de Gaza incarnent ainsi le symbole de promesses non tenues issues de l’accord de cessez-le-feu annoncé en octobre et du plan en vingt points du président américain Donald Trump, qui vise à permettre l’acheminement complet de l’aide « sans entrave ».
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Le plan prévoyait également la réouverture du poste-frontière de poste-frontière de Rafah, unique voie de sortie de Gaza vers l’Égypte. Pourtant, les évacuations médicales, y compris celles des amputés, restent irrégulières.
Israël impose des restrictions à l’importation de matériaux qu’il considère comme pouvant avoir un usage civil et militaire, en vertu d’une politique antérieure à la guerre actuelle. Bien que le plâtre et certains composants plastiques nécessaires aux prothèses ne figurent pas explicitement sur la liste des biens à double usage, les « matériaux de construction » y sont inclus, selon un document israélien sur les restrictions à l’exportation.
L’unité israélienne de coordination des activités gouvernementales dans les territoires affirme faciliter l’entrée régulière d’équipements médicaux, tout en refusant l’accès à des matériaux susceptibles d’être utilisés par le Hamas à des fins « terroristes ».
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Le International Committee of the Red Cross, qui soutient le principal centre de prothèses de Gaza, indique que les importations de plâtre sont presque totalement bloquées depuis plus de quatre mois, et que les stocks restants ne suffiront que jusqu’en juin ou juillet.
L’hôpital Sheikh Hamad de rééducation et de prothèses, financé par le Qatar, n’a reçu aucun approvisionnement depuis le début de la guerre et a épuisé ses réserves. Il ne peut actuellement assurer que la maintenance des prothèses existantes.
Le UNICEF et le CICR ont indiqué que certaines restrictions, notamment sur les fauteuils roulants, se sont allégées depuis le cessez-le-feu, mais les secouristes soulignent que la circulation dans les rues jonchées de débris reste extrêmement difficile.
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Selon l’World Health Organization, il n’y a que huit spécialistes en prothèses dans toute la bande de Gaza, ce qui complique considérablement le suivi des enfants, qui nécessitent des ajustements réguliers à mesure qu’ils grandissent.
Hiba Bashir, responsable technique des prothèses et orthèses chez Humanity & Inclusion, résume la situation : « L’amputation n’est pas seulement la perte d’un membre, c’est la perte de l’espoir et de l’autonomie… et pour les enfants, c’est la perte de leur avenir. »
