Les diamants du sang et la drogue : les artères de financement du Hezbollah en Europe
L’Europe constitue un pôle important pour diverses activités criminelles du Hezbollah, qui s’appuie sur un vaste réseau pour collecter des dons et gérer des activités illégales.
Le Hezbollah est également profondément impliqué dans des réseaux criminels, notamment le trafic de drogue, ce qui a attiré l’attention des autorités en Autriche, selon une étude du Centre de documentation sur l’islam politique, fondé par le gouvernement autrichien pour analyser les activités des organisations relevant de l’islam politique.
L’étude s’est appuyée sur l’analyse de documents, de dossiers judiciaires, de registres d’entreprises et de rapports gouvernementaux, et a mis en évidence « des liens avec des entreprises opérant à l’échelle mondiale », ainsi qu’« une imbrication avec des sociétés légales ».
Bien que le Hezbollah se soit affaibli militairement et politiquement au Liban, il a réussi à maintenir « ses réseaux transnationaux en Europe, en Amérique latine, en Afrique et au Moyen-Orient », selon l’étude.
Outre le trafic de drogue, le Hezbollah est impliqué dans la contrebande de pétrole, le blanchiment d’argent et le commerce de ce que l’on appelle les « diamants du sang », c’est-à-dire des diamants extraits dans des zones de conflit et de guerre, comme l’a rapporté le journal autrichien Kurier en citant l’étude.
Par exemple, en 2021, un réseau de contrebande a été démantelé alors qu’il transportait du captagon et de la cocaïne du Liban vers l’Italie via la Belgique et l’Autriche.
Les stupéfiants étaient dissimulés dans divers endroits, notamment dans des machines à laver et des fours à pizza. L’une des caches en Autriche se trouvait dans une pizzeria à Salzbourg.
Dans une autre affaire, un membre de haut rang du Hezbollah opérait en Carinthie, recrutant de jeunes Libanais et les soumettant à une formation militaire et idéologique avant leur intégration dans des milices au Liban.
Il a comparu devant le tribunal de Klagenfurt, en Autriche, en 2020, et a été condamné à plusieurs années de prison.
Une position unifiée
Selon l’étude, un tiers du financement du Hezbollah provient d’activités illégales ; toutefois, de nombreuses autres activités sont menées sous couverture légale, notamment en Europe, en raison des divergences entre les États membres de l’Union européenne quant à la qualification du Hezbollah comme organisation terroriste.
L’Allemagne et les Pays-Bas, par exemple, considèrent l’organisation dans son ensemble comme terroriste, tout comme la Suisse. En revanche, la majorité des États membres de l’Union européenne, dont l’Autriche, n’inscrivent que la branche militaire du Hezbollah sur la liste des organisations terroristes.
Cela permet au Hezbollah de collecter des fonds par des moyens légaux, que ce soit par le biais de collectes de dons ou de participations à des activités commerciales.
Les transactions financières de l’organisation ont également souvent lieu dans l’espace virtuel, en particulier via les cryptomonnaies, selon l’étude.
Par conséquent, l’Union européenne est appelée, selon cette étude, à adopter une position juridique unifiée à l’égard du réseau du Hezbollah et à renforcer une coopération internationale plus cohérente pour lutter contre sa menace.
Dans ce contexte, Lisa Vellhofer, directrice du Centre de documentation sur l’islam politique, a déclaré : « L’étude actuelle sur les réseaux de financement du Hezbollah met en lumière des structures transnationales solidement implantées en Europe depuis longtemps. »
