Grand Maghreb

Nouvelles condamnations visant Rached Ghannouchi et trois dirigeants d’Ennahdha


Le dernier jugement s’inscrit dans la continuité d’une série de décisions judiciaires rendues contre Rached Ghannouchi dans différentes affaires.

Un tribunal tunisien a condamné Rached Ghannouchi, président du mouvement islamiste Ennahdha, à 20 ans de prison, aux côtés de trois autres dirigeants du mouvement, dans l’affaire médiatiquement connue sous le nom de « veillée ramadanesque ».

Selon la radio locale Mosaique FM, la chambre criminelle du tribunal de première instance de Tunis a rendu mardi son verdict, condamnant Ghannouchi à 20 ans d’emprisonnement, ainsi que les cadres du mouvement Youssef Nouri et Ahmed Mechri, tous détenus dans le cadre de cette affaire. Le jugement concerne également 12 autres accusés poursuivis pour « complot contre la sûreté de l’État ».

Dans le même contexte, le tribunal a prononcé des peines de 20 ans de prison avec exécution immédiate à l’encontre de trois accusés en fuite, dont le gendre de Ghannouchi, ancien ministre des Affaires étrangères et dirigeant d’Ennahdha, Rafik Abdessalem, ainsi que les opposants Maher Zid, ancien député, et Mohamed Samti, blogueur. Le tribunal a également condamné six autres accusés en liberté à trois ans de prison, parmi lesquels les dirigeants d’Ennahdha et anciens députés Mohamed Goumani et Belkacem Hassan.

Ces jugements s’inscrivent dans le cadre d’une affaire remontant à février 2023, lorsque les autorités ont arrêté plusieurs opposants politiques, avocats, militants de la société civile et hommes d’affaires, sur la base d’accusations comprenant « tentative d’atteinte à l’ordre public », « atteinte à la sûreté de l’État », « intelligence avec des parties étrangères » et « incitation au chaos et à la désobéissance ». L’affaire a été baptisée « veillée ramadanesque » en référence à une rencontre politique organisée par le Front du salut national durant le mois de Ramadan de la même année, au cours de laquelle ont été prononcées les déclarations faisant l’objet des poursuites.

Les forces de sécurité avaient perquisitionné le domicile de Ghannouchi en avril 2023 et l’avaient arrêté, avant que le tribunal ne décide de son incarcération à la suite de déclarations jugées incitatives. Depuis lors, Ghannouchi, âgé de 84 ans, refuse d’assister à ses audiences, estimant que les poursuites engagées à son encontre relèvent d’un « règlement de comptes politique ».

Cette décision constitue un nouvel épisode dans une série de jugements rendus contre Ghannouchi ces derniers mois. En février dernier, une peine antérieure de 14 ans a été alourdie à 20 ans dans une autre affaire liée au « complot contre la sûreté de l’État ». En janvier, il avait également été condamné à trois ans de prison dans une affaire de « financement étranger ». Auparavant, il avait écopé d’une peine de deux ans de prison pour avoir fait don du montant d’un prix international à l’association du Croissant-Rouge.

De leur côté, les autorités tunisiennes affirment que ces affaires relèvent strictement du cadre légal, soulignant l’indépendance du pouvoir judiciaire et l’absence de toute ingérence, et assurant que les accusés sont jugés sur la base d’infractions pénales et non pour des motifs politiques.

Cependant, des figures de l’opposition ainsi que des organisations de défense des droits humains considèrent que ces procès revêtent une dimension politique et s’inscrivent dans un contexte plus large de restriction de l’activité politique et de poursuite des opposants, dans un climat de tensions marqué par les mesures exceptionnelles annoncées par le président Kais Saied.

Ce jugement demeure susceptible d’appel devant les juridictions supérieures, alors que les milieux politiques et des droits humains en Tunisie suivent attentivement l’évolution de cette affaire et ses répercussions potentielles sur la scène politique et l’équilibre futur du pays.

Afficher plus
Bouton retour en haut de la page