Politique

Al-Burhan critique l’Allemagne pour l’organisation d’une conférence de soutien au Soudan sans concertation


Le gouvernement soudanais a averti que toute interaction avec des groupes paramilitaires compromettrait la souveraineté de l’État, dans la continuité de sa politique privilégiant l’option militaire aux solutions pacifiques.

Le gouvernement du Soudan a déclaré mercredi que l’intention de l’Allemagne d’accueillir une conférence sur le Soudan le 15 avril constitue une ingérence soudaine et inacceptable dans ses affaires intérieures, menée sans consultation avec Khartoum.

Il a averti que traiter avec des groupes paramilitaires porterait atteinte à la souveraineté de l’État, en référence aux Forces de soutien rapide (RSF). Le président du Conseil de souveraineté, le général Abdel Fattah al‑Burhan, rejette toute négociation avec les RSF et maintient son attachement aux solutions militaires.

De son côté, le ministère allemand du Développement a annoncé mercredi que Berlin allouerait 20 millions d’euros supplémentaires au Soudan cette année, en amont de la conférence internationale d’aide humanitaire prévue à Berlin, qui vise à mobiliser des engagements financiers dépassant un milliard de dollars.

Le ministre allemand des Affaires étrangères, Johann Wadephul, a déclaré à la radio Deutschlandfunk que la conférence vise à maintenir l’attention sur le Soudan alors que les guerres en Ukraine et en Iran mobilisent davantage les gouvernements européens, dans un contexte de recul de l’intérêt des États-Unis pour l’aide humanitaire.

Il a ajouté : « Ce n’est pas une solution rapide, mais maintenir l’attention de la communauté internationale sur la situation humanitaire au Soudan constitue une contribution essentielle à la fin de la guerre », précisant que l’Allemagne mène des discussions avec les deux parties belligérantes, sans que l’une ou l’autre ne participe à la conférence en raison de leur désaccord sur un cessez-le-feu.

Il a indiqué que l’Allemagne cherche à réunir des engagements financiers d’au moins un milliard de dollars. Il a souligné qu’il ne s’agit pas seulement d’un devoir moral pour éviter que les populations ne souffrent de la faim, mais aussi d’un intérêt pour l’Allemagne afin d’éviter une vague migratoire comparable à celle en provenance du Moyen-Orient en 2015 et 2016.

Trois ans après le déclenchement de la guerre civile au Soudan, l’attention se tourne de nouveau vers une initiative internationale rassemblant des responsables politiques européens et africains, ainsi que des représentants de forces civiles, dans une tentative de relancer une voie de règlement politique de ce conflit parmi les plus complexes.

La capitale allemande, Berlin, accueille mercredi la conférence internationale, qui vise également à maintenir la crise humanitaire — décrite par les Nations unies comme la plus grave au monde à l’heure actuelle — au centre des préoccupations internationales, alors que l’attention mondiale est absorbée par les guerres en Ukraine et en Iran. Il n’est toutefois pas attendu que la réunion débouche sur un cessez-le-feu immédiat.

Cet événement constitue la troisième édition des conférences internationales consacrées au Soudan, après des rencontres à Paris et Londres. Il est organisé à l’initiative du gouvernement allemand en partenariat avec les États‑Unis, le Royaume‑Uni et la France, ainsi qu’avec l’Union européenne et l’Union africaine. Le programme comprend des réunions de ministres des Affaires étrangères, un volet humanitaire dédié aux promesses de dons, ainsi qu’un dialogue réunissant des acteurs civils en vue d’esquisser une trajectoire politique possible.

Environ 120 délégations doivent participer aux travaux au siège du ministère allemand des Affaires étrangères, dont près de 60 issues de la société civile, sur lesquelles reposent des espoirs pour formuler une vision de transition, dans un contexte de craintes quant à l’ancrage d’une domination militaire sur l’avenir du pays. Les conférences précédentes avaient permis de recueillir près de deux milliards d’euros à Paris et environ un milliard d’euros à Londres, avec l’objectif d’atteindre des niveaux similaires à Berlin.

Les racines du conflit remontent au 15 avril 2023, lorsque le pays a sombré dans la guerre entre les Forces armées soudanaises (SAF) dirigées par Abdel Fattah al-Burhan et les Forces de soutien rapide dirigées par Mohamed Hamdan Dagalo, après que les deux camps eurent partagé le pouvoir à la suite d’un coup d’État antérieur.

Depuis, le contrôle du territoire s’est fragmenté. Les forces armées ont repris de vastes zones, dont la capitale Khartoum et des parties de l’est du pays, tandis que les RSF ont consolidé leur emprise au Darfour après avoir pris la ville d’El Fasher, leur ouvrant des corridors d’approvisionnement via le Tchad, la Libye et la République centrafricaine, en plus de sources de financement liées à l’or. Les régions du Kordofan connaissent des affrontements violents continus, alimentant les craintes d’une partition de facto durable.

Les deux parties font face à des accusations croissantes de violations graves des droits humains, incluant de possibles crimes de guerre. Les Nations unies indiquent que le Soudan traverse la pire crise humanitaire au monde, avec plus de 11,6 millions de déplacés, 19 millions de personnes menacées par la faim et près de 80 % des infrastructures sanitaires endommagées ou hors service.

Des rapports internationaux évoquent également un usage répandu de la violence sexuelle, des bombardements indiscriminés de zones civiles, des massacres et des violations documentées, en particulier au Darfour, où des experts onusiens ont signalé des indices possibles de crimes de génocide.

Sur le plan régional et international, de multiples acteurs sont impliqués : les RSF sont perçues comme bénéficiant d’un soutien extérieur, tandis que le gouvernement soudanais reçoit l’appui de l’Égypte et de l’Arabie saoudite. Les États-Unis ont imposé des sanctions à des réseaux liés à des dirigeants des RSF au début de l’année 2025.

Malgré la multiplicité des initiatives internationales, y compris celles du « quartet » regroupant les États-Unis, l’Égypte, l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis, les efforts en vue d’un règlement politique demeurent entravés par l’absence des parties autour d’une table de négociation directe.

Dans les développements humanitaires les plus récents, le Comité international de la Croix‑Rouge a indiqué avoir récupéré et enterré plus de 20 000 corps à Khartoum seulement, tandis que des estimations non officielles suggèrent que le nombre total de morts pourrait dépasser 150 000, dans un contexte rendant extrêmement difficile une évaluation précise des pertes humaines.

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